NICE les 3 P !

Les trois P comme les mousquetaires étaient quatre pour protéger les "grands " qui nous gouvernent quel qu'en soit le niveau, régional ou national. Toutes ces polémiques indignes devant un si grand malheur pour rapporter "le collier de la reine" de la présidentielle alors qu'ils devraient, tous, se cacher jusqu'à la fin de leurs jours.

   Ce billet est long et peut paraître fastidieux à lire mais en hommage aux 84 morts, aux blessés et à toutes les familles faites l'effort de le lire, il faut que les français sachent comment les choses se passent ou devraient se passer. Je ferai un autre billet plus tard pour montrer ce que le public ne sait pas ou n'a pas su dans certaines affaires concernant leur sécurité.

Au lieu de s'en tenir strictement aux faits et en tirer des leçons pour l'avenir pour améliorer la protection des citoyens nos hommes politiciens (je ne veux plus dire politiques ils ne le méritent pas) s'engagent dans une lutte à mort de requins qui veulent noyer le poisson et fuir leurs responsabilités respectives et les comptes à rendre au peuple français qui en l'occurrence n'est pas la seule victime de cette incurie.

    Les faits. Une grande concentration de population familiale est organisée à l'occasion de la fête nationale du 14 juillet où le thème retenu cette année semble-t-il par le Président de la République est la solidarité et la mise à l'honneur des services qui participent à la lutte contre le terrorisme et la radicalité (services pénitentiaires qui on dû apprendre à défiler pour l'occasion) et des jeunes volontaires du service civique.

    Deuxième point les lieux. La promenade des anglais à Nice dont la topographie est plus proche d'une autoroute que d'une salle de spectacle.

    Depuis quelques années maintenant on organise de superbes spectacles en des lieux magnifiques comme la promenade mais aussi en profitant des façades des bâtiments comme à Lyon pour la fête des lumières grâce aux  nouvelles technologies, lasers, pyrotechnie informatisée etc... Tout ce déploiement de moyens sophistiqués pour la promotion des villes et du tourisme. Je n'évoque pas le cas de Paris car la ville capitale outre ses propres moyens dispose en permanence d'effectifs de police territoriaux ou mobiles sans commune mesure avec la province. Par ailleurs la préfecture de police bénéficie de personnels compétents et rodés à la gestion des grands évènements. Lorsqu'une décision mûrement étudiée est prise pas un maire ou un Préfet ne viendra chipoter sur les moyens proposés.

    En province c'est un peu plus compliqué avec des services qui n'ont pas les coudées franches. Les réunions préparatoires rassemblent tous les services concernés, voirie, sécurité, secours pour la mairie, commissaire de police compétent et DDPU si les circonstances l'exigent, services spécialisés de la préfecture pour aboutir à un document d'organisation de la manifestation et à la suite les divers textes réglementaires et arrêté préfectoral d'autorisation. Si dans la réunion quelqu'un émet un avis défavorable sur le dispositif le préfet peut passer outre mais généralement il fait toujours amender le dispositif en faveur de la sécurité.  Car celui qui n'est pas d'accord peut exiger que son avis figure sur le compte rendu de réunion. Si les organisateurs ou les services de police n'ont pas les moyens requis, le préfet ne signe pas l'arrêté d'autorisation.

   Et c'est là que le cas de Nice est intéressant car il y a un ancien maire, ancien ministre, qui a une vue personnelle de la sécurité plus dirigée vers les règles de stationnement que la protection des citoyens. Son point de vue, même s'il n'avait pas assisté aux réunions préparatoires - noblesse oblige - a peut-être prévalu pour ne pas faire installer le dispositif passif élémentaire que j'évoque depuis le début. Son souci de préserver l'image d'un lieu hautement touristique connu du monde entier est peut-être à l'origine de la faute d'appréciation sur les moyens à mettre en oeuvre.

    Le seul fait que l'attentat ait pu produire de terribles conséquences met en accusation le dispositif.

