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Billet de blog 18 janv. 2022

Primaire et sixième République : supprimons l'élection présidentielle

La dissolution de l'Assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle devrait être le principal mot d'ordre actuel des partisans d'une sixième République.

Jean-Pierre Roche
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La dite "gauche" et ses variantes et les "écologistes" ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux et il nous faut faire émerger une nouvelle force les dépassant. À preuve aucune force ne réclame la dissolution de l'assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle ce qui devrait être le principal mot d'ordre actuel d'esprits libres.
Dans ces conditions la primaire est difficile à mener.
Avec une primaire seul une candidate ou un candidat demandant cette dissolution serait acceptable dans la logique d'une refondation crédible. Il faudrait en outre que cette personnalité s'engage à se retirer de la vie politique partisane, à être un simple arbitre comme le sont le président ou la reine et le roi dans la plupart des démocraties européennes et s'engage immédiatement élu à mettre en place un régime réellement parlementaire et primo-ministèriel. Un Piketty ferait l’affaire.
Dans ces conditions oui pour une primaire sinon nous nous berçons d'illusions cinquiemistes, monarcho-présidentialistes et nous les semons. Quarante ans que cela dure.

Jadot rate le coche

Cela dit on attendait à minima que le candidat écologiste saisisse l’occasion de la primaire pour écarter définitivement le chaviste Mélenchon, pour offrir une porte de sortie élégante voire olympique à la dame du P.S. (Parti Socialiste et non Post Scriptum svp), pour vacciner contre la suffisance la tapiste Taubira co-responsable de la défaite de 2002 avec les Verts et pour se rallier les milliers de « militants pour l’unité ». Ce afin d’avoir une petite chance de se qualifier. Mais c’était peut-être encore trop demander à ce groupe encore vert faut croire et qui se trompe depuis l’avoinée, pardon la Voynet… Avec la présidentielle monarchiste calibrée pour le pouvoir personnel contre la démocratie parlementaire, ils jouent aux petits chevaux et à la course à l’échalote mais ce sont des poneys qui vont à l’abattoir sur un jeu de lois qui se termine en échec. Notez que quand la gauche perd la droitière et réactionnaire présidentielle c’est mieux que lorsqu’elle gagne car comment supporter le droitier Mitterrand quatorze ans et avoir honte pendant sept ans avec plat pays, pardon avec Hollande ?

Des programmes non convenables
Concernant les grands démocrates LFI et EELV* qui proposent, comme le R.N., une proportionnelle intégrale, ils prennent le risque de l’instabilité gouvernementale, celui de disqualifier ce mode de scrutin proportionnel aux yeux d’un électorat qui n’a pas oublié la 4ème République et qui voit les difficultés du proportionnalisme intégral en Israël, en Espagne, en Italie et ailleurs. Les Esprits Libres leur opposent le scrutin mixte proportionnel intégral à 80% à la suite du premier tour de scrutin et incluant une prime majoritaire de 20% pour la coalition gagnante du deuxième tour de scrutin. Ainsi l’électeur choisit la coalition gouvernementale qui ne se fait pas dans son dos après l’élection comme c’est hélas le cas dans tous ces pays.
*Sur le papier EELV semble ne pas exclure de mâtiner la proportionnelle d’une prime majoritaire mais cela ne ressort jamais dans les déclarations « pour la proportionnelle ». Amateurisme.

