Un député P.S. sans voix

Le 11 mai dernier, Christophe Bouillon, député P.S. de la 5ème circonscription de Seine-Maritime, diffusait un message sur Facebook. Ce jour-là, il n’était pas à l’Assemblée Nationale lorsque le premier ministre catapulta l’utilisation du 49-3 pour imposer la loi-travail

Le 11 mai dernier, Christophe Bouillon, député P.S. de la 5ème circonscription de Seine-Maritime, diffusait un message sur Facebook. Ce jour-là, il n’était pas à l’Assemblée Nationale lorsque le premier ministre catapulta l’utilisation du 49-3 pour imposer la loi-travail. Il assistait à une cérémonie d’inhumation d’un ancien chef de corps des sapeurs-pompiers à Caudebec-en-Caux, ville en bord de Seine entre Rouen et Le Havre. Il entendit l’annonce de Valls à la radio. Dans son message qui parcourut les adresses e-mail de la région et de beaucoup plus loin, il affirme que ce recours à l’article de la Constitution par le gouvernement l’a « laissé sans voix ». Voilà ce message :

message-c-bouillon-11-mai-2016

Cette aphonie devait lui rappeler ce que François Hollande en 2006 quand il était 1er secrétaire du P.S. : « Le 49-3 est une brutalité. Le 49-3 est un déni de démocratie. ». Je lui ai donc adressé un message à son adresse de l’Assemblée Nationale, message resté sans réponse à cette heure :

Je viens de prendre connaissance de billet paru sur Facebook… vous dites dans ce billet, donc publiquement, que la décision gouvernementale d’utiliser le 49-3 pour instituer cette loi qui met en cause le droit du travail vous laisse sans voix. Et vous le regrettez. On ne peut que partager votre ressenti face à un texte qui à terme brise l’égalité des citoyens devant leurs professions et leurs droits. Cela m’amène à vous poser une question. Pourquoi n’êtes-vous pas signataire de la motion de censure signée par des députés socialistes et d’autres groupes  à l’Assemblée Nationale ? Votre nom n’apparaît pas sur la liste des signataires parue ce 11 mai. Pourtant comme le dit le texte : A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Vos regrets auraient dû vous inciter à cette démarche exceptionnelle. Cette décision du premier ministre et du gouvernement et, je ne peux en douter, avec l’accord du Président de la République, efface tout débat parlementaire et ignore la démocratie. Par là même il gomme la représentativité du peuple et méprise celui-ci. Cela est inacceptable. Pourquoi nous faire venir régulièrement aux urnes quand nous sommes bafoués ? Cela est inacceptable. Cela est à la limite de la dictature. Cet article ne devrait pas exister dans la Constitution. Vous, député vous devez, en notre nom, demander sa suppression pour que la République soit respectée. La loi El Khomri, sans vote, vous laisse sans voix ! Retrouvez votre voix, la nôtre, et rejoignez les "frondeurs".

 

J’ajoute aujourd’hui qu’il peut même rejoindre le Front de Gauche pour retrouver sa voix. Car, voilà que le 49-3 se profile à nouveau. Le député Bouillon va-t-il retrouver sa voix ? Des députés de gauche vont certainement déposer une motion de censure. Se joindra-t-il à eux ? Après ce message sur Facebook il ne peut se désavouer. Il doit voter pour refuser cette inadmissible décision gouvernementale. Du courage et de l’honnêteté M. Bouillon ! Ainsi votre message prendra toute sa vraie valeur. Dans le cas contraire il n’aura été qu’un coup d’esbroufe, une fanfaronnade, de la poudre aux yeux jetée vers les électeurs, une ambiguïté insupportable. Cette énigme sera celle qu’on retrouve dans le discours de F. Hollande après le non au referendum sur le "brexit" : « Un sursaut est nécessaire, les peuples attendent des valeurs de liberté, de tolérance et de paix ». Un peu contradictoire avec le 49-3 ! Il y a loin des paroles aux actes.  

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