    Comme déjà dit plus haut la promenade des anglais présente une topographie proche de celle d'une autoroute avec de surcroît côté mer un trottoir qui a lui seul est une chaussée très fréquentée. Lorsqu'on concentre une foule familiale pour regarder en l'air un feu d'artifice on doit la protéger physiquement du mieux que l´on peut par un dispositif durci. Ce n'est pas une fixette que je fais !

    Les deux côtés de la promenade devaient être physiquement impossibles à franchir par un quelconque véhicule que ce soit par un conducteur fou ou à cause d'un accélateur coincé : on a déjà vu cela !

    Rentrons dans le détail. Des immeubles à la mer tout aurait dû être barré par d'énormes blocs de béton en ménageant habilement une chicane calibrée de chaque côté pour les véhicules d'intervention. Je ne parle pas des petits blocs trapézoïdaux d'un mètre de long qu'on voit partout à l'occasion de travaux routiers légers. Naturellement la chicane est fermée par des barrières et contrôlée par des policiers en nombre réduit. Les rues adjacentes étant interdites par des poids lourds dont la ville ne doit pas manquer également installés en chicanes calibrées.

    Alors évidemment de beaux esprits vous diront que cela fait bunker ou guerrier. Pour l'aspect esthétique, après tout Nice est la ville du carnaval et il  suffisait d'emballer ces obstacles inésthétiques de soie réflectorisée à la manière de Christo. C'eût été plus utile que sur le pont neuf ! Si la ville est trop pauvre les restes de papier crêpon du dernier carnaval auraient fait l'affaire. Les mêmes beaux esprits diront que c'est facile à dire après coup. Je leur répondrai que j'ai entendu l'info en direct par un correspondant qui téléphonait à la station radio que j'écoutais, essoufflé et courant derrière le camion en pleurant décrivant la scène de désolation. Je me suis exclamé "Oh les cons ils n'ont pas mis de blocs de béton" mais pour moi c'était évident.

    Si on en vient à l'aspect guerrier des choses, qu'on ne voudrait pas vivre, ne sommes nous pas en état d'urgence et pour cause de "guerre" nous disent les gouvernants ? Ensuite n'était ce pas le jour d'une parade militaire où l'on nous a montré des matériels utilisés contre l'organisation terroriste qu'on combat ! Il y a des dates et des symboles qui comptent dans la lutte contre les terroristes. Il faut savoir ce que l'on veut : avoir une attitude de matamore ou être efficace. En décembre 1995 à l'approche du premier anniversaire de la libération de l'airbus par le GIGN à Marignane et alors que je n'étais que Capitaine de Gendarmerie, le Préfet de police des Bouches du Rhône a arbitré en faveur des arguments que j'avancais pour la mise en place du dispositif devant prévenir une attaque commémorative. Dans le domaine de la sécurité le préfet n'est pas l'arbire des élégances et les hauts responsables policiers n'ont pas fait de caprice, la coopération a été totale et tout s'est parfaitement déroulé. Mais peut-être ce préfet n'était-il pas énarque ! Mais plutôt un homme de terrain. C'est ce qui manque le plus dans le moment difficle que nous traversons.

  Voilà pour le premier P de protection. C'est que les citoyens veulent. C'est comme pour les cambriolages, ils préfèrent que ça ne leur arrive pas plutôt que savoir qu'on a arrêté leur voleur après ce qu'ils considèrent comme un viol de leur intimité. Mais en France on préfère les petits bâtons statistiques de la répression plutôt que la prévention qui est moins  visible et qui fait que celui qui n'est pas écrasé de chiffres n'obtiendra pas de renforts de policiers ou de gendarmes.

   Abordons le deuxième P de policiers.

     Les policiers sont mangés à toutes les sauces. Les responsables du désastre voudraient leur faire porter le chapeau alors que certains d'entre eux ont risqué leur vie. Ce n'est pas le volume des effectifs policiers qui fait l'efficience d'un dispositif de protection d'un grand rassemblement, c'est sa cohérence générale.

      Dans le cas d'une quasi autoroute comme à Nice ce sont des barrages infranchisables contrôlés par quelques policiers et les autres en patrouille dans la foule pour les missions habituelles de surveillance générale et aussi anti-terroristes d'individus à pied dans la foule.

