Populisme de gauche… populisme de droite… « Linky-populisme »…

L'information (et donc la désinformation) est un vrai sujet de société. Il n'est pas toujours facile de faire le tri : les polémiques autour du compteur LINKY en sont un exemple… Malgré mes références à La France Insoumise, je me dois de préciser que ce billet n'engage que moi...

Depuis sa diffusion dans << L’ère du peuple >> (J-L Mélenchon, Octobre 2014), la notion de « Peuple » est centrale dans la problématique de La France Insoumise (LFI).
Cette notion est pour partie inspirée des travaux de Chantal MOUFFE, qui avait déjà été invitée à préciser cette orientation politique lors d’une réunion « Estivale » du Parti de Gauche (en 2014), puis récemment lors des « amFIs » de la France Insoumise à Marseille (26 Aout 2017), distinguant ce qu’elle appelle un populisme de gauche et un populisme de droite (ou d’extrême droite).
Très schématiquement : cette distinction, dit-elle, peut se comprendre en analysant comment se constitue « la frontière entre le eux et le nous ».

Dans un populisme de gauche, cette frontière se constitue sur la base des valeurs traditionnelles de la gauche : le peuple se construit, la population « se constitue peuple » dans son mouvement de libération, et cette libération ne se réduit pas à la lutte contre son exploitation économique par le système capitaliste néo-libéral : il y a une oligarchie (eux) qui décide, à son avantage, contre tous les autres (nous). Ce mouvement de libération concerne donc tous les aspects de la vie et pas simplement la classe ouvrière.

Dans un populisme de droite, la frontière entre le eux et le nous se définit par exclusion d’une partie de la population : les étrangers, les femmes, les homosexuels, les pratiquants d’une religion autre que chrétienne… qui constituent les boucs émissaires de la société : eux seraient responsables de tous les maux subis par tous les autres…

Dès lors, on comprend la tentation que pourraient avoir certains tenants d’un populisme de gauche « d’emboîter le pas » et de soutenir tous les mouvements revendicatifs, quel qu’ils soient, pourvu qu’ils émanent du « peuple » et de ses associations, diverses et variées, quel qu’en soit l’objet. Comme si l’origine (populaire) du mouvement revendicatif pouvait tenir lieu d’analyse et suffisait à en déclarer le bien-fondé « libérateur ».

C’est en effet une tentation… qui s’oppose à une autre tentation que peuvent avoir « ceux qui savent » qui, de ce fait, peuvent se sentir investi d’une « mission » : dire le vrai et le faux !!!
Quel que soit le sujet, chacun de nous, chaque groupe associatif, chaque parti politique est structuré par des représentations qui donnent du sens aux positions déjà prises, aux « pré-jugés », en oubliant parfois qu’il n’y a pas une « vérité » mais une réalité complexe qui peut valider ou invalider une position, une proposition… et nécessite en tout cas de remettre en cause les préjugés.
Je voudrais illustrer ce point de vue par un exemple, sur un sujet qui a animé des revendications « contre le système ».
Dans un billet de blog antérieur, j’avais déjà suggéré ce problème à propos des mouvements de protestation populaire qui se sont exprimés par des pétitions nombreuses contre « les boues rouges », déversées par une usine d’alumine dans la fosse de Cassidaigne située au large des calanques de Marseille.
Je voudrais cette fois-ci évoquer une autre « revendication populaire » qui s’exprime par le rejet du « compteur LINKY ». Et je voudrais à son propos monter qu’il est question d’une autre forme de populisme : ni de droite, ni de gauche que, pour aller vite, je nommerai « Linky-populisme »…

 

Les refus du compteur LINKY.

