Elections départementales & régionales : une victoire à la Pyrrhus ?

Crise sanitaire, meetings électoraux restreints, distribution catastrophique des propagandes électorales, abstentionnisme inédit, alliances déconcertantes... Elections départementales & régionales : une victoire à la Pyrrhus ?

Entre crise sanitaire et restrictions en matière d'organisation de meetings électoraux, les élections départementales et régionales de ce mois de juin 2021 se sont déroulées dans un contexte bien connu d'abstentionnisme croissant, devenu inédit, voire abyssale, suite aux opérations d’acheminement de plis quelques peu malheureuses menées par un prestataire désormais bien connu mais certainement mal-aimé, notamment de nos édiles locaux. 


Qu’ils se trouvent de l’un ou de l’autre côté de l’échiquier politique et aient ou non remporté les élections pour lesquelles ils s’étaient engagés et qui se sont déroulées ces 20 et 27 juin, les élus disséminés d'un bout à l'autre du territoire national se trouvent sans aucun doute en terrain d’entente lorsqu’il s’agit de dénoncer l’amateurisme flagrant ayant caractérisé les opérations d’acheminement de plis, aussi bien au premier qu’au second tour des élections.

Oui, les délais étaient exceptionnellement courts pour deux scrutins se déroulant simultanément, et oui, La Poste pourtant habituée à cette tâche, a elle-même connu des difficultés.

Mais imaginerait-on les élections présidentielles confiées à un tel professionnalisme hasardeux, sans que ne soient prises dans l’entre-deux-tours, avec le plus grand empressement et « quoi qu’il en coûte », les mesures indispensables pour pallier aux appels à l’aide à peine audibles mais clairement identifiables, pour qui dispose d’un bon sens a minima développé, d’un prestataire inapte ? Dans le cadre des élections de nos conseillers départementaux et régionaux, l’obligation de résultat du distributeur, rappelée par le ministre de l’Intérieur lui-même, ne serait-elle finalement qu’une obligation d’intention de résultat ?

Le désintérêt croissant des électeurs et électrices pour les scrutins, rappelé à moult reprises, ainsi que l’argument rabâché d’un contexte sanitaire dissuasif ont finalement bon dos, malgré leur recevabilité non contestée, pour justifier l’absentéisme récurrent auxquels nos bureaux de vote ont dû faire face ces deux dernières semaines.

La gestion défectueuse de cette mission d’acheminement et ses conséquences certaines sur le pourcentage d’abstention ne remettent en rien la légitimité de nos représentants nouvellement (ré)élus en question, mais risquent d’accroître encore davantage la méconception du travail quotidien de ces élus au service d’un territoire et de ses habitants.

Ces derniers pourraient être tentés de voir en ces échelons, notamment départemental, de simples rouages de la complexe horlogerie du paysage politique français là où ils rythment en réalité le bon déroulé de l’éducation de nos enfants, la diversité de l’offre culturelle ou encore la qualité de vie de nos seniors, et donc, en somme, notre épanouissement quotidien.

Quelles que soient les causes prédominantes de cette abstention record, gageons que nos élus, loin de n’être qu’un relais de l’action gouvernementale, sauront en tirer les conséquences nécessaires et retranscrire les attentes de proximité de leurs concitoyens en actions de terrain, de communication et d’information, afin de remédier aux déceptions causées par la désorganisation manifeste de notre vie démocratique, résultat de choix centralisés et peu concertés pris au plus haut sommet.

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