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Billet de blog 19 juin 2014

La société n’a pas à reconnaître le mariage.

Jean-Pierre Roche
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les Esprits Libres n’accordent pas à la famille une valeur civile intrinsèque.
Au nom de la fraternité, la sollicitude doit plutôt aller vers les personnes seules et en particulier les femmes et, chez ces femmes, surtout vers celles ayant des enfants à charge.
La famille n’est plus un fondement de nos sociétés.
Le couple en lui-même n’est pas une famille. Il est inutile de se marier pour vivre en couple ou avoir des enfants.
D'ores et déjà 60% des enfants naissent hors mariage.
Outre une soumission aux conventions conformistes réactionnaires au service de l’ordre moral et de la police des mœurs, le mariage est souvent un mode débrouillard permettant de réduire des charges fiscales et souvent aussi une forme d’exploitation et de prostitution légale, mari client unique-femme achetée, des femmes.
Un tiers des mariages se défait au bout de sept ans entraînant des combinaisons de parentés recomposées ou monoparentales où, dans 95% des cas, ce sont des femmes qui élèvent les enfants.

La société n’a pas à reconnaître le mariage.
Au nom de l’égalité l’État n’a pas à discriminer les célibataires, les couples en union libre et les pacsés par rapport aux mariés. La société n’a pas à accorder des avantages fiscaux aux mariés qui partagent des charges que les célibataires supportent seuls. Les avantages fiscaux consenties aux personnes mariés constituent une ségrégation, une injustice vis à vis des personnes seules.

Le PACS et un Contrat de Parenté suffisent.
Le Pacte Civil de Solidarité doit pouvoir être élargi à plusieurs personnes. Une petite communauté, ou une famille élargie doivent pouvoir mettre en commun leurs ressources et pérenniser ensemble leur avenir autant que deux personnes. Le Contrat de parenté règlera les problèmes de filiations, de responsabilité parentale et de successions. Ces deux contrats suffisent à gérer les rapports entre les individus et les rapports de parenté.
L’État libertaire n’a pas à se mêler des rapports amoureux ou de couple qui ne concernent que les intéressés. Le mariage est une affaire privée et doit le rester. D’autant que la gestion des mariages coûte cher à la collectivité, et celle des divorces cher aux époux.
Que des religions ou autres groupes célèbrent des unions ou mariages de toute sorte relève de leur liberté mais ne doit avoir, au nom de la laïcité, aucune valeur ou incidence civile, juridique, fiscale ou autre.

Le mariage est un asservissement social et politique.
Dans l’histoire de l’humanité le mariage a servi à aliéner les femmes et à les exploiter
sexuellement et dans leur force de travail comme prostituée de fait, comme femme de ménage, comme gardienne du foyer, voire gardienne des ascendants et descendants, et comme éleveuse d’enfants, voire d’animaux et de plantes, à la maison. Naguère encore elles perdaient leur nom pour le macho et devait obtenir l’autorisation du bonhomme pour travailler ou détenir un carnet de chèque…
Aujourd’hui les partisanes de la servitude volontaire qui consentent à se maquer de cette façon ont un meilleur sort car les droits des femmes ont progressé partout dans ce monde grâce aux révoltes féministes et libertaires, hostiles au mariage, de 68 en particulier.
Mais en se mariant, le plus souvent aujourd’hui encore, les femmes signent de fait pour un contrat de travail au foyer à durée indéterminée et à salaire aléatoire, qui dépend de la situation sociale du mari, pour un droit de cuissage idem, pour un cocufiage quasi certain, pour un frein à leur émancipation professionnelle, pour un double travail lorsqu’arrivent les enfants et pour pire lorsqu’elles sont quittées et doivent élever seules ces enfants. Dans une minorité des cas le mariage est plus équilibré et rarement il est à l’avantage de la femme. Au nom de la liberté les Esprits Libres dénoncent le mariage en tant qu’institution de servitude.
Vivre ensemble consiste à aménager un enfer pavé de bonnes intentions. L’enfer ce n’est plus les autres, ce n’est pas l’autre non plus, c’est l’entité "on", l’entité "nous" qui absorbe le je et le tu, l’un et l’autre.
Chacun chez soi préserve le soi. Le "chez nous" transforme le lien, il le noue. Le lien est fermé et tourné sur lui-même sur le nous, il est noué.
"Le mariage c'est résoudre à deux les problèmes qu'on aurait pas eus tout seul". Sacha Guitry

Le mariage pour tous est une affaire de dupes.
Cela dit, dans la mesure où, hélas, le mariage, institution réactionnaire, est encore reconnue et accorde des avantages, il est logique et amusant de l’ouvrir, au nom de l’égalité et sans discrimination, aux couples homosexuels. Mais nous pataugeons là dans la misère sociale et politique.
L’avantage de cette ouverture aux couples homosexuels réside en ce qu’elle ridiculise définitivement cette institution inique et condamnable et fait enrager les religieux et la droite intégristes qui se dévoilent homophobes.
Pour l’homosexualité, pratique singulière hors norme, il est bien triste et dommage de se retrouver dans cette voie de garage droitière. Comme pour les hétérosexuels, se marier pour un couple homosexuel, c’est se normaliser et capituler devant la convenance sociale. Heureusement pour ces égarés, il reste le divorce mais qui prend du temps et de l’argent.
Pour les homosexuels comme pour les hétérosexuels il ne faut pas s’aimer pour se marier, ne pas s’aimer soi-même, ne pas aimer l’autre, ne pas aimer les autres. Et ne respecter personne.

Ajoutons qu’Hannah Arendt soutient que l’institution du foyer, comme espace de reproduction biologique, mais aussi comme espace moderne de l’intimité privée, est une menace pour l’espace public où nous nous révélons les uns les autres comme acteurs de la vie sociale. 

Avec aussi toute la réflexion de Simone de Beauvoir, nous avons là matière existentielle à l’esprit libre en acte et incarné, vivant seul et hors mariage ses amours libres, forte contribution à notre libération, face à ces supercheries et attrape-nigauds de cette société d’hypocrisie de consommation absurde, de fiscalisation inique et d’aliénation des femmes en première ligne.

Au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, les ESPRITS LIBRES ne reconnaissent pas le mariage civil.

Librement. 

Jean-Pierre ROCHE.
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La non demande en mariage.
Ma mi’, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche,
Tant d’amoureux l’ont essayé
Qui, de leur bonheur, ont payé
Ce sacrilège…
J’ai l’honneur de
Ne pas te de-
mander ta main,
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D’un parchemin.
Laissons le champ libre à l’oiseau,
Nous serons tous les deux priso
nniers sur parole,
Au diable les maîtresses queux
Qui attachent les coeurs aux queu’
Des casseroles !
Vénus se fait vieille souvent,
Elle perd son latin devant
La lèche-frite…
A aucun prix, moi, je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite.
On leur ôte bien des attraits,
En dévoilant trop les secrets
De Mélusine.
L’encre des billets doux pâlit
Vite entre les feuillets des li-
vres de cuisine.
Il peut sembler de tout repos
De mettre à l’ombre, au fond d’un pot
De confiture,
La joli’ pomme défendu’,
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût “nature”.
De servante n’ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense…
Qu’en éternelle fiancée,
A la dame de mes pensées’Toujours je pense…
Georges Brassens.

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