Ce « compteur communicant » est en cours d’installation en France : environ 18 000 posés chaque jour.
Un compteur de même type a déjà été installé dans de nombreux pays.
http://www.lasantepublique.fr/au-canada-lexperience-reussie-des-compteurs-communicants/
<<… Au Canada, le fournisseur d’électricité Hydro-Québec a déjà installé plus de 3,8 millions d’appareils depuis 2013, soit 97 % du nombre total prévu… En Europe, plusieurs autres pays ont également déjà adopté ces nouveaux compteurs… En Suède, 99 % de la population en est équipée ; tandis qu’en Grande-Bretagne, ils sont déployés depuis 2011 dans les habitations. Mais alors pourquoi LINKY peine-t-il à convaincre en France ?… >>
Et comment se fait-il que certains candidats à la Présidentielle se soient clairement exprimés contre l’installation de ce nouveau compteur : Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Philippe Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon…
Plus précisément, l’un des « ampFIs » de la France Insoumise (Marseille, le 25 aout 2017) a été consacré à la lutte contre LINKY, en a exposé les « méfaits », offrant une tribune à des responsables d’associations de quartier dont l’un d’eux s’est félicité d’avoir réussi à mettre en place « une milice » contre les installateurs de LINKY…
Un terme qui fait un peu froid dans le dos… alors que l’on aurait pu espérer un vrai débat sur le sujet.

 

Une question politique.

On reviendra plus tard sur le sujet proprement dit. Auparavant se pose une question éminemment politique, une question de méthode,
En effet, le mouvement LFI revendique que la population « se constitue en peuple », s’emparant d’un outil politique nommé assemblée constituante, fondant son mouvement de libération sur la raison : une raison argumentée, étayée par une connaissance des problèmes, même lorsqu’ils sont complexes…
Cette appropriation des problèmes s’oppose à une expropriation subie, par laquelle les citoyens sont dépossédés des sujets qui les concernent.
Appropriation finalement conditionnée à une formation populaire (on parle d’Universités Populaires) et à des débats contradictoires qui permettront à chacun de comprendre les enjeux, pour prendre des décisions pertinentes sans pour autant prétendre posséder toutes les compétences sur tous les sujets.
Cette distinction entre pertinence et compétence me semble fondamentale à revendiquer : sans elle, les opposants aux prises de décisions démocratiques pourront toujours invoquer un défaut de compétence de la part des citoyens, défaut qui justifierait leur mise à l’écart des grandes décisions.
Bien que l’instauration d’un débat public puisse constituer un progrès démocratique réel, son mode d’organisation le dévoie très souvent et annihile ses « bonnes intentions ». On a tous quelques exemples en mémoire… Je repense à la procédure de débat public organisée avant la décision d’installation du projet de fusion nucléaire (ITER), sur le site de Cadarache dans la région Aixoise. Où les maires des communes voisines ont eu à se prononcer sur la base d’un dossier technique de 5000 pages dont ils ne pouvaient pas comprendre la première ligne, invoquant des promesses incontrôlables, alors que certains scientifiques (spécialistes de ce domaine) qui étaient opposés à ce projet avaient réclamé l’organisation d’un débat télévisé contradictoire. En vain !!!
Le refus du débat contradictoire est une forme d'obscurantisme : dans l’histoire des sciences, les grandes controverses scientifiques ont toujours été une source de progrès de la connaissance.
Voilà donc une question fondamentale qui vaut aussi pour l’organisation de nos débats, en interne comme en externe.

 

 De quoi s’agit-il avec LINKY ?

Très schématiquement, ce compteur électronique a la particularité de stocker le résultat des mesures (la courbe de charge) qu’il effectue dans un local (commercial ou industriel ou à usage d’habitation) et de communiquer cette courbe de charge (par une technologie de Courant Porteur en Ligne) à un « concentrateur », une fois par jour, concentrateur qui transmet l’information au gestionnaire du réseau électrique.

Le rapport de l’ANFR (Agence Nationale des FRéquences) apporte plus de précisions sur le fonctionnement du dispositif
« Rapport technique sur les niveaux de champs électromagnétiques créés par les compteurs Linky »
http://www.anfr.fr/fileadmin/mediatheque/documents/expace/2016-05-30_Rapport_technique_compteur_vdef2.pdf

et l’Avis de l’ANSES (Rapport d’expertise collective) précise le contexte général ainsi que la question spécifique de l’exposition aux champs e.m.
« Exposition de la population aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants »
https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2015SA0210Ra.pdf
Page 31:
<< La controverse publique sur Linky se développe autour d’une nouvelle technologie de l’énergie -le compteur électrique communicant- qui a fait son entrée dans l’arène publique comme un outil sociotechnique au service de la transition énergétique et du développement durable, mais qui, dans sa trajectoire de déploiement, s’est rapidement transformé en cause probable de dommages multiples pour la société, mêlant des considérations économiques, politiques, éthico-juridiques, techniques et sanitaires, et amenant des institutions scientifiques et politiques à s’en saisir. >>