     Mais le sujet des effectifs de policiers nationaux soit-disant insuffisants et pas aux bons endroits si l'on en croît l'adjoint au maire de Nice est le prétexte pour fuir ses propres responsabilités alors qu'il dispose de moyens techniques importants et peut-être la police municipale la plus nombreuse. Il y aurait pu y avoir 100 policiers pour s'opposer à la trajectoire du camion. Sans les moyens physiques indispensables les victimes auraient été en bleu au lieu d'être en civil en bermuda, cela aurait été simplement plus glorieux pour l'assassin.

   Le P de polémique est la façon de noyer le poisson et de diluer les responsabilités pour n'avoir pas de compte à rendre aux français. Nos vies étant en jeu on ne peut plus les confier à des" branquignoles " et il faudra que ça change sinon on va vers de graves désordres. Qu'ils n'oublient pas ceux qui nous gouvernent que dans une société civilisée on renonce à sa défense et sa protection parce qu'on les a confié à un Etat. Si l'état n'est pas capable de les assurer il devra en subir les conséquences.

     La polémique porte sur tous les sujets, pour le coup "hors sujet" devant une intention criminelle. D'abord tout ce qui a trait à la réglementation de la circulation et en l'occurence des camions. Un terroriste n'en a cure.

 Le type de camion même chose, frigo pas frigo, groupe frigorifique apparent ou pas quel intérêt ? Un camion pouvait servir de véhicule bélier ce devait être envisagé et ce ne sont pas les caméras qui pouvaient l'arrêter. Dans des commentaires j'ai rappelé qu'on utilise le dispositif préconisé depuis l'attentat de l'immeuble Drakkar au Liban ou 180 parachutistes français ont trouvé la mort. Mais là encore les responsables ont la mémoire courte et veulent l'argent des touristes mais sans trop dépenser pour la protection collective

Toute la publicité à propos des caméras va peut être devoir changer. Je ne vais pas polémiquer sur leur opportunité c'est le problème des contribuables niçois ce que je ne suis plus depuis près de cinquante ans. Mais il faut que les citoyens sachent que ça ne les protège en aucune façon. Ça sert éventuellement et après un problème pour l'enquête mais la plus forte rentabilité c'est pour rançonner les automobilistes. Même pas dans la prévention puisque dans le cas d'espèce le camioneur visionné avant le drame y compris où un camion n'aurait pas dû se trouver n'a pas fait l'objet d'un contrôle qui peut-être lui aurait fait reporter son acte. L'ancien maire de Nice est donc responsable d'un dispositif inefficace et trompeur puisque du coup on se croît en sécurité. Le système de surveillance entraîne maintenant une polémique entre la mairie de Nice et la justice et le ministère de l'intérieur de nature à inquiéter les citoyens à juste raison. On se demande dans quelle république ont vit. J'ai lu un journal italien où on est la risée de l'Europe.

Tout cela est bien inquiétant et nos politiques n'envisagent que la mise sur pied d'une réserve de gamins (à partir de 17 ans) qu'on va former en quelques jours et qu'on va envoyer au casse-pipe pour soi-disant soulager les forces de l'ordre. Celui qui est responsable de la diminution des forces de police et de gendarmerie et de leur désorganisation pour les avoir à sa botte (à talonnettes) la ramène sans vergogne pour annoncer qu'il va dire ce qu'il va dire, sur le ton de la menace et qui en réalité n'annonce que des absurdités.

   Le député Gueno et son lance-roquette n'a pas dû s'en servir souvent. Sinon il saurait que si l'on a pas l'habitude l'on se retrouve le cul par terre et la tête singulièrement secouée. De surcroît la flamme de départ de la roquette exige un grand espace dégagé derrière sans personnels ni obstacles physiques sinon c'est le barbecue assuré.

          D'ailleurs tous ces politicars qui nous parlent de guerre n'ont souvent accompli leur service militaire que dans des conditions avantageuses à l'image de Sarkozy qui n'était pas trop loin de maman.

       Et ce Geoffroy Didier qui veut envoyer des troupes au sol en Syrie, que n'y va-t-il lui même ?

