Enjeux d'une Nouvelle Education

Note interne confidentielle (imaginaire ?) du Ministère de l’Éducation Nationale - 17 Aout 2000

 

Objet : Enjeux d'une nouvelle éducation

 

 La relative souplesse dont a bénéficié la France concernant la privatisation de l'ensemble de ses activités étatiques est aujourd'hui un point d'achoppement jugé inopportun par les instances européennes.

Des archaïsmes culturels propres à la France (« idéal républicain ») entravent en effet la mise en application des directives dans les délais impartis pour ce qui concerne notre système éducatif. Ce secteur doit dans l'avenir être appréhendé comme toutes les autres activités économiques.

 Par ailleurs, le poids de l'éducation publique dans le budget national ne sera prochainement plus justifié, au vu de la désindustrialisation et de la reconversion de notre économie vers les secteurs du tourisme et de l'aide à la personne.

La reforme de ce secteur est donc également nécessaire pour réaliser le transfert des coûts d'enseignement vers les usagers.

 Ce transfert ne pourra cependant pas se faire de façon frontale et assumée par les gouvernants. Il devra donc être progressif et sembler laissé au libre choix de nos compatriotes.

Pour cela, les performances éducatives du service publique devront être réduites progressivement, de façon à inciter les citoyens à se tourner d'eux-même vers l'offre privée et à en assumer ainsi le coût.

Différents niveaux d'offres éducatives privées seront proposées par la suite, relativement à la solvabilité financière de chaque ménage.

 

 Les réformes du système d'éducation public seront orientées autour de 3 axes principaux :

 

 -La discipline dans les établissement

 -La formation des enseignants

 -Le soutien scolaire

 

 -Discipline dans les établissement

 Ce point doit être traité avec une vigilance toute particulière car il représentera la principale différenciation entre l'offre de l'école publique « réformée » et la nouvelle offre privée de remplacement.

L'augmentation du nombre d’élèves par classe, grâce au non remplacement d'un enseignant sur 2 est une mesure de fond nécessaire mais non suffisante. Il conviendra d'altérer la discipline dans les établissements publiques par des mesures plus efficaces à court et moyen terme. Il est ainsi prévu de dissuader toute disposition tendant au maintien d'une ambiance studieuse dans les classes publiques.

Les chefs d'établissement et les perturbateurs seront les pierres angulaires de cette mesure : Les premiers seront incités à éviter toutes mesures visant les seconds (Pour exemple, en cas d'exclusion de cours, les chefs d'établissement ou leur adjoint seront incités à ramener les perturbateurs dans la classe, afin de saper l'autorité de l'enseignant).

Pour obtenir ces résultats et pour que règne une atmosphère propice, la notation des chefs d'établissement sera dorénavant inversement proportionnelle au nombre de sanctions disciplinaires prises dans leur établissement.

Pour ce qui est des enseignants, et afin de recadrer les éléments prenant le partie de l'ordre, leur performance pédagogique sera désormais notée pour moité par les chefs d'établissements.

 

 -Formation des enseignants

 Pour des raisons de coût de fonctionnement, et afin de réduire la performance éducative globale (et si l'opinion publique le permet), l'année de formation des nouveaux enseignants sera supprimée.

Les titulaires devront être en poste devant les élèves l'année qui suit leur concours théorique.

Concernant les salariés non rattachés à un établissement (Titulaires sur Zone de Remplacement), leur recours sera encouragé. Les TZR pourront désormais être affectés d'une semaine sur l'autre à l'enseignement de matières sans rapport avec leur formation initiale.

 

-Soutien scolaire

 Les demandes d'heures de soutien scolaire dans les établissements publics devront être majoritairement refusées, l'argument économique étant à privilégier

A contrario, les ménages les plus progressistes ayant souscrit à des cours particuliers à domicile bénéficieront de déductions fiscales à hauteur de 50%, selon le régime des emplois dit « d'aide à la personne ».

 

Effets Collatéraux

 

Recrutement

 

La dégradation progressive de l'ambiance de travail dans les classes, associée à une dévaluation continue du statut social de la profession, pourraient conduire à une baisse progressive des vocations. Cette baisse pourrait être plus rapide que le transfert des élèves vers les établissements privés.

Il pourrait alors en résulter un dysfonctionnement mesurable par l'opinion publique, avec des conséquences tout à fait contre-productives.

Pour pallier cette baisse des vocations, le recours à des enseignants intérimaires sans concours sera encouragé, ainsi que l'attribution automatique de concours à des candidats ayant échoué à un concours de niveau supérieur (le CAPES pourra ainsi être attribué d'office à des candidats ayant échoué à l’agrégation, sans qu'ils aient présenté celui-ci).

Le niveau des concours devra également être revu pour maintenir un recrutement suffisant.

 

Parents d’élèves / Opinion publique

La dégradation progressive du système éducatif pourra émouvoir l'opinion, encore aujourd'hui repliée sur les dogmes de l'égalité des chances et de l'ascension sociale au mérite.

La prise de conscience de cette dégradation pourrait s'avérer contre-productive. Il conviendra donc de maintenir constante la principale mesure de qualité du système éducatif français, à savoir le taux de réussite au Baccalauréat.

Pour cela, les programmes seront simplifiés et allégés continuellement, année après année, pour compenser la baisse de performance éducative publique.

Cet allègement permettra également de mettre plus en cohérence les compétences des diplômés avec les futurs besoins de la nouvelle économie française.

Mise en œuvre

L'objectif de cette feuille de route est que l'ensemble des mesures soient en application au terme des 12 ans à venir, pour un basculement réussi au terme de la 25 année.

Même si les écueils de ce projet sont nombreux, ceux-ci ont aujourd'hui identifiés et à même d'être anticipés. Ainsi, grâce à vos efforts combinés, nous réussirons à faire enfin entrer la France dans une ère de pleine modernité, telle qu'elle est déjà à l’œuvre dans d'autres pays occidentaux.

Comptant donc sur votre pleine collaboration et engagement, je vous prie d'agréer, mes chers collègues, l'expression de mes sentiments les plus sincères et républicains.

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