Message adressé aux femmes de mon temps

Une femme de 31 ans, Shaima Al-Sabbagh, représentante de l'Union populaire égyptienne, icône de la révolution de 2011, est assassinée le 25 janvier aux abords de la place Tahrir alors même qu'elle s'apprêtait à y déposer des fleurs en mémoire des martyrs de la révolution. Cet événement n'a fait que grandir la peine du peuple égyptien, déjà profonde. Il devrait nous interpeller de part sa dimension politique et philosophique. 
Puisqu'il s'agit de révolution, de commémoration à la révolte et de martyr, qui plus est, celui d'une femme désintéressée, n'ayant pour combat que ses convictions sociales, cet événement revêt un aspect romantique qui vient directement nourrir l'imaginaire révolutionnaire. Le réel, si triste s'incline pendant un cours instant devant la magie du symbole. Le but de l'existence n'est certainement pas de mourir avant son terme mais la mort peut se retrouver en face d'une poussée d'émancipation trop forte de la condition humaine.
Ceci m'interroge sur place de l'homme et la place de la femme dans cette société qu'ils peuplent ensemble. Une société à l'apparence artificielle, qui nous sculpte et tend à nous uniformiser. Une société dans laquelle les intérêts privés prédominent sur le partage, une société qui repose sur la compétition, dans laquelle la liberté de vivre n'est que la liberté de se s'enrichir et de dominer. Le rapport de force au nom du progrès, le rapport de force comme seul moteur apte à faire marcher plein gaz la machine de l'évolution. Domination infâme de la concurrence et du chacun pour soi, solidaire de nature à toutes les autres formes de dominations existantes. Cette société ainsi axée, ne pourra jamais prétendre à nous libérer dans nos moeurs et dans nos conditions. 

J'ai cherché sur Internet des phrases qui pourraient mettre en lumière une certaine idée de l'émancipation humaine à partir de ce symbole qu'est la femme révolutionnaire, un symbole fort qui transcende l'homme qui s'en imprègne. Je n'ai trouvé que des citations méprisantes et mysogines, que des phrases emplies de préjugés qui renvoient sans cesse la femme à sa condition et à ses formes physiques. 
Je n'ai trouvé de valable que Tolstoi qui disait : 
" Femmes ! C'est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde ! "

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.