LETTRE OUVERTE A STÉPHANE ALLIÈS

Avez-vous entendu, monsieur le journaliste, ce mot "RÉSISTANCE" qui résonnait avec l’écho sur les façades des immeubles tout au long des boulevards et des avenues ?

 

 

 

130 000 citoyens de Bastille à République ! Et, vous, M. Alliès, atténuez l’impact de cette présence intense, immense, décidée et fière, prônant l’insoumission à la dictature des édiles et de la finance. Avez-vous entendu, monsieur le journaliste, ce mot "RÉSISTANCE" qui résonnait avec l’écho sur les façades des immeubles tout au long des boulevards et des avenues ? Cette voix d’un chœur unique se renforçait Place de la République, ce lieu symbolique de plus de 3 hectares, au milieu duquel se dresse Marianne, notre sœur qui brandit, dans sa main droite levée haut, un rameau d’olivier, symbole de paix et de victoire. 130 000, voire beaucoup plus, quand on ajoute des gens qui, comme l’auteur de ces lignes, étaient présents, devant leurs écrans pour participer à leur façon à l’insoumission lumineuse, colorée, joyeuse, pacifique.

M. Alliès, où étiez-vous pour décrire comme vous le faites cette manifestation ? Vous avez même omis de souligner la présence de M. Guy Bedos au pied du podium. Son visage exprimait la gravité dans laquelle cette élection plonge le peuple. Elle traduisait la densité de l’écoute, de l’émotion transmise par les mots qui jaillissaient de la bouche de J-L Mélenchon. Mon visage devait être semblable au sien. Personnellement, mon émoi embuait mon regard de ces vérités, ces espérances, de ces certitudes, celles de l’infaillible, l’inévitable destin de cette cinquième République par laquelle le citoyen est piétiné, où il est voué à être un serf.

Dès le début de votre reportage vous méprisez les insoumis, ceux que vous mettez entre guillemets quand vous insinuez, je cite : « Plus de 100 000 "insoumis" ont défilé un brin anarchiquement… ». Où était l’anarchie dans ce rassemblement ? Où avez-vous vu de la confusion, du désordre, un trouble à l’ordre public, tout ce qu’on trouve derrière le mot anarchie ? Quand les voix s’élèvent de la foule pour lancer dans les airs une colère mesurée et l’espoir clamé par des cœurs généreux, cela n’a rien d’anarchique. Et puis voilà un mouvement, une manifestation, un rassemblement sans les rituels casseurs qui "affrontent" la police, brisent des vitrines, des arrêts de bus, ces individus aux visages cagoulés dont on ne sait jamais d’où ils viennent même quand ils sont arrêtés et emmenés. Alors ! Où avez-vous vu l’anarchie ?

Déjà, le titre de votre article interpelle : « Mélenchon fait le plein et plaide pour sa VIème République ». Vous n’êtes pas à une anomalie près M. Alliès. Vous écrivez aussitôt des contradictions par un étrange blabla : « le plumitif  (c’est vous !) a pu un temps croire… que la marche n’allait pas rencontrer le succès espéré » en ajoutant les rangs clairsemés de 2012. Vous avez pu croire ou vous auriez souhaité ? En 2012, déjà 100 000 personnes et… 130 000 en 2017 ! Ces derniers chiffres n’ont pas été revus à la baisse "selon la police" !

Voyez-vous, l’Histoire de notre Pays abonde de mouvements par lesquels les serfs se révoltent. La France est un des modèles de ces désobéissance, insoumission et résistance. De l’année 1789 qui nous donna notre fête nationale le 14 juillet, à nos jours où nait peut-être un de ces évènements qui marquent le temps, on a vu la Révolte des Canuts, les Trois Glorieuses en 1830 qui ont inspiré Eugène Delacroix dans son chef d’œuvre "la Liberté guidant le Peuple", la révolution de 1848 qui créa la seconde République, la Commune de Paris en 1871, la lutte contre les envahisseurs pendant les deux guerres mondiales de 1914 et 1940. Il ne faut pas oublier le Front populaire de 1936 avec le symbole des congés payés, ni 1968 jusqu’à la colère des salariés d’Air France, de Good Year et de tant d’autres. Ah ! J’oubliais… un peu d’humour…nos ancêtres les gaulois.

C’est, M. Alliès, ce qui surgit quand on lit votre article.Ce que vous craignez et ce qui commence à s’incruster dans le paysage politique de notre Pays, c’est la volonté du peuple de s’accapare (enfin !) le pouvoir. Ce qui vous gêne, c’est qu’un candidat représente ce peuple et certainement plus que ce qu’on nous annonce, plus que ce que les médias nous assènent depuis des mois. Ce qui vous inquiète c’est que si la candidate de l’extrème droite arrive au pouvoir, c’est la réaction de ce peuple insoumis qui ne se laissera pas imposer une dictature.

Certes, à Bercy, le candidat du parti socialiste, parti complètement disloqué, a fait le plein d’une salle, certes de son discours jaillissait une belle énergie, une volonté d’avancer mais , visiblement sans desserrer les freins du véhicule PS qui a tendance aux marches arrières, sans bousculer trop ceux qui nous ruinent  et nous imposent des règles rejetées en 2005, en accord avec le président actuel ? Il ne remet pas en cause tous ces dirigeants d’une Europe de l’argent, celle des grandes fortunes, des paradis fiscaux, celle qui se rapproche dangereusement des frontières d’une dictature financière.

Enfin quand on lit les commentaires on s’aperçoit que nombreux sont les lecteurs qui sont exaspérés par le mépris avec lequel vous traitez les sujets qui les concernent. Certains vont jusqu’à annoncer l’annulation de leur abonnement à ce journal que l’on pensait complètement indépendant. Or, un ressenti immense se fait jour. Le parti pris presque permanent pour le parti socialiste rivalise chaque jour dans de nombreux articles avec celui pour Macron. L’ignorance envers la France Insoumise, comme envers le PCF heurtent une grande partie des lecteurs de Médiapart qui, heureusement les laisse s’exprimer dans les commentaires. Pour ma part je continue mon abonnement mais avec à l’esprit la permanence d’une volonté de libre expression pour non seulement commenter mais aussi par des courriers et des billets.

 

Voilà, M. Alliès, j’ajouterai avant de mettre un point final à ce courrier-billet ( je prolonge ce courrier en billet sur mon blog) que vous faites partie de ceux qui influencent la population, les électeurs, comme tous ces médias qui mettent en avant Le Pen et Macron en omettant de mettre sur un pied d’égalité tous les mouvements qui fondent la République. Vos articles rejoignent les émissions sur de nombreuses chaines T.V. où seuls trois ou quatre  personnages politiques sont l’objet de vos attentions tout comme ces instituts de sondages qui prennent le relai sur commande. L’impartialité dans ce domaine comme dans nombre d’autres n’existe pas.

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