Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre

Vous n’avez pas vu et vous ne pouvez voir sur ces bancs de l’hémicycle un seul ouvrier ou une seule ouvrière, un(e) chômeur(euse), des licenciés par la finance

Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre

Monsieur le premier Ministre,

Votre vision a des limites. Lors de la séance du 4 juillet 2017 de l’Assemblée Nationale, dans votre déclaration de politique générale du Gouvernement vous avez vu ! Vous avez vu dans cette boule de cristal qu’est le Palais Bourbon, vous avez vu ce que vous voulez seulement voir. Selon vous, seuls les bancs de "En Marche" de cette Assemblée Nationale montrent des êtres exceptionnels : une avocate certes issue du peuple, un éleveur de la Creuse, une jeune femme officier, un jeune originaire du Rwanda et élu, ce qui est noble pour notre Nation. Vous avez vu des sportifs de haut niveau, des entrepreneurs, des scientifiques, même des matheux !

Je n’invente rien, ce sont vos propres paroles (voir le compte-rendu officiel de la séance), ces paroles qui ouvrent un gouffre dans le paysage de la Nation. Vous n’avez pas vu et vous ne pouvez voir sur ces bancs de l’hémicycle un seul ouvrier ou une seule ouvrière, un(e) chômeur(euse), des licenciés par la finance, ce milieu qui, vous comme le Président de cette République de l’argent, Emmanuel Macron, vous trouble la vue. Vous ne pouvez voir, vous ne voulez voir cette classe, base la plus nombreuse de notre Pays.

Vous ignorez et méprisez le peuple qui représente la grande partie de ceux qui ne sont pas entrés dans les isoloirs pendant les élections législatives. Ils sont 57,36%. Cette énorme moitié de la population ne croit plus à la possibilité du changement. Vous ne voyez que ce que vous voulez voir dans ce monde où l’obscurantisme de l’argent envahit le peuple. Vous osez affirmer que les français ont « exprimé un espoir formidable en portant Emmanuel Macron à la Présidence de la République ». Vous ne voyez pas l’abstention, vous ne voyez pas les votes contre cette présidence et contre l’arrivée de cette extrême droite écœurante. Vous ne voyez pas que vous représentez bien peu et que vous allez gouverner face à la résistance et la contestation du peuple.

Et, comme l’imposent E. Macron et vous-même, le recours aux ordonnances pour modifier le Code du Travail est honteux. Cela montre bien, comme le souligne le député L.R. Christian Jacob quand votre majorité siège à l’assemblée avec 350 députés En Marche, une telle méthode, montre un manque de confiance envers eux. Et, si ils et elles approuvent, qu’ils et elles ne s’étonnent pas qu’on les bénisse du qualificatif  "godillots". Ils auront montré qu’ils marchent au pas comme vous-même monsieur le Premier Ministre et… à la cadence imposée par le président.

Une telle façon de gouverner ne pourra pas durer cinq ans. Et comme l’a dit ce même jour le président du groupe France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, « car le sol se dérobera bientôt ».

Enfin vous devriez émettre des précisions (ou j’ai mal lu le compte-rendu de cette séance) sur l’évasion fiscale car le peuple français, dont je suis, ne peut croire un seul instant que la baisse de l’impôt sur la fortune ramènera sur le droit chemin (en Marche arrière !) tous ces tricheurs car les paradis fiscaux ne disparaitront pas demain. Vous êtes l’ancien maire du Havre et personnellement j’habite au bord de la Seine à une cinquantaine de kilomètres de votre ville et, vous comme moi pouvons dresser une liste effroyable du nombre de navires battant un pavillon de complaisance (Panama, Iles Caïman, Malte, Chypre, Iles Marshall, Luxembourg, Hong Kong, Singapour…). Cela ne peut s’effacer du jour au lendemain.

Par contre vous annoncez une augmentation de la CSG. Moi, retraité de la fonction publique, je pourrai de moins en moins aider mes petits enfants pour leurs études et leur vie de tous les jours. Comme le dit le député Sébastien Jumel au sujet de l’ISF, de la CSG et de la baisse de l’impôt sur les sociétés « … il ne s’agit pas de pleurnicher mais de montrer ce que vous ne voulez rien voir ». Monsieur le premier ministre le montant de ma retraite est figé depuis plusieurs années, je pense vraiment que vous ne voyez rien. Vous ne voulez rien voir.

Jean Riboulet

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