Buren : 5.7 et carnet d'adresses

Un de mes enseignants me fit remarquer qu'à cette époque, il suffisait de reproduire toujours la même chose pour avoir l'air d'un artiste « Sérieux », mot de la même famille que « série. »

Daniel Buren : 5.7 et carnet d'adresse

Il y a quarante ans, j'étais à l'école des Beaux-Arts, avec comme enseignants la bande de Supports-Surfaces, sous la direction de Claude Viallat.
On était en pleine période de « déconstruction » de l'objet pictural, après une période un peu radicale, mais avec des gens qui savaient leur métier et nous apprenaient le métier de peintre.

A peu près contemporain de l'éclosion de Supports-Surfaces, était apparu le groupe BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni)
Ceux-là étaient encore plus radicaux : ils refusaient de répéter autre chose que le même geste sur n'importe quel support. Par exemple une empreinte de pinceau plat, ou dans le cas de Buren, des lignes parallèles de 5.7 cm de large.
En revanche, ils produisaient beaucoup de théorie.

Un de mes enseignants me fit remarquer qu'à cette époque, il suffisait de reproduire toujours la même chose pour avoir l'air d'un artiste « Sérieux », mot de la même famille que « série. »

Jusqu'à ses malheureux cylindres rayés dans la cour du Palais Royal, Buren n'a jamais peint, puis fait peindre autre chose.
Mais il a eu un talent fou pour se faire des relations chez les branchés de l'époque Jack Lang, avant que l'assèchement financier des Grands Travaux sous le second septennat ne le contraigne à se rabattre sur les graffiti et les tags.

Daniel Buren aura vécu presque toute sa carrière sur deux choses : la bande de 5.7 et le carnet d'adresses branchouille.
Contrairement à Christo Javacheff, je ne suis pas emballé.

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