Deux discours présidentiels

Je suis rentré des commémorations du 65° anniversaire de la libération du camp de Bergen Belsen le 18 avril 2010 et aussitôt j'ai assisté à un festival de déclarations racistes qui semblaient se répondre et surenchérir l'une l'autre dans l'ignoble.

Je suis rentré des commémorations du 65° anniversaire de la libération du camp de Bergen Belsen le 18 avril 2010 et aussitôt j'ai assisté à un festival de déclarations racistes qui semblaient se répondre et surenchérir l'une l'autre dans l'ignoble.

M. Le Pen a ouvert ce festival (le 25 avril) en déclarant que : « les lois anti-juives (de Pétain) n'allaient pas jusqu'à la déportation. »(...) « Les juifs français ont bénéficié, somme toute, d'une indulgence que leur a value l'action du gouvernement français. » ce que la presse a atténué en parlant, comme d'habitude, de dérapage et de goût du paradoxe.

Puis ce fut le maire de Parthenay (Deux-Sèvres), M. Xavier Argenton qui n'a pas souhaité que des collégiens lisent un texte de Mme Ida Grinspan déportée à Auschwitz qui mentionnait son arrestation par trois gendarmes français. Pour expliquer son refus M. Argenton (nouveau centre) a déclaré : « Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l'autorité légitime. » ajoutant pour faire acte d'allégeance, sans doute, au Président de la République : « ce texte n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue. » En effet en 2007 dans un discours Nicolas Sarkozy avait déclaré : (...) « je veux en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi. »

Le vendredi 4 juin 2010, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Brice Hortefeux, Ministre de l'intérieur (qui a fait appel du jugement) pour « injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ». M. Hortefeux ministre de l'intérieur avait dit, en septembre 2009 : « Il en faut toujours un (arabe) . Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. »

Enfin, le 30 juin, le Président de la République Nicolas Sarkozy dans le droit fil des déclarations précédentes :

«Il faut le reconnaître, je me dois de le dire, nous subissons les conséquences de 50 années d'immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l'intégration.(...) La règle générale est claire : les clandestins doivent être reconduits dans leur pays. Nous sommes si fiers de notre système d'intégration. Peut-être faut-il se réveiller ? Pour voir ce qu'il a produit. Il a marché. Il ne marche plus. C'est donc une guerre que nous avons décidé d'engager contre les trafiquants et les délinquants. Et c'est dans cet esprit d'ailleurs que j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms. Avec un taux de chômage des étrangers non communautaires qui a atteint 24% en 2009. La règle générale est claire : les clandestins doivent être reconduits dans leur pays. Et c'est dans cet esprit d'ailleurs que j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms.(...) La guerre que j'ai décidé d'engager contre les trafiquants, contre les voyous, cette guerre-là vaut pour plusieurs années.[la croix.com 02-08-2010]

Peu de temps après, M. Christian Wulff nouveau Président de la République fédérale d'Allemagne entre en fonction le 2 juillet. Lors de son discours d'investiture, il dit vouloir être « le président de tous ceux qui vivent en Allemagne », et non seulement de tous les Allemands, selon la formule traditionnelle, et « jeter des ponts » entre les différentes catégories de citoyens. « Il est important, à mes yeux, de créer des liens entre jeunes et vieux, entre gens de l'Est et de l'Ouest, entre autochtones et immigrés, entre employeurs et chômeurs et entre handicapés et non handicapés. »

En politique, Wulff se perçoit comme un médiateur. Son parangon est Nelson Mandela. Wulff veut insuffler le courage, miser sur des arguments et exiger le respect dans le débat politique. Une perception de son poste qui rencontre l'approbation. (Wikipedia.org)

En avril 2010, sur l'emplacement de l'ancien camp de Bergen Belsen, M. Christian Wulff , alors Ministre-Président du Land de Basse-Saxe a terminé son discours ainsi :« Le devoir du souvenir qui nous est confié par les survivants s'élargit sur un autre devoir. Il nous faut aujourd'hui comme à l'avenir lutter contre toute forme de violence et d'oppression. Se souvenir des crimes commis ici et les élucider contribue à s'engager pour la dignité humaine absolue. » (traduction remise à tous les participants à la commémoration du 65° anniversaire de la libération du camp de Bergen Belsen.)

Tout commentaire est inutile.

Comparaison et juxtaposition réalisée par Jean Weil interné deux ans à Drancy et déporté un an à Bergen Belsen, inscrit sur le mur des noms.

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