Le programme LFI est une coquille vide. Il ne propose hélas pas la suppression de l'élection monarchiste du président de la république au suffrage universel. Il reste cinquiemiste et mitterrandien car cette élection est la clé de voute de la 5ème République. Que feraient des personnalités comme Le Pen ou JLM avec une telle institution ? Vous pensez qu'ils ne gouverneraient pas ? Nous avons l'expérience des bonnes intentions avec le traître Mitterrand assassin des patriotes algériens, que JLM idolâtre, qui avait écrit "Le coup d'Etat permanent" pour ensuite devenir le pire des présidents monarques. Alors les bonnes intentions de LFI ou du RN il vaut mieux s'en méfier avant car après il est trop tard.  Si LFI était contre la monarchie elle n'existerait pas en son sein aujourd'hui, et LFI ne défendrait pas des régimes autoritaires fondés sur le pouvoir d'un seul. Le tour  consistant à dire qu’une constituante aura la liberté d'en parler est une supercherie. Encore heureux et merci pour elle mais il faudrait d’abord confier le pouvoir à ce Mélenchon qui lui ne propose pas cette suppression dans ses dires et dans le programme LFL, un détail… Pendant deux ans au moins ce mitterrandien gouvernerait façon de Gaulle à ses débuts à ses dires. Et avec Papon préfet de Paris comme en 1961 peut être ? Disons façon Maduro étant donné le personnage et en collaboration avec l'ami Poutine en sus.
Le mandat impératif et la révocation des élus proposés par LFI sont fort dangereux s'opposant à la liberté de choix de l'élu et désignant les minoritaires à la vindicte des majoritaires. Les votes blancs ne sont pas représentés. Le bicamérisme n'est pas instauré à tous les échelons. Le fédéralisme est combattu en particulier au niveau européen. La démocratie économique qu’incarne le Revenu Citoyen est combattue. Comme dans les programmes populistes dont celui du RN c'est une démocratie référendaire qui est proposée. Le référendum qui supprime les corps intermédiaires est intrinsèquement anti-démocratique, réactionnaire et populiste.
Concernant le programme de 6ème République des Esprits Libres, bien antérieur à celui de LFI, il est visible et largement développé sur le site avec ses 16 chapitres. Voir aussi L’imposture Mélenchon.  Et Mitterrand, une des pires droites.

SUPPRIMONS L'ELECTION PRESIDENTIELLE

La Révolution française s’est faite pour que notre Assemblée nationale soit le lieu de représentation du pouvoir « du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Aucune institution, dans notre République, ne doit se situer au-dessus de notre Assemblée nationale.

Or l’élection présidentielle court-circuite l’élection législative qui ne peut qu’avaliser, quelques jours après, le résultat de la présidentielle en envoyant une assemblée de la couleur du président élu renforçant plus encore son pouvoir. Assemblée ne représentant correctement aucune minorité. Avec l’élection monarchiste du président de la République au suffrage universel, la France est une exception en Europe. En refusant l’élection du président de la République au suffrage universel et en proposant un président simple arbitre et garant des institutions, Pierre Mendès-France avait raison contre la dérive bonapartiste monarchiste du pouvoir personnel de de Gaulle, contre François Mitterrand et leurs successeurs.

Suppression de l’élection monarchiste présidentialiste du président de la République au suffrage universel.

Ce régime de « monarchie présidentialiste » est d’essence bonapartiste, gaulliste, populiste, monarchique. Le populisme monarchique puise sa légitimité dans cette particularité française, unique et scandaleuse en démocratie européenne, que constitue l’élection du chef de l’exécutif au suffrage universel. D’autres élisent un président mais qui n’est pas chef de l’exécutif. Moment où le peuple se dessaisit dans un processus de servitude volontaire pour se livrer au pouvoir absolu d’un seul. Possibilité de choisir son monarque, cadre monarchiste. Le Parlement, qui légifère, et son émanation politique, le gouvernement et son Premier ministre, qui exécutent, deviennent des chambres d’enregistrement courroies de transmission du monarque tout-puissant. La légitimité présidentielle concentrée sur un seul écrase la légitimité populaire législative dispersée sur 577 circonscriptions. Le Parlement et la démocratie qu'il incarne n'existent plus en réalité.

Ce d'autant qu'avec le quinquennat, l'élection de ces petits  députés se fait dans la foulée, de l'élection du grand personnage monarque. La main du peuple est forcée pour donner au président élu une majorité de députés godillots.

Prétendre vouloir limiter les pouvoirs du président avec un tel mode d'élection est demi-mesure voire pure lubie.

L'élection du président au suffrage universel direct se conçoit dans le cadre d'un régime présidentiel à l'américaine ne correspondant, ni à notre choix de régime parlementaire primo ministériel, ni à notre conception de la République.

