…« il est bien rare qu'on connaisse un jour l'identité des tueurs » Michaël Gorbatchev

« Deux semaines avant son assassinat, dans un entretien à l'hebdomadaire russe Sobessednik, Boris Nemtsov confiait ses craintes sur sa sécurité et celle de sa famille. Interrogé sur la possibilité que Vladimir Poutine s'en prenne à lui, il répondait : «Vous savez, oui... un peu. [...] Mais malgré tout, je n'ai pas si peur de lui. Si j'avais très peur, je ne dirigerais pas un parti d'opposition et je ne ferais pas ce que je fais. »

 

Et pourtant, la mort était bien au rendez-vous l’autre nuit près du Kremlin. Là où réside son adversaire principal, par ailleurs président de la Russie, élu dans des conditions qu’aucune démocratie digne de ce nom n’accepterait. Quatre balles dans la peau de Boris Nemtsov, un ancien vice-ministre du gouvernement Eltsine, voilà comment finissent les opposants au tyran quand ils ne sont pas en prison ou en exil. Nemtsov a raison. Il est très difficile, par les temps qui courent, de se faire entendre des Russes, tous à genou devant Poutine, celui qui, paraît-il, leur a rendu leur fierté. Mais de quelle fierté parle-t-on ?

 

Poutine évoque, évidemment, une provocation. La mort d’un homme comme une provocation ! On se croirait en Ukraine, en Géorgie, en Tchétchénie, ou en Crimée. Si nous étions « Dans la tête de Vladimir Poutine » (1), nous saurions que comme il voulait poursuivre « les rebelles jusque dans les chiottes », il serait également heureux de constater le bon coup de main que viennent de lui donner des extrémistes de droite, ou des Islamistes, ou des Ukrainiens en colère…toutes pistes avancées par le pouvoir russe pour expliquer la mort de l’opposant.

 

Les amis de Boris Nemtsov n’accusent pas le pouvoir Poutinien d’être directement à l’origine du meurtre. Ce dernier ne serait pas coupable mais « responsable » assurent les proches du défunt. Autrement dit, Les arrestations, les interpellations répétées de Boris Nemtsov ont créé un climat. Opposant à l’annexion de la Crimée, à la guerre en Ukraine, à la corruption institutionnelle, à l’oligarchie, Boris Nemtsov subissait régulièrement des agressions verbales ou écrites, il se savait menacé physiquement. Mickaël Gorbatchev a raison : « quand un homme est tué dans ces conditions, il est bien rare qu’on connaisse un jour l’identité des tueurs. »

 

(1) Titre du livre de Michel Eltchaninoff paru chez Actes Sud.

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