Penelope Fillon: de l'autorité judiciaire au pouvoir politique

L'affaire Penelope Fillon nous interroge, non pas sur la réalité de la séparation des pouvoirs comme peuvent le laisser entendre certains observateurs, mais sur l'influence que pourrait avoir le pouvoir judiciaire sur la chose politique et inversement d'ailleurs.

Ouverte à l'aube de la campagne officielle pour l'élection Présidentielle, l'enquête préliminaire diligentée par le Parquet national financier, qu'on le veuille ou non, s'est invitée dans la campagne politique et quelque soit ses conclusions, aura des incidences sur les suffrages qui vont se reporter sur le candidat Fillon. Pouvait il en être autrement lorsque le candidat lui même s'en remet à la Justice quand il fait de la mise en examen son principal argument de campagne allant jusqu'à se référer au général de Gaulle, fondateur de notre constitution. Car oui, l'élection du Président de la République au suffrage universel dans l'esprit de notre constitution, est avant tout la rencontre d'un homme avec le peuple, avant d'être celui du choix d'un programme de parti. De son côté la Justice pouvait elle rester indifférente à la révélation par le Canard enchaîné, dans son rôle médiatique, d'une suspicion de détournement de fonds publics et de la réaction que cela entraînait dans la société. Que n'aurait-on dit, et que n'a-ton déjà pas dit, si ceux en charge de la Justice s'étaient abstenus de toute intervention alors que l'opinion publique, le peuple au nom duquel ils sont censé agir, se trouvait révoltée témoignant l'aura popularis.

La question pouvait alors se poser de savoir si le parquet national financier était le mieux placé pour répondre à la demande légitime de vérité.. S'agissant de fonds publics encadrés, relevant de la gestion par le Parlement, il aurait certainement était préférable que le bureau de l'Assemblée Nationale prenne ses responsabilités, en intervenant immédiatement dans le débat, en ouvrant une enquête administrative dont les conclusions auraient été transmises ensuite au parquet conformément  à l'article 40 du code de procédure pénale. Mais dans cette affaire, tant l'Assemblée que le Sénat se sont bien gardés d'intervenir en tant qu'institution, comme si finalement les chambres, l'une comme l'autre, ne se sentaient pas concernées, laissant alors à la Justice le soin de trancher. Mais il ne faudra pas venir pleurer après ! 

C'est vrai ensuite que le parquet financier, quant à lui, a sans doute réagit trop vite, ne laissant pas au Parlement le temps de se retourner. Il aurait pu avant d'ouvrir l'enquête, aller au devant et se rapprocher des institutions, voire du procureur général auprès de la cour des comptes, ne serait que pour avis, si ce n'est pour compétence, mais rien ne dit que cela n'a pas été fait. Le choix pouvait aussi ne pas lui être laissé face à une vindicte publique prête à condamner un homme et à fausser le jeu démocratique des élections, sans lui donner les moyens de se défendre.

Cependant, en choisissant l'enquête préliminaire au détriment de l'ouverture d'une information, le Parquet ne laisse pas plus le soin à Fillon d'exercer légitimement ses droit à se défendre. Il s'agit par nature d'une enquête préalable, non coercitive, et purement inquisitoriale. Menée à son terme, comme une enquête judiciaire, elle pourra ainsi se conclure sur un classement sans suite, un renvoi en l'état devant une chambre de jugement, ou une ouverture d'information, sans que les intéressés aient pu avoir accès à la procédure. S'agissant d'un fait d'une rare gravité dans le contexte constitutionnel exceptionnel de l'élection Présidentielle, seule l'ouverture d'une information, par la garantie du secret qu'elle apporte et par le respect des droits de la défense qu'elle impose, aurait été de nature à préserver la sérénité de la justice et l'écarter de tout reproche. Dans cette affaire, ni la Justice, ni la Démocratie, n'en sortiront grandis. 

En l'absence d'une réponse rapide des autorités judiciaires, le procès médiatique ne peut que se poursuivre mettant Fillon dans l'obligation d'y répondre publiquement faute de pouvoir le faire devant la Justice. C'est presque une chance pour lui que la presse libre lui offre le forum pour le faire et il ne devrait pas sous estimer, comme il le fait, la force de ce 4 ème pouvoir dont on voit toute la place au sein de notre démocratie.

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