Les oppositions au LINKY sont multiples et de différents ordres :

-1- les entreprises sous-traitantes utiliseraient des moyens de pressions inadmissible pour installer de force ces compteurs, contre l’avis des usagers.
-2- ont été dénoncés des conflits d’intérêts chez certains sénateurs ayant défendu le développement de ces compteurs.
-3- les compteurs LINKY représenteraient un coût de plusieurs milliards (alors que les anciens compteurs pourraient encore fonctionner), pour le plus grand profit des entreprises capitalistes chargées de son développement.
-4- certains pays (pris comme exemple à suivre, comme l’Allemagne) auraient eu raison de s’opposer à l’installation des LINKY.
-5- le relevé des consommations à distance détruirait des postes de travail
-6- certains compteurs auraient pris feu, d’autres fourniraient des informations erronées.
-7- les compteurs ne factureraient plus des KWH (KiloWatts Heures) comme les compteurs actuels, mais des KVA (KiloVolts Ampères), ce qui augmenterait les factures et nécessiterait parfois d’augmenter la puissance contractuelle.
-8- problème sanitaire : les fréquences des ondes modulant les CPL sont réputées par l’OMS possiblement cancérigènes
-9- problème de contrôle des populations : l’envoie des données privées (de consommation) est considéré comme une intrusion dans la vie privée, qui conforte le système des Big-Data (auquel s’intéressent les grandes oreilles de Big Brother).

Bref, cette liste n’est peut-être pas exhaustive… il se peut que j’aie oublié encore quelques griefs…

 

Quelques éléments de réponse.

Devant l’étendu des griefs, on comprend bien qu’il est indispensable de prendre toutes ces questions très au sérieux… et qu’il aurait d’ailleurs été préférable de les prendre au sérieux bien avant qu’elles ne se propagent comme trainée de poudre. Les convictions étant maintenant établies, il sera éminemment difficile d’en changer car les arguments rationnels sont souvent impuissants face aux convictions.
Cependant, il me semble nécessaire d’apporter des réponses précises, argumentées : le populisme se développe toujours à partir de questions que se posent les citoyens, questions qui n’obtiennent pas de réponse pour la bonne raison qu’elles ne sont même pas entendues par ceux qui décident.
Pour éviter de trop alourdir le propos, je renvoie en ANNEXE certaines questions qui ne nécessitent pas de grand développement pour n’approfondir que trois griefs : la facturation, les aspects sanitaires, l’intrusion dans la vie privée.

- Il faut donc expliquer en quelques mots la question de la facturation.

Il est vrai que la consommation actuellement facturée concerne ce qu’on appelle « la puissance active » : on montre que cette puissance, en régime alternatif, s’exprime (en KWH) par le produit (U.I. cosPhi), expression dans laquelle U est la tension alternative (par exemple 220 Volts), I le courant en Ampères, et Phi (à ne pas confondre avec la France insoumise…) est le déphasage entre le courant et la tension, déphasage qui est introduit par certains appareils électriques (comme votre moteur de machine à laver ou votre frigo).
Cependant, la puissance active n’est pas tout… Un élément capacitif peut restituer de l’énergie alors qu’un élément inductif (comme un moteur) consomme de l’énergie électrique qu’il transforme en énergie mécanique.
Cette autre composante de la puissance est « la puissance réactive »
Ces deux composantes constituent la puissance qui est « réellement consommée ». Elle s’exprime (en KiloVolts Ampères) par le produit ( U.I ).
Et comme le (cosPhi) est inférieur à 1, la puissance actuellement facturée (U.I. cosPhi) est en réalité inférieure à celle réellement consommée… Et ça, ça risque de changer avec LINKY : vraisemblablement, c’est le produit ( U.I ) qui sera désormais mesuré et facturé.
On devine donc le problème : il y a une véritable inéquité actuellement à négliger l’existence de ce facteur cosPhi, car les équipements et les installations n’ont pas toutes le même cosPhi… Par contre, en introduisant ce facteur « d’équité », certains devraient payer plus qu’avec l’ancien comptage.
De là à prétendre que les consommations s’envoleraient, pas vraiment… Il faut savoir que la règlementation européenne impose aux fabricants de composants électriques d’une puissance supérieure à 75 Watts d’introduire (dans leur circuit) des condensateurs réduisant le déphasage Phi, de sorte que le cosPhi soit assez proche de 1.
Et ce, non seulement pour la fréquence de 50 Hz mais aussi pour les harmoniques de fréquences supérieures, de façon à préserver la qualité du signal.
Une bonne solution serait donc que ce nouveau comptage (plus près de la réalité de la consommation) n’introduise aucun supplément par rapport à l’ancien mode de comptage, et qu’il n’y ait que des bénéficiaires.
Ce serait « une juste revendication »…
Il faut signaler que cette question est particulièrement épineuse dans notre contexte national où l’on a fait croire aux citoyens que, grâce au nucléaire, nous avions l’électricité la moins chère du monde. Argument fallacieux car chacun sait maintenant que les coûts cumulés de nucléaire ont explosé, en considérant le « grand toilettage » des centrales les plus anciennes imposé par des questions de sécurité, la gabegie de l’EPR, le coût du stockage des déchets et du démantèlement des centrales nucléaires…
Il serait néfaste d’occulter cette question globale des coûts et de la reporter exclusivement sur le seul LINKY qui ne pèse pas très lourd dans la balance.

