La démocratie participative doit respecter le dyptique « formation-information »

La démocratie participative ne peut fonctionner que si les citoyens sont préalablement formés et informés. Face à la masse d'informations qui sourd de partout, il appartient à l'exécutif de faire connaître ses projets, de les expliquer et de les justifier. Sinon, la participation ne peut être que leurre ou alibi.

Le Conseil économique, social et environnemental a lancé, à la fin de l’année passée, une consultation ouverte à tous et toutes afin de connaître les revendications des Français, qu’ils soient gilets jaunes ou sans gilets. Cet appel au peuple a été l’occasion d’une manipulation qui fait craindre les pires conclusions en cas de prise en compte (un jour ?) des pétitions sur Internet. Devinez quel sujet est jugé prioritaire par des internautes ayant répondu aux sollicitations du CESE ? Je vous le donne en mille : L’abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous. Alors que les gilets jaunes n’ont à aucun moment, remis en cause cette loi, on découvre avec effarement que cette loi progressiste, égalitaire, est toujours contestée par les divers mouvements radicaux liés à l’intégrisme catholique dont « la manif pour tous » qui n’est en réalité qu’une manif pour quelques uns. Les suppôts de la manif pour tous continuent d’occuper les réseaux sociaux d’où le résultat enregistré par le CESE.

Cela montre, tout simplement, qu’ouvrir le robinet des doléances, sans cadres, sans précautions légales, pourrait aboutir à l’adoption de textes issus de minorités agissantes susceptibles d’influencer et de dominer une majorité silencieuse ou indifférente. Il existe, historiquement, en France des mouvements ou partis dont l’agitprop est le principal mode d’intervention publique. Joindre l’agitation collective à la propagande individuelle, c’est une méthode que les communistes soviétiques ont longtemps utilisée avec la conclusion que l’on sait. Il en va ainsi dans tous les pays totalitaires et dans les démocratures à l’œuvre à l’est de l’Europe. 

Ayant, par ailleurs, participé pendant longtemps aux commissions extramunicipales créées à Louviers (Eure) dans les années soixante-dix et quatre-vingt, je puis affirmer que le premier souci des citoyens alors présents se situait devant leur porte. C’est un lieu commun de constater que les soucis individuels prime toujours l’intérêt général et qu’il y a fort à craindre que le grand débat national proposé par le président de la République soit plutôt un grand déballage de frustrations, de jalousies et de vengeances diverses. Accordons quand même aux organisateurs le bénéfice du doute mais si j’en juge par la constatation citée plus haut, n’attendons pas trop des trois mois à venir.

Le mieux serait que des sujets soient proposés, des volontés exprimées, le tout enveloppé d’une information complète comprenant les projets, leur financement, leurs conséquences sur notre vie quotidienne, sur l’environnement, afin que la consultation nationale débouche sur de véritables interrogations et réflexions. Il est du rôle de l’exécutif de proposer son programme et, éventuellement, de vérifier que les Français sont toujours branchés dessus. La démocratie a besoin de respiration…pas d’asphyxie violente ou sournoise.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.