Populismes : brève analyse comparée du fascisme moderne

Les populismes sont le mal de l'époque. Ce sont ces dirigeants qui mettront à mal l'équilibre que les politiques traditionnels ont mis 50 ans à construire, au prix de sacrifices magnifiques. Certains osent se revendiquer plus sociaux, d'autres assument ce qu'ils sont. Petite analyse sur le fond de leur politique.

Nous avons tous entendu parler de Bolsonaro, de Salvini, d'Orban et autres nouvelles égéries fascistes du XXIe siècle. Présidents ou Ministres, ils font les unes des journaux avec leur politique choc, hostile aux migrants, hostile aux LGBT, en bref, hostile à tout ce qui n'est pas homme blanc chrétien riche. 

Cela fait désormais des mois que les uns et les autres grimpent dans les sondages de satisfaction, se fendant de déclarations destinées à choquer, et gagnant en popularité. La population mondiale est-elle en train de devenir lentement raciste et repliée sur elle-même ? C'est une hypothèse annonçant de bien sombres heures. Voyons de quoi est fait le ventre de la bête immonde qui surgit aux quatre coins du monde. 

 

Hongrie.

Orban : L'illibéral chrétien anti-républicain et interventionniste. 

Viktor Orban est le premier ministre de la Hongrie depuis huit ans. Il revendique l'exercice d'une "démocratie illibérale", ce qui signifie non pas qu'il désire réguler les marchés mais restreindre la liberté de ses habitants. Plus de 300 lois ont été votées dans les mois suivant son investiture à l'aide de l'équivalent du 49-3 local. Il a effacé la notion "République" de la constitution et a renforcé le contrôle de la justice. 
Orban est un extrémiste religieux assumé qui fait l'apologie de la chrétienté en Europe et dans son pays la Hongrie. Il a fait inscrire les valeurs chrétiennes (sic) dans la constitution, ainsi que les valeurs de la famille. Inutile de dire qu'il est opposé à toutes les évolutions positives de type PMA, GPA, Mariage pour tous, reconnaissance des genres non-binaires etc... Ce chrétien a oublié la charité puisqu'il a également élaboré une loi visant à interdire les SDF des rues Hongroises. 
Orban n'est pas libéral sur le plan économique non plus : il applique des taxes exceptionnelles aux banques et à la finance, et il nationalise des pans entiers de son économie. 
Sans surprise, sur l'immigration, Orban est d'une fermeté irréelle : il fait construire des murs de barbelés à ses frontières et ne tolère aucunement les migrants illégaux. 

 

Italie 

Salvini : La guerre aux migrants, à la Mafia et au libre-échange. 

Matteo Salvini est l'un des personnages d'extrême-droite les plus populaires. Ancien président de la Lega Nord, mouvement sécessioniste du nord de l'Italie, il est désormais le ministre de l'intérieur le plus influent du monde, effaçant médiatiquement l'homme de la pseudo-gauche "5 stelle" Luigi Di Maio, véritable chef du gouvernement italien. 

Salvini, c'est le populisme à l'état brut : son crédo, c'est "l'Italie en a assez". Assez de l'afflux de migrants (qui rappelons-le, fuient la misère et la guerre...), assez de la Mafia, assez de l'austérité, assez des franc-maçons... L'Italie en a assez de beaucoup de choses, selon ce leader fasciste héritier de Mussolini. Et sa politique s'en ressent ! Opérations de communication sur des ex-propriétés de mafiosi que l'Etat a confisquées, opérations contre les bateaux de migrants et slogans de type "finita la pacchia" (autrement dit, finie la belle vie...), montage en épingle de tous les faits divers et agressions mettant en cause des migrants... Salvini est puant, mais cela fonctionne. Il cumule 70% d'opinions positives en Italie, un peuple très conservateur, très catholique, trop blanc, qui dévoile peut-être son vrai visage, après 50 ans de pseudo modération post-mussolinienne. Sur le plan économique, il se maquille en personne sociale, en abaissant l'âge de la retraite, en se prononçant pour une flexisécurité à la scandinave. Mais ne soyons pas dupes : Salvini est bel et bien l'incarnation de la droite la plus dure. 

 

Brésil

Bolsonaro : Le retour de la dictature militaire

Jair Bolsonaro ne cherche pas à passer par quatre chemins, son parcours annonce la couleur : il est un général militaire. Elu président du Brésil depuis fin 2018, il ne cache pas ses sympathies pour le coup d'Etat de 1964 qu'il qualifie de "révolution démocratique". Anti-écologiste, il désire sortir de l'accord de Paris sur le climat, soi-disant pour ne pas se faire "dicter sa politique écologique par des puissances étrangères". Evidemment. Bolsonaro déteste les LGBT+ (il préfèrerait, selon ses dires, perdre son fils dans un accident de voiture plutôt qu'il soit homosexuel), il est également pour le port d'armes. Comme Salvini qui s'attaque à la Mafia pour justifier son action, Bolsonaro s'attaque aux trafiquants des favelas qui feraient "régner la terreur" dans ces quartiers défavorisés. Il défend même l'usage de la torture pour les trafiquants de drogue qui sont légion dans ces parties du pays.

