Gilets Jaunes : la menace de la lèpre nationaliste sur un mouvement ambigu.

La crise des gilets jaunes est en train de dégénérer en crise identitaire. Prévisible ? Peut-être, au vu des turpitudes populistes européennes, mais cela n'en est pas moins inquiétant. La gauche doit savoir se positionner avec fermeté dans cet espace devenu la cour de récréation de l'extrême-droite.

Beaucoup se sont moqués du sociologue Sylvain Boulouque qui, sur le plateau de BFM TV, avait pointé du doigt un drapeau Picard tendu pendant les émeutes parisiennes des dernières semaines comme étant un symbole royaliste et donc, d'extrême droite. La fachosphère sur Twitter en a fait les gorges chaudes et nombreuses sont les voix à s'être élevées pour se désolidariser du spécialiste, prétextant que ce drapeau Picard n'avait aucune autre signification que de vouloir montrer son appartenance à l'ex-région Picarde, fondue depuis dans les Hauts-De-France.

Pourtant, M.Boulouque n'avait pas tort. Les groupes politiques qui utilisent ce drapeau sont bel et bien des groupes d'extrême-droite, nostalgiques d'une France rance et passéiste, qui n'ont que faire du combat social. Et c'est le cas de très nombreuses voix parmi les Gilets Jaunes : ces derniers n'ont rien à voir avec les nobles discours de la FI sur le retour de l'ISF ou la hausse des prestations sociales : non, les Gilets Jaunes, désormais, sont largement acoquinés avec les milices fascisantes, les adorateurs de la Quenelle, les campagnard racistes, les complotistes au dernier degré comme Maxime Nicolle et toute la frange rurale avinée, désireuse de bouter l'étranger hors de France. Rappelons-nous simplement l'odieux barrage au camion anglais transportant de pauvres migrants tentant de fuir les génocides de leurs pays, dans le Nord de la France, effectué par de biens sombres manifestants. Cette droite-là n'est pas sans rappeler les pires heures de l'histoire de France : aussi vindicative qu'illettrée, elle est celle des Gilets Jaunes. 

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ces révolutionnaires couleur citron sont défendus à cors et à cris sur tous les plateaux par Charlotte d'Ornellas et Robert Ménard, si Florian Philippot a déposé la marque Gilets Jaunes à l'INPI ou si plus d'un tiers du mouvement se réclame "ni de droite ni de gauche", ce qui, comme chacun le sait, signifie qu'ils sont de droite. Voire d'extrême droite. 

Malheureusement, on entend beaucoup trop d'indulgence envers ces manifestants à gauche, notamment chez les pontes de la France Insoumise qui espèrent récupérer les hordes fascistes pour leur faire entendre raison autour de sujets sociaux. Mais les manifestants n'ont que faire de tout cela ! Déjà, dès le départ, la revendication de baisse des taxes était clairement marquée à droite. Anti-écologiste, évidemment, mais surtout libérale. Car qui dit baisse de taxe dit baisse de recettes et baisse de prestations sociales ! Ces personnes en voulaient à l'Etat Providence. Elles en veulent également au cosmopolitisme, comme le montrent leurs diverses prises de positions racistes. La lutte de gauche est une lutte de masse, mais de masse éclairée. Il va sans dire que la masse jaune, bien que réfléchissante, n'est ni brillante ni éclairée. 

Les mouvements sociaux sont bien assez nombreux en France pour pouvoir se mobiliser : lutte pour l'égalité salariale homme-femmes, luttes aux côtés des racisés ouvertement discriminés, luttes auprès des jeunes de banlieue trop laissés de côté, lutte auprès des étudiants de Tolbiac, lutte auprès des communautés LGBT+ bien plus victimes de toutes sortes d'atrocités dans notre société que les Gilets Jaunes... Malheureusement, la gauche a décidé de se ternir de jaune. Car le jaune, c'est la masse, c'est le tonton raciste du réveillon, c'est le Gégé du comptoir de Trifouillis-Les-Oies, c'est le petit conseiller municipal de village, c'est l'agriculteur analphabète. Ce sont les beaufs, les blancs, les hommes machos, les cisgenres devant l'éternel, tous ces gens qu'ont fuit à dix-huit ans tous les provinciaux au QI positif, en venant se réfugier dans la ville Lumière. Et cette même Ville Lumière, par pêché électoral, voudrait s'acoquiner à nouveau avec cette lèpre ? Quelle erreur, quelle perte de temps. Jaurès, reviens, ils sont devenus fous !

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