Naissance de la Philharmonie de Paris, souvenirs caustiques de Jean-Stéphane RAB

La Philharmonie de Paris soluble dans le quinquennat de François Hollande ? Lors de sa préfiguration, on pouvait se poser la question tant la construction de la grande salle symphonique parisienne tant espérée et soi-disant indispensable, telle l'Arlésienne, s'était fait longtemps attendre alors qu’elle faisait partie du projet originel de la Cité de la Musique voulue par Pierre Boulez.

Entre-temps, en 2012, la grande salle qui ne semblait voir le jour, se résumait à la vision d’un parking, fort utile certes, mais plus propice aux échanges de coups de klaxon - en quelque sorte déjà un lieu d'expérimentation musicale digne davantage d’un jardin sonore, qu’à la musique symphonique.

Finalement le temps passa et la ténacité associé au verbe du très politique Laurent Bayle sut convaincre nos chers élus.

Nommé à la Direction Générale de la Cité de la musique, ce dernier, en mal de salle symphonique, avait obtenu entre temps de l'Etat, et sans que celle-ci lui appartienne, la mise à neuf de la Salle Pleyel. Las, notre grand commis musical d'Etat voulait plus grand pour sa programmation internationale, déjà concurrente de celle du Théâtre des Champs Elysées (eh oui, la compétition sévit aussi dans le secteur culturel). Il y manquait, en effet, aux dires de notre expert en répertoire symphonique, des espaces de répétition, de sorte que, paraît-il, tel orchestre américain ne pouvait pas répéter dans la journée le programme du soir. Quel honte en effet et quelle risée nous devions déclencher outre-atlantique !

On pouvait se tromper mais on n'avait cependant jamais remarqué que l'Orchestre de Paris et les orchestres étrangers jouaient moins bien à la Salle Pleyel qui, malgré son allure d’appartement fraîchement repeint et encore en mal de décoration (j'y aurais bien vu une fresque monumentale d’Olivier Debré ou pourquoi pas quelques colonnes de Buren en fond de scène) présentait une acoustique excellente et une visibilité parfaite de chaque fauteuil, de quoi ravir les oreilles à défaut des yeux perdus dans cette immensité à la blancheur monotone et un peu clinique, comparée au plaisir des yeux produits par le décor du Théâtre des Champs-Elysées ou par celui du Châtelet.

Mais à force d’un lobbying digne d’un Pierre Boulez (notre Jupiter musical était d’ailleurs à l’époque toujours à l’œuvre), et après avoir arraché les financements manquants à l'Etat, la Région Ile-de-France et la Mairie de Paris, Laurent Bayle obtint que les deux grues, égarées depuis plusieurs mois dans un trou creusé à la place du futur parking, soient enfin rejointes par d'autres engins - on aurait pu en attendant y organiser des motos cross, kermesses, des brocantes, ou autres concours de pêche à la ligne, voire y faire gambader les chevaux emprisonnés dans le béton du centre équestre voisin.

Donc, nous aurions cette salle d'ici quelques mois. Mais pour qui ? Le public du 8ème arrondissement, les touristes, les dames en manteau de fourrure et les messieurs en complet iraient-ils se perdre Porte de Pantin, un lieu excentré, en bordure de périphérique, accessible par une seule ligne de métro, et ne présentant guère d'autre intérêt après le concert que la balade dans les jardins de la Villette, un sandwich merguez à la main, les restaurants n’y étant pas si nombreux et l'environnement, il faut bien le dire, moins glamour que rue Saint-Honoré. Enfin, même si l’auditorium de la Cité de la Musique attirait du monde, certains des concerts les plus prestigieux, tels celui du Chamber Orchestra of Europe avec Denis Matsuev et Symon Bishkov, n’affichaient pas toujours complet dans l’auditorium d’à peine 1000 places.

Alors, qui allait garnir les 2400 fauteuils de ce nouveau temple de la musique classique ?  J'espérais que Laurent Bayle ne s'était pas trompé, et que le public, y compris les habitants de la Seine-Saint-Denis voisine, viendrait en masse découvrir la musique symphonique et que cette salle éblouirait autant par son architecture extérieure que par sa conception intérieure.

Cinq ans après, on peut finalement féliciter Laurent Bayle. Il avait vu juste, comme avant lui Pierre Boulez avec l'Ircam, l'Ensemble Intercontemporain ou la Cité de la Musique, car autant le résultat architectural et programmatique de la salle que sa fréquentation sont à la hauteur de l'investissement consenti par le peuple.

La Philharmonie de Paris fait désormais partie du paysage musical parisien, tout comme le Royal Albert Hall à Londres et le Boston Symphony Hall qui elles aussi ne se situent pas en centre ville, la seconde ayant même sa station de métro baptisée Symphony.

Pour être définitivement à la hauteur, reste donc à rebaptiser Pierre Boulez ou Philharmonie la station de métro Porte de Pantin qui dessert la Salle !

 

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