La République, issue de la Révolution française, a rompu avec la monarchie. L’Assemblée nationale est l’instance supérieure souveraine de la représentation du peuple.

L’élection du président de la République au suffrage universel, adoptée par référendum en 1962, a transformé la République en monarchie constitutionnelle. Le mandat ramené à cinq ans et l’inversion du calendrier républicain en 2002 ont aggravé le processus et, force est de constater que, la France est devenue une monarchie présidentialiste.

L’élection présidentielle non républicaine fait de la France un pays plus monarchiste que les royautés européennes.

Le Parlement est minoré par la présidence. La représentation et la légitimité présidentielles sont bien supérieures à la représentation et à la légitimité législatives. L’élection législative a perdu son sens et sa prépondérance et ne peut logiquement qu’avaliser la présidentielle renforçant encore la monarchie présidentialiste. L’Assemblée nationale n’incarne plus la représentation nationale souveraine et les minorités n’y sont guère représentées. Ce système fracture le pays sur des questions de personne au détriment du débat politique démocratique. Le pouvoir personnel en sort gagnant.

Système coûteux qui crée un doublon Elysée-Matignon. Dangereux en ce qu’il entraîne souvent une rivalité au sommet de l’État, voire des cohabitations, entre le président et son Premier ministre dans la conduite des affaires.

En coulisse beaucoup se déclarent favorables à un système parlementaire primo ministériel, mais arguent du fait que l’on ne peut revenir en arrière, que les citoyens sont attachés à cette élection. Servitude volontaire. Le citoyen est capable de comprendre si nous sommes capables d’expliquer. Il convient d’affirmer notre opposition à cette élection.

L’élection présidentielle étant la clé de voûte des institutions de la 5ème République, il n’est guère possible de mettre en cause le présidentialisme et de prôner une 6ème République sans remettre en question l’élection du président de la République au suffrage universel.

Les législatives avalisent et renforcent la présidentielle qui la précède. Le pouvoir de dissolution bétonne l’édifice.

Pourquoi, alors que cette élection du président au suffrage universel, en tant que chef de l’exécutif, est une singularité française antidémocratique en Europe, ce mot d’ordre essentiel n’apparait pas ?

Le gouvernement doit émaner des élections législatives, le président nommer Premier ministre le chef de la coalition gagnante et celui-ci nomme un gouvernement responsable devant l’Assemblée.

Dans un premier temps, il convient d’adopter le mode de scrutin mixte, scrutin proportionnel paritaire à correctif majoritaire et de revenir au calendrier républicain de la législative avant la présidentielle.

La conception de la République change. La République devient citoyenne par son mode de représentation réellement parlementaire mixte et la démocratie vivante qu’elle met en place. Et européenne par sa capacité à se fédérer au noyau central et à s’intégrer à l’ensemble européen. 

Les Esprits Libres, mendésistes, n’étant pas encore majoritaires, soutiennent des mesures de transition comme la présidentielle après la législative, et le scrutin au vote préférentiel pour cette présidentielle qui nous colle. Ce serait moindre mal et cela dépolluerait la législative en lui redonnant son autonomie.

Si la gauche était mendésiste elle ne participerait pas à la lutte des égos et à la course à l’échalote présidentielle où elle a son âme à perdre, mais elle engagerait une campagne de longue éducation contre le principe réactionnaire de cette élection et c’est le poste de 1er ministre qu’elle viserait…

Les Esprits Libres, tant que cette élection monarchiste existe, ne proposent pas de la boycotter. Il serait même bon qu’un candidat des Esprits Libres se présente et propose la suppression de cette élection. Il convient de choisir le moins pire, de favoriser la gauche et l’écologie voire le centre contre la droite et l’extrême droite. Voire d’appeler à un vote blanc dans certaines circonstances. Chaque voix compte, surtout avec autant d’abstentions, et la voix des esprits libres doit compter au maximum dans toutes les configurations. Boycotter comme s’abstenir c’est offrir le pouvoir aux partis du système et à l’extrême droite. Participer sans dénoncer le processus même de cette élection est pire et relève de la servitude volontaire.

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