Après les mises en examen de Sarkosy, du garde des sceaux Dupond-Moretti, et maintenant des "fuites" judiciaires "embarrassantes" pour Mme Macron (1), la justice montre t'elle ici une séquence inédite de sa réelle indépendance et exemplarité ou la réalité de l'urgence à les théâtraliser?
Personne ne s'émeut que des écoutes judiciaires se retrouvent dans la presse, et ce malgré que la justice ait elle même obligé Médiapart a retirer en 2013 tous les articles issus des enregistrements du major d'hommes de Bettancourt, et que la CEDH confirme en 2017, le bien fondé de ces retraits justifiée par "l’atteinte à la vie privée dont Mme Bettencourt et Patrice de Maistre"(2)???
Pourtant, avec la publication des échanges Marchand/B.Macron, ne rentrons nous pas dans le même type de problème?
Il apparait clairement maintenant une disproportion insurmontable entre défense et accusation: Défense qui aurait pourtant bien besoin, dans certaines affaires, de pouvoir produire les éventuels enregistrements de conversations, seul moyen accessible à toute personne lambda d'apporter sa version face à une armada de mesures votées ces derniers temps, sur laquelle je reviendrai ultérieurement, comme par exemple, et pour finalité, la retransmission télévisée de procès bien ficelés proposée par...Mr Dupond-Moretti...
Et que penser des "fuites" médiatisées dans des procédures judiciaires discréditant d'emblée toute défense éventuelle?
Une chose est sûre désormais: Impossible d'avoir tout contre pouvoir aujourd'hui pour contester une justice qui a mis en œuvre tous les moyens pour nous imposer une version inattaquable, dans ce qui pourrait ressembler à une mise en scène de son indépendance bien orchestrée.
PS: Bien évidemment, je ne mets pas en cause le travail essentiel de Médiapart dans la plupart de ces affaires, journal qui a pu constater cependant que la justice empêchait des journalistes d'utiliser des moyens d'investigations raisonnables pour qu'elle seule puisse donner une version. Je parle ici de l'actuelle séquence produite par la justice, jamais vue auparavant. Seules les personnes ayant eu accès à ce qu'on appelle le monde du "secret" connaissent en partie ce qui n'est écrit nulle part. La justice préfère les journaux qui, lors de leur "tournée" (terme utilisé pour parler de la tournée faite par les journalistes à la chasse aux "infos" dans les divers services d'état ) se contentent de traduire la version officielle. Justice qui n'hésite pas à aller jusqu'à la CEDH pour restreindre le droit à l'information, dans des décisions qui interpellent lorsqu’on voit ce qu'elle même se permet.
(1) Mimi Marchand-Sarkozy : l’embarrassant coup de fil de Brigitte Macron 3 novembre 2021 Par Fabrice Arfi, Karl Laske et Antton Rouget
(2) Enregistrements Bettencourt: une défaite pour le droit à l’information 14 janvier 2021 Par Fabrice Arfi