 

- Concernant les aspects sanitaires

La question sanitaire a pris une importance particulière dans les polémiques sur LINKY.
Il est vrai que l’OMS a déclaré comme potentiellement cancérigènes les rayonnements électromagnétiques dont les fréquences sont celles utilisées dans les CPL pour le LINKY.
Plusieurs organismes publics ont été saisis de cette question fondamentale, ont mené des études et effectué des mesures en laboratoire et in situ.

Citons par exemple le RAPPORT D’ÉTUDE de d’INERIS (29/06/2016)
http://www.ineris.fr/ondes-info/sites/default/files/images/DRC-16-148901-04977A_Linky_mesures%20exploratoires.pdf
« Champs électromagnétiques produits par les compteurs de télérelève électrique Linky »

Voir, page 9: Tableau des Valeurs limites d’exposition à 50 Hz et aux fréquences CPL
Fréquences                               Induction magnétique          Champ magnétique              Champ électrique
                                                 B en μT (microTesla)           H en Ampères/mètre            E en Volts/mètre
50 Hz                                   100                            80                          5000
63,3 kHz et 74 kHz
ou 35-90 kHz                           6,25                            5                             87

Deux types de compteurs LINKY (1° génération G1 et génération G3) ont été étudiés pour comparer ces valeurs à celles mesurées au voisinage d’une ligne parcourue par un CPL du compteur LINKY.
Page 12 : lorsqu’un compteur (de type G1) est en mode communication forcée (en laboratoire), la valeur du champ est entre 0,001 et 0,01 A/m à 63,3 kHz, et entre 0,002 et 0,02 A/m à 74 kHz.
Sous tension, le « bruit de fond » est 10 fois supérieur quand le compteur fonctionne. Les critiques prendront certainement ce résultat comme argument, en « oubliant » de comparer ces valeurs aux valeurs limites d’exposition… qui sont 250 fois supérieures aux valeurs mesurées en laboratoire.
Page 16 : des mesures effectuées chez des particuliers montrent encore qu’à 20 cm du compteur, le champ magnétique lié aux émissions CPL est très variable d’un compteur à l’autre (0,002–0,048 A/m), mais toujours inférieur à 0,05 A/m. La valeur limite d'exposition est 100 fois supérieure à la valeur mesurée chez les particuliers.

Le « Rapport technique sur les niveaux de champs électromagnétiques créés par les compteurs Linky » déjà cité
http://www.anfr.fr/fileadmin/mediatheque/documents/expace/2016-05-30_Rapport_technique_compteur_vdef2.pdf
explique clairement la nature des CPL, précise les conditions expérimentales des mesures… et confirme les résultats précédents.
Par exemple, pour les compteurs de type G1, la figure 11 montre un niveau maximum mesuré à 20 cm des différentes faces du compteur de l’ordre de 0,0007 microTesla. Pour les compteurs de type G3, la figure 16 indique un niveau maximum mesuré à 20 cm de l’ordre de 0,007 microTesla, soit dix fois plus que le précédent.
Cette valeur mesurée est à comparer avec la norme (à 6,25 microTesla)… La valeur mesurée est ainsi 892 fois plus petite que la norme.
La figure 20 conclut ce rapport en comparant les émissions e.m. de différents biens de consommation en comparaison avec la norme.

