Jérôme Cahuzac devrait démissionner du gouvernement

J'ai suivi, hier soir, sur le site Médiapart le débat organisé en direct par l'équipe journalistique à l'origine de l'affaire Cahuzac. Pour ceux et celles qui ne suivraient pas l'actualité au jour le jour, je rappelle que Jérôme Cahuzac, ancien président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, ministre du Budget dans le gouvernement Ayrault, est mis en cause par le site dirigé par Edwy Plenel, pour avoir été détenteur jusqu'en 2010 d'un compte caché (non déclaré aux services fiscaux français) au sein de la banque Suisse UBS. L'argent proviendrait de deux activités anciennes de M. Cahuzac, la chirurgie capillaire et des activités de conseil dans le domaine pharmaceutique.

Quand Médiapart a sorti ce scoop, Jérôme Cahuzac a poussé des cris d'orfraie et nié avoir ou avoir eu un compte en Suisse. Les yeux dans les yeux avec le président de la République et le premier ministre, face aux députés de l'Assemblée nationale, le maire de Villeneuve-sur-Lot a déclaré qu'il allait poursuivre le site en diffamation considérant que cette accusation de compte en Suisse portait atteinte à son honneur et à sa considération. A l'évidence, quand on est membre d'un gouvernement d'un pays en crise économique et sociale, qu'on demande des efforts à tous les Français et qu'on se veut exemplaire, on ne peut pas prêter le flanc à des accusations pareilles.

Je le dis tout net : comme socialiste, j'ai passé une soirée plus que difficile ! Après ces quatre heures de débat et d'explications, je considère même que les affirmations de Médiapart sont accablantes pour Jérôme Cahuzac et franchement, je vois mal comment François Hollande pourrait conserver sa confiance envers un homme qui a rendu les arbitrages budgétaires qu'on connaît et qui dirige une administration censée mener la lutte contre la fraude fiscale.

M. Cahuzac Va-t-il démissionner ? Va-t-il être remplacé au gouvernement ? Compte-t-il sur la trêve des confiseurs pour jouer l'oubli ou en tout cas l'apaisement médiatique ? De toutes façons, les solutions, quelles qu'elles soient, seront toutes mauvaises. François Hollande doit donc adopter l'issue la moins difficile possible pour la politique qu'il conduit et pour préserver la crédibilité de l'éventuel successeur de Jérôme Cahuzac.

Les détracteurs de Médiapart crient tous : « des preuves, des preuves ! » Mais les journalistes répondent en chœur qu'ils ne sont « ni policiers, ni juges » et qu'il ne leur appartient pas de citer des sources, de détailler les moyens de leurs enquêtes. Lors du procès en diffamation — si procès il y a — ils choisiront de plaider la vérité des faits (justifiant leurs articles) et mettront sur la table toutes les preuves nécessaires (enregistrement, témoignages, pièces comptables…) De plus, on ne peut pas reprocher à Médiapart de distiller ses informations sous forme d'un feuilletonnage puisque celui-ci permet aux uns et autres (le Canard enchaîné par exemple) d'affirmer des contre-vérités faciles à dénoncer. Et de conserver l'attention de ses lecteurs. Médiapart n'a ni l'aura du journal Le Monde, ni l'impact d'un Jean-Michel Apathie.

Les journalistes de Médiapart ont d'ailleurs une réponse simple : plutôt que de les accuser de diffamation, Jérôme Cahuzac avait une voie à explorer : demander une enquête fiscale à ses services pour établir la vérité (ou non) sur le compte suisse. Il pouvait aussi solliciter la banque UBS, la délier du secret bancaire, pour qu'elle indique si oui ou non, Jérôme Cahuzac a été détenteur d'un compte chez elle. Evidemment, Jérôme Cahuzac, ministre, n'a pas demandé d'ouverture d'une enquête fiscale sur…Jérôme Cahuzac personne privée !

Plus troublant encore. Fabrice Arfi, le journaliste à l'origine de l'enquête de Médiapart confirme que l'affaire ne lui est pas arrivée toute cuite dans une boite à lettres sous forme de lettre anonyme ou à la suite d'une dénonciation…c'est l'attitude de Jérôme Cahuzac à l'égard d'Eric Woerth (1) et une forme de mansuétude (suite à l'affaire de l'hippodrome de Compiègne) qui lui ont mis la puce à l'oreille. La première action du ministre du budget a, en effet, été de solliciter un rapport d'expert…lequel a blanchi Eric Woerth de tout favoritisme lors de la vente (à vil prix) de ce bien public contrairement aux expertises établies devant la haute cour de justice où est traduit Eric Woerth comme ancien ministre. Fabrice Arfi précise : « j'ai eu alors un a priori…ou autrement dit une intuition ». C'est ce qu'on appelle le flair journalistique.

Aussi, plutôt que d'invoquer je ne sais quel «hitléro-trotskisme » en parlant de Médiapart comme le fit la droite, les socialistes devraient tous défendre l'indépendance de la presse et le secret des sources. Ce qui était vrai sous Sarkozy l'est sous Hollande. Sinon, il est à désespérer de notre démocratie.

(1) Eric Woerth est mis en cause dans une des affaires Bettencourt.

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