Avec ses Golden Hello, le PDG de Sanofi vous salue bien

" C'est incompréhensible. Comment tous ces gens, qui expliquent que c'est le mérite, que c'est l'économie libérale, le risque, la prise de risques qui doivent faire les résultats, ces gens-là, à peine prennent-ils la tête d'une entreprise – c'est-à-dire qu'ils n'ont pris encore aucun risque – sont déjà assurés d'avoir une rémunération sans commune mesure ? "

Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, réagit ainsi à l’annonce de la prime d’arrivée du nouveau PDG de la société Sanofi. En effet, le futur dirigeant de l’important laboratoire pharmaceutique s’est vu attribuer 2 millions d’euros dès la signature de son contrat d’engagement, lui qui vient de quitter le laboratoire Bayer en Allemagne. A ces 2 millions s’ajouteront deux autres millions le 1er janvier 2016 ! C’est ce qu’ils appellent des golden Hello, une sorte de prime de bienvenue. Golden Hello, on aura tout vu.

 

Il ne s’agit plus de calculer la prime de licenciement mais la prime d’engagement ! Alors que ce monsieur n’a pas encore mis les pieds au siège de Sanofi, il a déjà son compte bancaire bien garni. On touche en entrant et on touche en partant sans oublier les cadeaux sous forme d’actions gratuites par dizaines de milliers (1) !

 

Ce n’est pas une découverte. On sait, depuis des années, que certains grands patrons ont des salaires indécents voire amoraux ou immoraux, j’hésite sur le choix de l’adjectif. Ces salaires ajoutés aux retraites chapeau et aux stock-options créent des richesses énormes, injustes eu égard aux salaires des employés et cadres de la base indexés sur le taux d’inflation devenu…négatif.

Nul n’ignore, il est vrai, que ces grands patrons ne sont pas pléthore sur le marché et que les plus compétents se monnaient au prix fort. Il n’empêche que ces salaires mirifiques demeurent incompréhensibles encore plus illégitimes dans un contexte de crise économique. Une crise dont sont d’abord victimes les plus faibles, les jeunes et les chômeurs de longue durée.

 

Il y a pire encore. Le directeur général de HSBC Angleterre, celui-là même qui vient de publier une lettre d’excuse après le scandale révélé par nombre de journaux européens — le swissleaks —  était de ceux qui avaient un compte dans la filiale suisse, compte évidemment masqué sous un nom de société avec placement dans des paradis fiscaux. Il paraît, dixit la direction de la banque londonienne, que le directeur était en règle avec le fisc britannique…ce qu’on demande à voir. Il faudra évidemment qu’il le prouve car on est « payé » pour savoir que le langage bancaire n’a pas grand-chose à voir avec celui du vulgum pecus.

 

Ces faits révélés le même jour ne font qu’appuyer un peu plus là où cela fait mal et accentuent, s’il en était besoin, les différences existant entre des mondes qui s’ignorent. L’un, Olivier Brandicourt, le ponte de Sanofi, parle en millions d’euros comme s’il s’agissait de menue monnaie et l’autre se demande comment il va se loger, se nourrir et assurer l’avenir de ses enfants. Deux mondes exactement.

 

(1) Le laboratoire pharmaceutique a prévu une rémunération fixe annuelle brute de 1,2 million d'euros, une rémunération variable « cible » de 150 % de la rémunération annuelle fixe et susceptible d'atteindre 250 % de celle-ci, ainsi qu'une rémunération en actions qui consistera en une attribution annuelle de 220 000 options de souscription d'actions et de 45 000 actions de performance.

 

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