John Galiano ressuscité après son tragique épisode antisémite

L’émission « Le supplément » diffusée sur Canal Plus (eh oui, il faut payer un abonnement !) animée par Maïté Biraben, a connu un moment de grâce et d’émotion rares à la télévision. Il faut dire qu’avant de le recevoir en direct sur le plateau, Mme Biraben avait consacré un reportage magnifique à une star incontestée de la mode puisqu’il s’agit de John Galiano.

Viré il y a trois ans et demi par Bernard Arnault, patron de LVMH et donc de Dior couture, Maïté Biraben a rediffusé cette affligeante vidéo dans laquelle John Galiano, ivre mort, nous assène ses blagues antisémites absolument abjectes. Il évoque tour à tour Hitler, les chambres à gaz en s’adressant aux clients d’une table voisine de la sienne dans un restaurant. Malheureusement pour lui, la scène a été enregistrée et diffusée sur la toile. On est autant choqué par les mots que par l’attitude provocatrice de John Galiano. Et, comme on sait, l’excès d’alcool n’est pas une excuse. Il sera donc poursuivi et condamné et c’est bien le moins que la justice ait pu faire. Il perdra aussi son job, Dior ne pouvant conserver un homme, aussi brillant soit-il, après ses saillies racistes.

Après toutes ces années passées à se soigner (aux Etats-Unis notamment) contre la maladie alcoolique et contre l’addiction aux drogues, John Galiano nous semble avoir ressuscité. Il n’a évidemment pas été épargné par l’intervievieweuse l’amenant à se justifier tant et plus et à reconnaître sa culpabilité évidente dans ce qui restera comme un immense gâchis mais une forme de délivrance pour celui qui avoue aujourd’hui : « Sans cet accident de parcours qui m’a conduit à me remettre en cause, je serais mort. »

Mais John Galiano demeure un artiste, un créateur. Sur le marché d’un village du sud de la France, des chalands le reconnaissent. La femme s’écrie : « you are a Genius ! » L’homme qui l’accompagne en a la chair de poule.

John Galiano sait qu’il ne parviendra pas à convaincre unanimement ses opposants du fait qu’il n’est « ni raciste, ni antisémite. » J’ai toutefois envie de le croire. Sa sincérité semble patente et le soutien sans faille de son ami Olivier apporte une roborative note d’optimisme  dans un univers qui semble terriblement en manquer.

La bonne nouvelle ? C’est que John Galiano a repris ses crayons et ses feuilles blanches. Il prépare une collection nouvelle. Elle sera présentée au public dans quelques mois. Qui sait, Bernard Arnault reprendra peut-être langue avec celui qui, pendant 17 ans, a été le principal artisan du succès de Dior Couture, multipliant par cinq le chiffre d’affaires de la branche du groupe LVMH.

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