Madoff : l'escroc au bracelet à 50 millards de dollars

Ce qui est choquant dans cette affaire, c’est le traitement réservé à un homme qui n’est, ni plus ni moins, qu’un escroc, un banal escroc. Ce qui est doublement choquant dans cette affaire, c’est de vouloir tenter de noyer ce nouveau scandale financier dans la complexité de la bulle bancaire qui vient d’éclater.

Ce qui est choquant dans cette affaire, c’est le traitement réservé à un homme qui n’est, ni plus ni moins, qu’un escroc, un banal escroc. Ce qui est doublement choquant dans cette affaire, c’est de vouloir tenter de noyer ce nouveau scandale financier dans la complexité de la bulle bancaire qui vient d’éclater.

 

Ce qui est triplement choquant dans cette affaire, c’est de voir le plus grand pays du monde, il y a encore à peine quelques années qui pendait haut et court un simple voleur de chevaux, protéger aujourd’hui la liberté du plus fabuleux «col blanc» de tous les siècles !

 

Mais ce n’est pas à Bernard Madoff qu’il faut le reprocher. Celui-ci s’est satellisé, s’est mis en quelque sorte sur orbite pour devenir non pas intouchable, mais contagieux ou menaçant pour celui qui voudrait l’approcher. Serait-il même devenu peu fréquentable?

 

Contre ce laxisme insolent sont en train de s’élever, ici et là, des actions individuelles ou concertées, à la fois contre lui, et contre le système qui lui a permis de développer sa propre bulle. Personnellement, je ne peux que leur donner raison et les encourager dans cette voie.

 

Car les placements des satellites de la Bernard L. Madoff Investment Securities LLC., tels qu’ils ont pu être sommairement décrits,relèvent bien pour le moins du comportement punissable de l’escroquerie par l'emploi de manoeuvres frauduleuses en vue de se faire remettre des fonds ou des valeurs à en croire les enquêteurs qui disaient être très inquiets de la réalité de certains actifs.

 

Cette escroquerie d’envergure n’a pu se réaliser que parce que les conditions habituelles d’un tel forfait se sont trouvées réunies. Généralement, les escroqueries, même les plus élaborées, finissent par achopper car les auteurs ne maîtrisent jamais longtemps l’ensemble des éléments.

 

Il s’agit de pouvoir réunir autour d’un mode opératoire bien pensé, un auteur qui inspire la confiance, à une victime vulnérable qui deviendra dépendante du système dans lequel elle sera entrée.

 

Madoff avait la facilité pour tout cela : une honorabilité indiscutable, une connaissance d’un système financier sophistiqué, un carnet d’adresses bien rempli.

 

Personnage principalement reconnu pour le poste important qu’il avait occupé à la bourse de New York, il a su rapidement faire oublier son parcours d’autodidacte besogneux (maître nageur, courtiers en assurances, etc...) et tirer profit de cette situation pour qu’on ne garde de lui que l’exemple de la réussite de son cabinet de courtage en bourse. Même la SEC, pourtant autorité de contrôle avertie, lui aurait maintenu sa confiance malgré l’opacité de l’empire qu’il aurait créé.

 

Car c’est bien à travers un empire opaque que Madoff a joué de manoeuvres frauduleuses pour entourer de discrétion la véritable nature des rémunérations qu’il prétendait servir sur les fonds placés. Loin d’être une simple réplique de l’escroquerie pyramidale de Ponzi, autre escroc américain, il a, semble-t-il, créé des supports fictifs pour laisser accroire aux clients de la position erronée de leur placement. Plus qu’une cavalerie, il aurait tout simplement dilapidé les dépôts à son simple profit, pour ne conserver que la part des anges, mais suffisantes pour servir des intérêts hors normes à des clients pourtant au fait de la rentabilité des placements.

 

Ce qui me surprendra toujours dans ce genre d’affaire, c’est la crédulité des victimes, de toute nature, aussi bien les payeurs, que celles qui ont pu servi d’intermédiaire à leur insu, ou celles dont il a été déjoué les contrôles.

 

Tel un prestidigitateur ou unhypnotiseur, Madoff aurait eu moins de mal à les appâter ou les endormir qu’en ont en général les escrocs classiques. Les clients faisaient la queue, dit-on, dans son antichambre. Je mesure la difficulté des enquêteurs à discerner chez ces clients, qui devront déjà accepter de se reconnaître comme victime d’unescroc et non pas la victime d’un système, les faiblesses ou les niches qui ont permis à Madoff de leur prendre le bras lorsque ces derniers ne lui donnaient que la main.

 

La dépendance psychologique, sur laquelle l’auteur a indéniablement joué à voir la sélection étudiée de son périmètre de chasse qui exclut nombreux de ses compatriotes, va être un handicap certain au démontage du mode opératoire.

 

Pourtant mode frauduleux il y a et il est difficilement compréhensible, tant que le système fallacieux n’a pas été entièrement élucidé, que des mesures aussi laxistes aient pu être prises à l’encontre de cet escroc lorsqu’on sait qu’aux USA les infractions financières sont qualifiées de crimes.

 

La seule morale de cette histoire est que l’on n’est jamais trahi que par les siens. Il semble là que ce soit le proprefils de Bernard Madoff qui se soit ouvert des turpitudes de son Père…Pour finalement faire éclater la bulle familiale.

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