Un orage

Il a plut hier

J'ai vécu dans un château lorsque j'étais enfant. Ce château n'avait pas de toit ni de fenêtres intactes malgré celle, te souviens tu, avec son banc de pierre devant la meurtrière. Il avait pourtant la plus belle cheminée et le plus beau donjon où il m'a été permis de m'assoir.
Hier après midi avec ma fille, nous partons à la pêche en Durance ? Sacs à dos, eau fraiche et canne en main nous remontons la rivière sur son lit de galet. Chaque année il se déplace et redonne une nouvelle figure au loisir de la dame. Je ne reconnais plus celui de mon enfance mais qu'importe, il reste en mon cœur et je défaits ses lacets avec émerveillement, « quitte à quitter » le passé.
Nous arrivons au milieu du lit qui ne dépasse pas souvent le passage à gué. Ici un ilot de galets divise en deux l'eau. Nous posons nos cannes en ce lieu sec. Pas de prises fantastiques, des hotus piqués par le dos comme s'ils voulaient assommer l'alevin que figure le leurre animé par nos soins. Au loin gronde un tonnerre que nulle prédiction météorologique ne prévient. Un premier puis un second éclair zèbre le ciel lointain. Je comprends que l'orage remonte le cours d'eau. Ni une ni deux je déclare le retrait.
Nous sommes proches de Cadenet et je sais à proximité les ruines de ce château, magnifiques, romantiques, de colonnettes vestiges en meneaux oubliés il me reste une cheminée à pleurer de beauté, des dépendances rustiques et surtout l'émeraude du lac qui garde la berge, eau de tanches et de gardons, eau d'un vert que jamais auparavant je n'avais interrogé . Nous arrivons à proximité et le vent de l'orage nous averti. Nous décidons quand même du détour jusqu'aux ruines merveilleuses. L'endroit est magnifique mais la pluie nous assomme. Entre abris précaires et pluie diluvienne nous partons penauds. Le chemin de notre fuite devient torrent de boue. Une demi heure de marche course glissante et boueuse plus tard nous retrouvons notre voiture sanctuaire. Changement de vêtement et nous repartons vers Orange. Pas de blessure, pas de téléphone noyé. Le spectacle est grandiose. J'aurais pu mourir dans un château, frappé par la foudre, celui de mon enfance, sans toit ni fenêtre. J'aurais pu vivre sans voir la beauté d'un lieu, de personnes, sans rire, sans craindre, sans revenir en ce lieu et en d'autres, sans vous, sans orage, sec.

 

 

 

 

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