Réveillons-nous il est 7h45, ça va bientôt sonner !

C'était le 2ème et dernier conseil de classe de l'année pour cette 5è d'un collège "rural" et encore un sentiment de déjà-vu comme tant d'autres j'imagine... C'est ainsi depuis de nombreuses années, depuis que je suis déléguée FCPE des parents d'élèves. Pour accompagner mon compte rendu, j'ai eu envie d'écrire à tous ces parents que je ne connais pas et que je suis censée représenter.

Je sais que lorsque nos enfants arrivent au collège, nous parents devenons tous anonymes les uns pour les autres et c'est un fait indéniable : l'anonymat n'aide pas pour échanger.

Personnellement, je suis déléguée de classe ou d'école depuis un certain nombre d'années (avec quelques pauses cependant) et je regrette le peu d'implication des parents.

Je ne jette la pierre à personne, c'est un constat c'est tout.

À mon dernier mail, précédant le conseil de classe, seuls 2 parents ont répondu. Bien sûr il n'y a pas que 2 parents qui se préoccupent de l'avenir de leurs enfants, tout le monde est concerné, je le sais bien, mais tout va-t-il si bien dans le meilleur des mondes pour que personne n'ait rien à redire ? Que se passe-t-il pour que le seul "lieu" où les parents puissent s'exprimer soit à ce point déserté ?

Le principal argument est sans doute le manque de temps et il est, bien entendu, complètement recevable et légitime (et quand, en plus, on voit que des conseils de classe ont été changés d'horaires sans que les délégués aient été prévenus et qu'ils ont eu lieu en journée, ce qui est purement scandaleux et illégal, on peut effectivement se demander quelle est la considération pour notre rôle de parents délégués voire de parents tout court !)

Le second, à mon avis tout aussi important, est cet anonymat qui ne donne pas envie "d'y aller". On ne se connait pas. Aucun lieu pour se rencontrer dans le collège. Aucun lieu pour les parents... alors forcément ça pousse à l'isolement et peut-être même à la résignation.

Cette résignation que nous avons tous par moment et qui nous fait dire : "que pouvons-nous y faire ?", "qu'allons-nous bien pouvoir y changer ?".

En soi c'est assez juste. Que puis-je faire à mon niveau contre le colosse "Éducation nationale" par exemple ? On se sent si petit, si impuissant.

Et pourtant quand on y réfléchit ce "colosse" intervient presque quotidiennement pendant 12 à 13 ans dans la vie de nos enfants, dans la nôtre en somme.

Et d'une certaine façon c'est bien. L'école publique, notre service public, notre bien commun, est un lieu d'apprentissage et d'ouverture au monde pour tous les enfants non ? Elle est aussi un lieu d'émancipation de nos enfants, un lieu pour leur apprendre à penser par eux-mêmes, leur donner envie d'avoir envie ? Enfin c'est un des rôles qu'elle devrait avoir et qui est inscrit dans le Code de l'éducation mais qu'en est-il vraiment ?

Depuis des années j'entends dire aux conseils (classe ou école) "trop de bavardages, on ne peut pas travailler", "on n'arrive pas à travailler avec cette classe à cause d'éléments perturbateurs", "C'est la pire classe de...", etc.

Les punitions, les observations, les sanctions pleuvent.

À chaque conseil, j'ai l'impression d'un déjà-vu.

Alors quoi, nos enfants seraient pires qu'avant ? Ou seraient-ce ceux des autres ? Ou les professeurs qui n'arrivent pas à "tenir" leur classe ?

On me dira "mais enfin ce n'est pas nouveau, cela a toujours été ainsi".  Peut-être et quoi ?

Les enfants sont en moyenne 30 par classe et au lycée il y aura des classes à 36 à partir de l'année prochaine.

Et les moyens vont baisser. Drastiquement.

Interrogez vos enfants et demandez-leur la satisfaction qu'ils/elles ont à travailler en demi-groupes, la respiration que cela procure quand l'ambiance de la classe ne permet pas de travailler sereinement à 30.

Et c'est drôle parce que quand on discute des demi-groupes avec les profs, ils nous disent que la plupart des enfants "sont attachants", "ont envie de bien faire" ou "on sent qu'il/elle y met de la bonne volonté" que "ça va mieux", que "certains enfants s'impliquent plus", etc.

Bon je ne vais pas vous la jouer Bisounours, les demi-classes ne sont pas la solution à tout quoi que...

L'année prochaine, dans notre collège, les 5è n'auront plus de cours en demi-groupes ce qui veut dire toute l'année un apprentissage à 30 ?

Et les professeurs ?

Ils sont exténués. On leur demande toujours plus. Changer de programme quasiment chaque année (ce qui veut dire travailler une grande partie de l'été par ex. pour être prêt-e à la rentrée) ; faire des heures supplémentaires pour avoir un peu de salaire en plus (l'année prochaine les profs auront obligation de faire 2h supplémentaires (payées moins qu'une heure de cours normale !)) et bientôt enseigner des matières pour lesquelles ils n'ont pas été formés (un exemple : l'année prochaine en 2nde  générale se met en place une nouvelle matière intitulée "sciences numériques et technologiques" et pour le moment il n'y a aucun prof formé pour l'enseigner... Il est donc demandé à des professeurs - dont ce n'est pas le métier - de bien vouloir l'enseigner avec une formation vite expédiée avant l'été ou pendant l'été sur quelques jours. C'est comme demander à un électricien de faire de la plomberie ! Il est où le sens dans leur travail ? Si c'est pas brader un métier ça !! Et les bacs pros ? plus de 500h de culture générale sur 3 ans en moins, pourquoi ? Quand on se destine à la voie professionnelle dès la 2nde on ne s'intéresse plus à la lecture, à l'histoire ?)

Savez-vous que le salaire des enseignants est gelé depuis 10 ans ?

Savez-vous que les vacataires sont de plus en plus nombreux dans l'Éducation nationale et qu'avec la nouvelle réforme ce statut a été acté dans les textes de loi ? Que des jeunes gens sans aucune expérience et payés au lance-pierre (entre 700 et 800 euros / mois) pourront enseigner à nos enfants (en fait, ça existe déjà) et remplaceront les enseignants absents ?

Pensez-vous que l'on peut bien enseigner quand les conditions de travail se dégradent ? Les enseignants ont face à eux nos enfants pas des paquets de lessive !

Et cet ascenseur social que tous les gouvernements depuis des décennies se targuent de réparer sans jamais s'en préoccuper est plus que jamais en panne.

Restera-t-il coincé entre le rez-de-chaussée et le premier étage à jamais ?

Chacun dans son coin, on n'y arrivera pas mais en se rencontrant, en discutant, en s'informant on peut avancer pas à pas et surtout se sentir un peu moins impuissant, un peu plus fort.

Il en va de l'avenir de nos enfants.

Je vous souhaite à toutes et à tous, parents et enfants, un bel été.

On se retrouve à la rentrée ?

P.S. : Un exemple de "petite victoire" obtenue cette année parce que nous, parents, avons réagi collectivement :

Lors de la tombola du collège, des parents d'élèves de 3è ont appris avec étonnement que l'évaluation d'une des compétences serait corrélée au nombre de tickets vendus par les élèves ce qui revenait à dire qu'une compétence pouvait être "achetée". Nous parents FCPE avons réagi et le "malentendu" a été aussitôt réglé ! Comme quoi...

 

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