LE GRAND DÉBAT : LA GRANDE SUPERCHERIE !

Les habitants sont considérés comme des moutons. Rien n’est apparu sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) pourtant en bonne place sur le cahier de doléances. Ainsi, le Grand Débat n’est que le reflet des exigences d’Emmanuel Macron.

Mercredi 27 février 2019, les citoyennes et les citoyens de Rives-en-Seine et ses alentours, en Seine-Maritime étaient invités à la salle des fêtes de la Tour d’Harfleur pour engager localement le "grand débat national". Les participants ont été trompés ! Pourtant le document, établi auparavant par le Ceser-Normandie (Conseil économique, social et environnemental régional), semblait démocratique avec son sous-titre "Réunions d’initiatives locales". Vu le déroulement, après un début citoyen, la supercherie a vite commencé.

            Avant d’aller plus loin dans la vision et le contenu de cette réunion, il faut s’interroger sur le mot citoyen. Il nomme "tout individu considéré comme une personne civique… qui vit en république". A cette définition, le dictionnaire Le Robert ajoute que ce terme est d’origine révolutionnaire. Existe-t-il encore vraiment ? On peut en douter au vu du déroulement de ce débat. Avant celui-ci, le Ceser-Normandie avait publié un document où étaient précisées la définition et l’organisation de cette réunion d’initiative locale : « un temps d’échange défini… pour échanger, s’exprimer et faire remonter leurs solutions sur les thèmes proposés par le gouvernement. Cette réunion donne la priorité à l’expression citoyenne ».

Comment peut-on s’exprimer prioritairement, comment peut-on s’exprimer librement quand on nous impose une thématique, quand on nous impose des propositions venues d’en haut, de très haut, là où le président jupitérien commande tout. Suite à une consultation du cahier de doléances, j’ai rencontré un adjoint au maire qui me montra ces documents. Je fus heurté par ceux-ci qui, de façon arbitraire par la Communauté d’agglomération "Caux Vallée de Seine, répartissaient dans la zone géographique le débat en 4 parties et 4 thématiques. D’après l’adjoint les citoyens se devaient de respecter les principes de cette structuration du débat !

La supercherie commence là. Voilà une entité administrative qui impose aux citoyens une règle de conduite pour traiter d’un sujet choisi par elle. Or cette communauté a été créée sans consultation de la population du territoire concernée par ce regroupement de cantons comme cela a été fait pour les régions (haute et basse Normandie fusionnées). Et la thématique environnementale est imposée à une commune, Rives-en-Seine qui est le résultat de la fusion de trois communes (Caudebec-en-Caux, Villequier, Saint-Wandrille-Rançon), fusion créée également sans consultation citoyenne ! J’oserais affirmer que les élus de ces territoires imposés ne représentent aucunement la population. Ils ne représentent qu’eux-mêmes. Voilà un élément à discuter dans un débat.

Exceptées deux ou trois interventions beaucoup plus locales (poids lourds à Caudebec-en-Caux par exemple), toutes les autres ont eu pour thématique la transition écologique "pure", l’officielle, comme si tout avait été prévu à l’avance par un contact avec le mouvement associatif du secteur. Ces interventions feront l’objet d’un compte-rendu officiel et remonteront s’intégrer dans l’immensité du nombre de doléances vers les palais de la République. Localement aura-t-on connaissance de ce compte-rendu ? Rien n’est sûr.

A première vue je n’étais pas le seul à être choqué par l’obligation de la thématique, affichée sur écran, comme j’ai commencé à le faire savoir au début du "débat". Parmi les personnes chargées d’analyser les doléances citoyennes du cahier, personnes qui ont travaillé de longues heures pour trier, classer et rédiger un rapport complet,  plusieurs ont été choquées par l’organisation intempestive du débat. Certes la transition écologique prenait une place importante dans les doléances qui se sont multipliées individuellement par un nombre de citoyens membres d’une même association écologique. Ceci était leur droit, mais de là à ne laisser l’oralité qu’à ces gens, il y a une orientation choquante, alors que l’analyse du cahier de doléances fit l’objet d’une lecture par une des membres du groupe dont le travail méritait mieux que l’oubli dont il fut l’objet, notamment par les élus et les modérateurs. Ceux-ci devaient commencer par mettre ce "rapport" à la discussion avant tout autre sujet.

Et là, dès le début de la réunion, j’ai ressenti le mépris, la négligence, l’affront qui recouvraient l’équipe et son travail, et derrière elle l’ensemble des citoyens participants et leurs doléances. Aucun autre sujet que l’écologie n’a été abordé, mis en avant, débattu ! Les habitants sont considérés comme des moutons. Rien n’est apparu sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) pourtant en bonne place sur le cahier de doléances.

Ainsi, le Grand Débat n’est que le reflet des exigences d’Emmanuel Macron, Président de notre République, exprimées dans sa lettre aux Françaises et aux Français. Ce qui est grave c’est que des décisions de sa part et du gouvernement continuent à être prises, ce grand débat non terminé. Les doléances des citoyens ne comptent guère, pas plus que leurs avis. Voilà la supercherie en marche !, avec ce grand débat et les grandes démonstrations de campagne électorale de E. Macron.

Par exemple, l’éducation dans les écoles va subir l’obligation, de la maternelle à la fin des études, de mettre en permanence sous les yeux des enfants, des adolescents et de tous les jeunes, de part et d’autre du tableau de leurs classes, les drapeaux de la République et de l’Europe ainsi que les paroles de la Marseillaise, même ceux qui apprennent à lire… ! Ces paroles sont pourtant par endroits effrayantes pour les enfants ( … l’étendard sanglant est levé… égorger vos fils, vos compagnes… qu’un sang impur abreuve nos sillons…!!! ).

Et puis au moment où le grand débat ordonne aux citoyens de notre secteur géographique de discuter de la transition écologique, l’Europe, celle que le peuple français a refusée lors du referendum de 2005 et que l’on nous a imposée, hors notre avis, en 2007, cette Europe a décidé de renouveler in extremis, la licence du glyphosate jusqu’en décembre 2022. L’Europe est un sujet inexistant dans ce grand débat, sa mise en cause est quasiment interdite, la vérité de son existence oubliée. Les écologistes présents dans la salle n’ont pas évoqué cette atteint vitale à la nature et à l’humain.

La supercherie du grand débat ne s’effacera guère. Les problèmes posés par les Gilets Jaunes chaque samedi depuis de nombreux samedis dans la rue ne sont pas près d’être résolus. La faim, la misère, la vie dans la rue, les conditions de vie de nombre de nos compatriotes ne seront pas effacées avant longtemps. INDIGNONS-NOUS !

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