Désigné par le peuple de manière très majoritaire pour être leur représentant, il a fait campagne sur la guerre contre les narcotrafiquants et les voyous, une manière de se mettre les "honnêtes gens" dans la poche dans un pays au taux de criminalité parmi les plus élevés du monde. C'est le candidat du Brésil blanc, riche, cisgenre, catholique ou évangéliste. C'est l'ennemi des minorités et le pourfendeur du progressisme. Du drapeau brésilien où figure la mention "Ordem i progreso", il n'aura gardé que l'ordre et liquidé le progrès. Bolsonaro est actuellement l'une des personnalités les plus dangereuses de la planète, à la tête d'un pays de plus de 200 millions d'habitants en pleine croissance. 

 

Etats-Unis

Trump : Le populisme protectionniste, vulgaire et provocateur.

Donald Trump ne se présente plus. Milliardaire héritier, il a construit sa vie sur l'excès. Promoteur immobilier, patron de casinos, l'homme à la chevelure de paille représente tout ce que la droite a fait de pire. Elu d'une très courte tête grâce au système américain des grands électeurs, il dirige désormais la première puissance mondiale sans aucune expérience et sans aucun recul. Trump, comme Bolsonaro, veut sortir de l'accord de Paris sur le climat. Trump est climatosceptique. Etrangement plutôt favorable aux LGBT+, il est toutefois anti-avortement, allant jusqu'à supprimer les subventions aux cliniques le pratiquant. Sur le plan social, il veut supprimer l'Obama Care, la sécurité sociale mise en place par son étincelant prédécesseur. Sur le plan de la communication, Trump tweete plus vite que son ombre. Et il se fiche totalement des conséquences : de la France à la Corée du Nord, personne n'échappe à Donald le sniper.

Le vrai problème avec Trump, c'est que sa politique économique fonctionne. Le chômage s'est effondré, le salaire moyen augmente, l'Amérique continue à gagner de l'argent. Sa politique protectionniste, une première depuis Reagan, porte ses fruits. Et c'est une véritable catastrophe pour le monde car il a réussi le tour de force de ne pas perdre ses majorités lors des élections de mi-mandat, les midterms. La planète risque de subir encore longtemps les folies de ce destructeur, qui n'hésite pas lui non plus à ériger des murs entre son pays et ses voisins. 

 

Autriche 

Sebastian Kurz : l'extrême-droite sous sa cape verte

Le chancelier Autrichien est un OVNI dans le monde des populistes. Allié à l'extrême droite la plus dure, il n'est pas un politique traditionnel. Opposé au port du voile dans l'espace public, réticent au mariage pour tous, refusant d'octroyer des prestations sociales aux étrangers, il est également étrangement écologiste et social. Son gouvernement a décidé de produire 100% d'éléctricité renouvelable d'ici 2030, d'interdire le glyphosate, de supprimer l'énergie nucléaire, de décarboniser les transports et de sortir totalement de l'énergie fossile. En outre, il a radicalement baissé les impôts des citoyens autrichiens pour augmenter leur pouvoir d'achat. 

D'un autre côté, il est totalement opposé aux migrants, et il a même fait voter une mesure totalement méprisante pour les populations fuyant la misère : l'indexation des prestations sociales attribuées aux migrants sur le niveau de vie de leur pays d'origine. Il a également mis en place des camps permettant de "trier" les migrants, avec d'un côté les "vrais" demandeurs d'asile et de l'autre les migrants économiques. Une honte, dans un pays européen... Sur le plan économique, concomitamment à la baisse des impôts il programme une baisse des investissements publics, et en bon homme de droite, désire 

 

 

Dans ce classement on pourrait faire également figurer des personnages comme le chef du gouvernement tchèque, Andrej Babis, président du gouvernement et populiste de droite.

Je me refuse cependant à qualifier des dirigeants comme Erdogan ou Maduro de populistes. Erdogan est musulman, et représentant d'un grand pays d'islam, le qualifier de populiste reviendrait à le mettre dans le même sac que les racistes blancs européens, ce qui n'est pas envisageable et serait une fois de plus donner de la matière à la droite islamophobe. Quant à Maduro, c'est un homme de gauche, qui parfois a fait des erreurs notamment sur le plan économique, comme son prédécesseur, mais qui subit les manipulations du monde entier (notamment des Etats-Unis) visant à le discréditer. En aucun cas il ne s'agit d'un populiste de gauche : d'ailleurs, le populisme de gauche n'existe pas. 

En conclusion, nous pouvons nous dire que le monde entier se replie lentement sur lui-même, et pas simplement dans des pays marginaux, du Brésil aux Etats-Unis en passant par l'Italie. Il est temps pour les progressistes et citoyens éclairés de tous les pays de s'unir pour faire triompher les droits de l'homme avant que la planète ne bascule dans une situation irréversible. Et gare aux élections européennes... 

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