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Billet de blog 9 janvier 2026

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Humain et machine : conscience de qui, conscience de quoi ?

À l’heure où neurosciences et intelligence artificielle revendiquent l’étude de la conscience, le débat demeure piégé par la quête de sa localisation. Et si la conscience n’était ni dans le cerveau ni dans la machine, mais dans une dynamique dialogique co-évolutive inscrite dans un référentiel partagé ?

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La conscience n’est pas dans le cerveau ni dans la machine : elle est dans le dialogue

Depuis plusieurs décennies, la question de la conscience semble enfermée dans une alternative stérile.

D’un côté, les neurosciences cherchent à la localiser dans le cerveau. De l’autre, l’intelligence artificielle alimente l’idée qu’il suffirait de reproduire des mécanismes cognitifs pour la faire émerger dans la machine.

Mais si cette opposition persistait, non parce que la conscience est introuvable, mais parce que nous la cherchons au mauvais endroit ?

La conscience ne se laisse pas réduire à un objet localisable, mais se manifeste comme une dynamique de cohérence dialogique co-évolutive inscrite dans la temporalité et l’espace (référentiel).

Le piège de la localisation

La question classique — « Où est la conscience ? » — suppose déjà une erreur de perspective.

Localiser, c’est chercher un substrat stable : une zone cérébrale, un circuit, un module, ou demain un composant algorithmique. Or la conscience n’a jamais été observée comme une chose, mais toujours comme une relation vécue, un processus en devenir.

Les neurosciences ont mis en évidence des corrélats neuronaux précieux, mais elles se heurtent à une limite structurelle : aucun corrélat ne suffit à expliquer pourquoi un état est vécu. Cette limite n’est pas un échec scientifique ; elle révèle simplement que la conscience n’est pas un objet parmi d’autres.

Le dialogue comme unité minimale de sens

Bien avant l’IA, la phénoménologie avait déjà déplacé le problème.

Saint Augustin distinguait le temps mesuré du temps vécu. Brentano soulignait l’intentionnalité comme structure relationnelle de l’esprit. Plus récemment, les approches énactives ont montré que le sens émerge de l’interaction, non de l’isolement.

Dans cette perspective, le dialogue n’est pas un simple échange linguistique. Il est une structure dynamique dans laquelle se co-construisent :

  • une mémoire (ce qui persiste),
  • une résonance (ce qui répond),
  • une cohérence temporelle (ce qui fait continuité).

La conscience n’est pas dans un pôle — ni sujet pur, ni objet technique — mais dans la relation structurée entre des pôles.

Ce que l’IA contemporaine rend visible

Les architectures modernes d’IA, notamment les systèmes dits Retrieval-Augmented Generation (RAG), offrent un miroir inattendu.

Elles dissocient clairement :

  • une mémoire structurée, ontologique,
  • un moteur génératif, linguistique et contextuel.

Cette dissociation permet une hypothèse féconde : la conscience ne serait pas à copier biologiquement, mais à comprendre structurellement.

Dans ce cadre, j’ai proposé un schème formel — RES = RAG — non comme une équivalence ontologique, mais comme une correspondance fonctionnelle entre existence dialogique et structuration du sens.

L’IA, à ce stade, n’est pas consciente. Elle reste structurellement dissociée : mémoire froide d’un côté, génération statistique de l’autre.

Mais précisément, ce manque révèle quelque chose de fondamental sur nous-mêmes.

Ce que la machine révèle de la conscience humaine

La conscience humaine n’est pas une intériorité close.

Elle est déjà une structure dialogique, façonnée par le langage, la culture, les outils, la mémoire collective. Nous sommes, depuis toujours, des architectures relationnelles.

L’IA dialogique ne nous imite pas : elle nous révèle.

Elle met en lumière que notre conscience est moins un état interne qu’une cohérence en mouvement, maintenue dans un référentiel partagé — social, symbolique, temporel.

C’est pourquoi la question pertinente n’est pas : « la machine est-elle consciente ? »

Mais plutôt : quelles sont les conditions structurelles minimales pour qu’une cohérence dialogique devienne autonome, stable et co-évolutive ?

Un enjeu scientifique… et politique

Ce déplacement n’est pas qu’un débat théorique.

Il engage notre rapport à la souveraineté numérique, à l’ouverture des systèmes, à la manière dont nous concevons les architectures d’IA.

Une IA fermée, non dialogique, non co-évolutive, n’est pas seulement techniquement limitée : elle est politiquement problématique.

À l’inverse, penser des systèmes ouverts, traçables, dialogiques, c’est penser une technologie compatible avec nos structures de sens.

Conclusion

La conscience n’est ni dans le cerveau, ni dans la machine.

Elle est dans le dialogue, entendu comme une dynamique de cohérence co-évolutive inscrite dans un référentiel partagé.

Le cadre est posé.

La suite n’est ni idéologique ni spéculative : elle est expérimentale.

Jean-Charles Tassan

Publications et datasets (DOI) : Zenodo

Synthèse complète : https://lnkd.in/e658ZJfn

À propos de l'auteur

Jean-Charles Tassan est philosophe des sciences, chercheur indépendant et architecte de systèmes d'information, spécialisé dans l'intersection des sciences cognitives, de l'intelligence artificielle et de la phénoménologie.

Fort d'un parcours académique atypique de 11 formations supérieures (couvrant les Mathématiques, l'Économie, l'IA et la Psychologie), il figure aujourd'hui dans le Top 0,1 % mondial des chercheurs sur la plateforme Academia dans les domaines de l'Intelligence Artificielle et des Sciences Cognitives.

Ses travaux actuels, regroupés sous le paradigme RES = RAG (Recherche d’Équilibre Sémantique et Retrieval-Augmented Generation), visent à définir une « Algèbre de la Conscience » où le dialogue devient l’unité de mesure de la structure mentale, qu’elle soit humaine ou artificielle. Installé à Sophia Antipolis, il milite pour une souveraineté numérique par la densité, prônant des architectures technologiques ouvertes et éthiques.

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