le blog de Jean-Charles houel

Après le jugement condamnant Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog, Me Soulez-Larivière, un confrère compatissant, exprime sa peur du lendemain. « On aurait tort de se réjouir. »Les juges du siège sont pourtant indépendants, non ?

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Me Daniel Soulez-Larivière est un grand avocat. Chaque dimanche, il nous distrait avec ses chroniques judiciaires sur le Journal du Dimanche. Cette semaine c’était pour voler au secours de ses confrères Sarkozy et Herzog. Me Soulez-Larivière nous met en garde, nous les citoyens ordinaires, contre le jugement condamnant les deux amis, jugement dont on aurait bien tort, selon lui, de se réjouir. Et dans une démonstration rythmée, l’essayiste nous présente une valse judiciaire à trois temps sans aucun silence. Et pourtant, le silence vaut mieux, parfois, que ces attaques contre le Parquet national financier, les juges d’instruction et les magistrats du siège dont les travaux ont abouti à la condamnation.

 

Le procureur général du PNF a eu l’occasion, récemment, d’expliquer comment les 17 magistrats qu’il dirige, travaillent et sortent des affaires. Ils en examinent plus de 600 actuellement. Une enquête administrative a même été demandée par le garde des Sceaux ministre de la Justice pour un possible dysfonctionnement en rapport avec la recherche de l’identité de la taupe (voir plus loin). Pour tous les défenseurs (surtout les politiques) de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog, la faute qu’on leur reproche, n’a pas été commise. Ils en avaient l’intention mais comme ils ne sont pas passés à l’acte, on devrait jeter à la poubelle trafic d’influence et pacte de corruption. Ce que tout le monde a compris, c’est que si une taupe bienveillante n’avait pas informé le trio de leur mise sur écoute à l’aide de la ligne ouverte par « Paul Bismuth », le coup de pouce auprès du prince de Monaco en faveur de Gilbert Azibert aurait bien eu lieu. Nous avons compris également que l’avocat général de la Cour de cassation qu’il est, aurait tenté concrètement d’en savoir plus sur l’avenir de l’agenda de Nicolas Sarkozy qui avait peur ( ?) de certaines découvertes dans le cadre de l’affaire Bettencourt d’ailleurs terminée par un non lieu. Les magistrats bordelais contraints de clore l’affaire n’ont en effet pas réussi à prouver que des enveloppes kraft qui circulaient contenaient des espèces sonnantes et trébuchantes. Le doute a profité aux mis en cause.

 

Me Soulez-Larivière nous prend pour des bœufs ou des veaux selon la saison. C’est lui qui nous fait peur. Beaucoup plus en tout cas que les magistrats indépendants, libres de toute influence ou pression, seuls face à leur intime conviction et au faisceau d’indices graves OU concordants (et non pas graves ET concordants) comme le précise le code de procédure pénal. La nuance est plus qu’importante dans la mesure où les indices peuvent être graves sans être concordants. De même ils peuvent être concordants sans être graves. Et cela suffit pour entrer en condamnation !

 

La condamnation de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et Gilbert Azibert n’est pas de nature à nous réjouir. Là-dessus, je suis d’accord avec Me Soulez-Larivière. Qu’un ancien Président de la République soit menacé du bracelet électronique pendant quelques mois n’a rien de très positif mais Me Herzog et Me Sarkozy sont aussi avocats. Ils connaissent donc bien la loi pénale et étaient donc à même d’imaginer les conséquences de leur comportement si, par malheur pour eux, il venait à être découvert, ce qui fut le cas. Je suis surpris, à moins qu’il ne s’agisse d’une forme de corporatisme, de l’initiative de Me Soulez-Larivière. Il nous avait habitués à plus de circonspection et en tout cas à moins d’animosité à l’égard d’une condamnation provisoire puis que les condamnés ont interjeté appel. Jusqu’au prochain jugement, ils demeurent donc innocents.

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