Benalla, running-gag ou vrai talon d'Achille de la Macronie ?

L'Etat est en train de s'engluer dans une polémique qui s'étire depuis juillet dernier autour d'un personnage qui, en soi, ne mériterait même pas un rôle secondaire dans une série policière. Qu'est-ce qui se cache vraiment derrière cette affaire ? Rien d'autre que l'affirmation, définitive cette-fois, que le chef de l'Etat et le gouvernement naviguent entre amateurisme et malhonnêteté.

5c25436b488c7b301c8b4567

 La France était encore euphorique de sa victoire en Coupe du Monde (et pour cause, cela n'arrive que tous les vingt ans !), lorsqu'un événement vint gâcher la fête : un chargé de mission, collaborateur du chef de cabinet d'Emmanuel Macron, a été pris la main dans le sac en train de tabasser un jeune militant de gauche à la manifestation annuelle du premier mai. Cet homme, c'est Alexandre Benalla, né Maroine Benalla à Evreux en 1991, un colosse particulièrement agressif, détonant dans le monde de la politique par ses origines et son parcours, et qui s'avère être après de longs recoupements l'un des plus proches collaborateurs du Président de la République. 

L'affaire devait être expédiée rapidement : Macron a vite pris ses distances, puis sanctionné le malotru (sans qu'il soit totalement mis à l'écart pour autant), et en quelques semaines dans la torpeur estivale la polémique s'est essoufflée.

Pourtant, six mois plus tard, pendant les fêtes de fin d'année (décidément ce Benalla a le chic pour s'imposer dans les moments festifs), revient le nom du jeune loup -pas encore trentenaire- autour du chef de l'Etat, dans un dossier encore plus sensible cette fois. En effet, Alexandre Benalla aurait été aperçu au Tchad quelques jours avant l'arrivée diplomatique dans ce pays du Chef de l'Etat français. Cette coïncidence qui n'en est pas une est hautement sensible car on parle désormais de diplomatie et de relations extérieures. Un collaborateur zélé qui se prend pour un CRS et qui abuse de l'autorité qu'il n'a pas, passe encore, serais-je tenté de dire. Mais ce même énérgumène trouble qui prépare les visites d'un chef d'Etat à l'étranger, cela vient poser bien d'autres questionnements. 

Bien évidemment, l'Etat au plus haut dément cette information. Benalla était au Tchad deux jours avant l'arrivée du Président, mais c'est une coïncidence. Que celui qui n'est jamais parti passer quelques jours en vacances au Tchad pendant les fêtes lui jette la première pierre. Et si le président arrivait dans la foulée, là encore, c'est un hasard du calendrier.

Le problème, c'est évidemment que notre ami Benalla a franchi la frontière tchadienne avec son beau passeport diplomatique glané avec mérite à l'époque où il s'amusait à dégommer du manifestant tout en étant, sur le papier, un simple scribouillard de cabinet. Et que lorsqu'un passeport diplomatique franchit n'importe quelle frontière, a fortiori celle d'un pays instable comme le Tchad, l'Elysée et le Quai d'Orsay sont forcément au courant. D'ailleurs, ils sont également au courant des allées et venues des journalistes français dans n'importe lequel des pays africains. Imaginez donc l'ampleur avec laquelle le sommet de l'Etat nous prend pour des jambons. 

Est-ce que le peuple français doit se sentir confiant lorsqu'un tout jeune homme, sanctionné par le passé, réputé violent et incontrôlable, sans aucune qualification pour ce genre de processus, part préparer les voyages diplomatiques du Président ? Et que celui-ci dément alors qu'il est évident qu'il s'agit d'un éhonté mensonge ? La réponse est dans la question.

Ce qui se passe avec Benalla est un immense aveu de faiblesse pour le pouvoir. Tous les chefs d'Etat avaient des collaborateurs occultes par le passé. Des cabinets omnipotents, qui interféraient avec la police et l'armée. Mais ces cabinets étaient composés d'hommes d'expérience, de grands diplomates, d'anciens militaires chevronnés. Pas de jeunes hommes de 27 ans agressifs et déjà épinglés pour faute grave. Macron tente de se créer une milice, mais elle est à l'image de son quinquennat : pas préparée, pas à la hauteur, tout simplement dépassée. Avec ce nouvel épisode des passeports diplomatiques, le mandat sombre un peu plus dans le ridicule, et l'image des dirigeants hexagonaux s'écorne davantage. Sans même parler de la crise des Gilets Jaunes-Bruns qui secoue le pays, il est très clair que le gouvernement actuel se situe dans le dur. Bien plus, malgré la détestation que le peuple semblait avoir pour lui, que François Hollande précédemment. Car Hollande n'avait que l'image d'un immobile. Macron, lui, a désormais l'image d'un imposteur. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.