       Le ministre de l'intérieur qui paraît un honnête homme aurait dû virer sur  le champ préfet, DDPU et Commissaire de Nice, et même le maire car il en a le pouvoir dans certaines circonstances. On fait valser les mêmes fonctionnaires en Corse pour beaucoup moins que cela. S'il avait pris une telle mesure la polémique n'aurait pas pû donner le triste spectacle auquel on a assisté.

    Le Général de Gaulle duquel beaucoup se réclament les aurait virés sur le champ. 

   Parlons enfin des politiques ou plutôt des politiciens comme j'ai dit plus haut. Comme a dit un auteur dont je ne me souviens plus : " la droite et les socialistes n'ont pas le même rond de serviette mais mangent à la même table ".

La première réaction sensée fut celle d'Alain Juppé même si dans les carences il ne voyait pas la même chose que moi mais plutôt une occasion d'affaiblir le camps de son rival à la primaire. La réaction suivante fut celle d'un sénateur semble-t-il communiste pour trouver ignobles les propos d'Alain Juppé dans un drame pareil. Ce fût ma première intervention dans Mediapart où j'expliquais à ce sénateur de façon plus succinte ce que je dis ici. Je ne vois pas pourquoi il ne faudrait pas dire la vérité ne serait-ce pour éviter le retour de tels évènements.

   La troisième dès potron-minet fut celle de Christian Estrosi qui mena une attaque en règle contre le gouvernement sur une station radio que j'écoutais. J'ai été d'autant plus estomaqué que pour moi il était l'un des principaux responsables en raison de la nature même du drame. Le lieu n'était pas protégé. Sachant que la meilleure défense c'est l'attaque il a dû être bien conseillé tant sur la forme que sur le fond, puisque selon un article de presse ultérieur il était au moment du drame dans un restaurant de la promenade en même temps que le chanteur Bono et qu'un avocat médiatique connu. Il a donc chanté vite et fort, entraînant le ban et l'arrière ban des républicains oubliant leur batterie de casseroles.

    Le lendemain quand on entend à la radio plusieurs avocats dire qu'il ne faut pas porter plainte car l'indemnisation par le fonds de garantie est plus rapide et plus intéressant, qu'un procès rappellerait trop le malheur. Qu'une avocate avance même que ce ne serait pas moral de porter plainte contre l'Etat car il est lui-même victime, on reste sans voix. L'Etat est certes victime mais surtout de l'incurie du gouvernement et des fonctionnaires défaillants. On mélange tout l'éthique et l'argent, le pénal et le civil, les victimes et les responsables mais où va-t-on ? On sent déjà la mise en place d'un filet de protection du baron local. Le barreau ne s'y honorera pas.

 

    De l'autre côté le gouvernement désemparé n'a pas pris les mesures conservatoires immédiates évoquées plus haut qui auraient montré que quelqu'un tenait le gouvernail mais la France telle le radeau de la Méduse a perdu safran et boussole.

     En ces années de commémoration de la grande guerre il faut se souvenir de l'affaire du XV ième corps qui a une grande place en son honneur à Nice et de la polémique abjecte lancé par le gouvernement et l'état-major pour couvrir des généraux responsables du massacre de Dieuze. La veulerie des politiciens cent ans plus tard est intacte.

    C'est à peu près à cette époque que dans la chroniques des Pasquiers Georges Duhamel portait ce jugement : "quand un homme de bonne culture  se tourne vers la politique c'est qu'il est inutilisable dans la profession qu'il avait semblé choisir, c'est qu'il n'est plus bon à rien. L'Etat est gouverné par le rebut de toutes les carrières honorables " . Avec l'ENA c'est directement une fabrique d'incapables à qui on devrait interdire de faire de la politique avant d'avoir blanchi sous le harnais des diverses administrations pour savoir de quoi ils parlent avant de devenir conseillers des princes qui nous gouvernent.

    Frédéri Mistral à peu près à la même époque n'avait pas une opinion très différente puisqu'il disaient des politiciens qu'ils étaient " lou groupamen vermenous dóu pourridié d'un pople " . Même sans être félibres vous aurez compris c'est assez clair.

      Merci pour votre patience.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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