Après l’assassinat de Samuel Paty - Sur le juste choix des mots et des actions

« Islamophobie », « islamisme », « islamisme politique », « terrorisme islamique »,etc… , tous ces mots, toutes ces expressions sont lancés dans le débat sans précautions, sans concevoir les échos qu’ils/elles peuvent avoir chez certains, sans souci de compréhension de leur écho. Le langage et l'action doivent se lier

Après l’assassinat de Samuel Paty - Sur le juste choix des mots et des actions

Depuis l’ignoble assassinat de Samuel Paty, il importe plus que jamais de faire la clarté sur les mots et  les concepts, faute de quoi bien des évolutions graves pourraient advenir : la remise en cause de notre laïcité, des conflits religieux,  une poussée d’extrême-droite etc… De cette clarté peuvent découler, selon moi, des actions complexes mais cohérentes.

« Islamophobie », « islamisme », « islamisme politique », « terrorisme islamique »,etc… , tous ces mots, toutes ces expressions sont lancés dans le débat sans précautions, sans concevoir les échos qu’ils/elles peuvent avoir chez certains, sans souci de compréhension de leur écho.

1-Tout le monde s’accordera sur le fait que l’Islam est une religion, comme la religion catholique etc… Sur la plupart des religions se sont formés des « ismes » généralisateurs sans contenu idéologique négatif : catholicisme, protestantisme, bouddhisme, judaïsme etc…  Il paraît anormal que seul l’Islam ait droit à un « islamisme » qui prend sens réducteur dans la bouche de la généralité des médias et de nombre de politiques : il devient un islamisme politique pensé négativement. Ce traitement injuste fait à cette religion à mon sens ne devrait pas durer. Il ne faut plus employer « islamisme » pour évoquer « l’islamisme politique » ou « l’islamo-intégrisme ». Si l’on ne veut pas regarder ce fait en face, on risque d’aller au pire, en regard de ce que pourraient justement ressentir les musulmans de notre pays.

2-Un collectif prétend agir contre « l’islamophobie ». Ce n’est pas un bon mot et ce collectif ne saurait entraîner le soutien d’un républicain. En effet, dans notre République laïque, nous avons droit à ne pas aimer les religions (ou ne pas aimer l’athéisme…), même de les détester. On a donc parfaitement droit à l’islamophobie, au sens premier du mot. On a droit à l’exprimer pleinement et par la caricature la plus vive. Par contre tout acte discriminant, haineux ou violent contre une personne de quelque confession que ce soit, musulmane en particulier, doit être interdit (comme tout acte raciste) et réprimé vivement par la police et la justice. Et un/des observatoire.s de ces faits doivent être soutenus.

3-Il importe, mais dans le cadre d’un combat républicain et de notre état de droit, de critiquer vivement  l’ « Islam politique » ou, terme que je préfère, l’ « islamo-intégrisme », de critiquer vivement ceux qui finalement ont pour projet, plus ou moins avoué, d’établir en France une république islamique, de mettre bas notre modèle d’une France laïque, de tolérance, éventuellement conflictuelle, de toutes les confessions et de l’athéisme, de totale séparation des églises et de l’état. Ce combat doit être un combat politique, idéologique, social et culturel, sans oublier aucun de ces termes. Il est essentiel qu’il soit conduit en profondeur, au niveau local, en associant le maximum d’acteurs,  en considérant absolument que ce n’est pas un front secondaire.

4-Même si l’ « l’islam politique » ou « l’islamo-intégrisme » peut fournir par son projet politique des bases idéologiques au terrorisme islamique ou au djihadisme, il importe de les distinguer et de ne pas opérer comme trop souvent des amalgames. Nombre des salafistes, par exemple, s’opposent sincèrement à la violence comme moyen d’action pour arriver à leurs buts. Donc même si, comme républicains, nous nous devons de combattre vivement leur projet dangereux, nous ne devons le faire qu’avec le souci de respecter nos règles de droit, sans nous engager sur un chemin qui nous ferait abandonner notre exigence de liberté. Par contre, contre les terroristes ou les djihadistes, et plus généralement contre tous ceux qui agissent par la violence ou l’intimidation ou prônent la violence et l’intimidation, la loi doit punir avec la plus extrême rigueur.

J’imagine qu’au fur et à mesure de la lecture de mon texte, il satisfera puis mécontentera les uns ou les autres !!! Mais le républicain, plutôt communard, que je suis…, croit dans le débat démocratique.

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