Quand les syndicalistes sont criminalisés

Mesdames et messieurs les juges ne condamnez pas les syndicalistes ! Nous apprenons, par l’Agence Reuters, que deux militants CGT, dockers au Havre ont été interpellés ce 31 août et transférés pour y être entendus sur des heurts lors de la manifestation parisienne du 14 juin contre la "loi travail".

Mesdames et messieurs les juges ne condamnez pas les syndicalistes ! Nous apprenons, par l’Agence Reuters, que deux militants CGT, dockers au Havre ont été interpellés ce 31 août et transférés pour y être entendus sur des heurts lors de la manifestation parisienne du 14 juin contre la "loi travail". Ceci est grave de la part du gouvernement, de sa police et de sa justice.

            Aussitôt, le port du havre est bloqué avec une grève du chargement et du déchargement des porte-conteneurs. Les autres ports seront-ils aussi bloqués ? Il le faut, c’est indispensable. Et pas que les ports! Il faut tout bloquer pour que ce gouvernement respecte le peuple et cède enfin. Il faut qu’il œuvre pour la libération de ces deux travailleurs syndiqués. Il faut qu’il cesse ses injustices, cette atteinte aux libertés fondamentales comme le droit d’être syndiqué, de protester et de manifester où l’on veut et quand on veut sans être sous le carcan policier comme ce fut le cas ces derniers mois. Il est légitime de protester quand des décisions sont arrêtées sans l’accord  de ceux qui sont concernés, les travailleurs qui produisent des richesses dont certains, sans scrupules, se remplissent les poches.

            Ce gouvernement est toxique. Il ne doit plus utilisé le mot "gauche" qu’il associe à sa politique. Le P.S. est aussi réactionnaire que l-R et la droite extrême. Il en oublie l’histoire. S’attaquer aux syndicalistes est grave et peut, si on ne freine pas ces accusations, tomber dans des situations plus graves, beaucoup plus graves. Voilà pourquoi la justice doit innocenter les deux dockers du Havre. Il nous faut rafraîchir la mémoire de ces gens qui sont au pouvoir et enracine le peuple dans la servitude et la misère. Il y a un siècle…

L’affaire Jules Durand

            Deux dockers syndicalistes CGT arrêtés le 31 août 2016 ! Comment ne pas rappeler l’affaire Jules Durand ? Même si la gravité est loin de celle du docker du Havre, syndicaliste CGT licencié en 1908 pour propagande et actions syndicales. Ce rappel est nécessaire en cette période ou des syndicalistes sont régulièrement condamnés (Goodyear, Air France…).Après ce licenciement il devient docker charbonnier et est élu secrétaire du syndicat du Port du Havre en 1910. Ce syndicat lance une grève le 18 août 2010 pour une augmentation de salaire et d’autres revendications comme le réduction du temps de travail, la préservation de l’emploi ainsi que l’installation de douches sur les quais du port.

            Le 9 septembre une rixe entre trois ouvriers charbonniers (alcoolisés) avec un contremaître non gréviste tourne au drame. Ce dernier meurt. Deux jours plus tard, Jules Durand est arrêté avec deux autres dirigeants du syndicat, les frères Boyer. Il a 30 ans. Tous les trois sont inculpés de complicité d’assassinat et incarcérés à la prison du Havre. Défendu par René Coty, futur Président de la République de 1956 à 1959, son dossier est transmis à la cour d’appel de Rouen et il est mis en accusation devant la cour d’assises pour assassinat et complicité d’assassinat. Le 25 novembre, il est condamné à la peine de mort. Après une forte mobilisation, y compris de la presse dont Jean Jaurès (dont se réfèrent les Hollande, Valls et tous les autres) et Lamartine, 200 parlementaires et le président de la République de l’époque Armand Fellières. Ce dernier signe un décret de grâce qui commue la peine de mort en 7 ans de réclusion criminelle. Jules Durand est libéré le 16 février 1911 avec un état de santé mentale extrême dont il meurt le 20 février 1926 à l’asile d’aliénés des Quatres-Mares à Sotteville-les-Rouen. La cour de cassation a reconnu son innocence le 15 juin 1918. Un boulevard porte son nom au Havre.

 

            Certains trouveront ce parallèle historique exagéré. Peut-être, mais voilà où on en arrive quand on mène une politique de répression policière qui peut aboutir un moment ou un autre à des dérives outrancières. Alors, libérez les deux dockers CGT du Havre !

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