L’ANSES, enfin (dans un rapport d’expertise déjà cité) produit des résultats dont les ordres de grandeurs sont globalement cohérents avec les résultats précédents.
https://www.anses.fr/fr/system/files/AP2015SA0210Ra.pdf
Ainsi la figure 2 par exemple, qui indique des valeurs de champ magnétique obtenues lors des différentes campagnes de mesures recensée.

Même s’il est nécessaire de toujours répondre à toutes les interrogations des usagers, en continuant à effectuer des mesures dans différents contextes pour rassurer et pour éviter le développement éventuel de « troubles psychosomatiques », les données scientifiques sont suffisantes pour considérer qu’au « principe de précaution » doit maintenant se substituer un principe de réalité.
J’évoque rapidement la question de ces troubles éventuels en les traitant de « psychosomatiques » non pas pour minimiser leur réalité mais pour rappeler le rôle majeur du psychologique. A ce titre, je rappelle l’histoire bien connue des antennes-relai installées à Saint-Cloud
https://www.generation-nt.com/orange-antenne-relais-saint-cloud-radiofrequences-sante-mobile-actualite-269721.html
qui avaient provoqué d’importants troubles chez les riverains, alors qu’elles n’étaient pas encore en service.

Il faut encore noter que certains groupes se sont constitués en « référents » sur la question des rayonnements électromagnétiques, comme le CRIIREM, souvent cité. Je renvoie par exemple au site des « moutons enragés »
http://lesmoutonsenrages.fr/2015/05/22/linky-bulletin-n-18-du-criirem-sur-les-ondes-electromagnetiques/
qui rapporte des « Informations pertinentes » relevées sur le site du CRIIREM :
<<… Les émissions des moniteurs radio et des concentrateurs ne sont pas continues. La transmission des données se fait par des impulsions dont la durée totale reste variable selon le gestionnaire, de l’ordre de quelques secondes, voire quelques minutes par jour….>>
Cette « information pertinente » est passée inaperçue chez les détracteurs du LINKY… Il faut pourtant considérer que les normes concernant les effets à long terme sur l’organisme supposent des expositions permanentes (en réalité une durée d’environ 7 h/jour).
Ce qui n’empêche pas la « Résolution Européenne 1815 (2011) Version finale » de promouvoir, à juste titre, un abaissement des normes et l’application du « principe «ALARA» (as low as reasonably achievable), à la fois pour ce qui est des effets thermiques et des effets athermiques ou biologiques des émissions ou rayonnements électromagnétiques…
Mais concernant LINKY, on est très très largement en dessous de toutes les normes qui, de surcroit, supposent une exposition permanente alors que le LINKY n'émet que quelques minutes par jour.

Un dernier élément (parce qu’il faut bien s’arrêter !!!) : Next-Up-Organisation avait annoncé en 2015 une grande enquête nationale, qui devait apporter des preuves sanitaires fatales contre le développement du LINKY
http://www.next-up.org/linky/
On attend toujours les résultats de cette enquête qu’on ne manquera pas d’étudier si elle est un jour publiée.

Un mot encore pour conclure le volet sanitaire : l’exposition aux rayonnements électromagnétiques est une réalité qu’il faut prendre au sérieux, en garantissant l’impartialité des mesures et en appliquant le principe ALARA déjà évoqué, mais en s’interdisant les raccourcis « link-hystériques » qui discréditent leurs auteurs.
http://stopmensonges.com/compteur-linky-la-mort-a-domicile/
« Compteur Linky – La mort à domicile »
<<… le compteur Linky, de par sa toxicité vibratoire va achever le grand cycle d’abrutissement et de destruction de l’humanité ultra-sensible d’abord -comme ces enfants qui deviennent autistes- puis des autres ensuite. >>

 

- Concernant Big Brother et les Big-Data

Après « la mort à domicile », voici revenu le temps de « LINKYSITION (7 septembre 2016) »
http://www.robindesbois.org/linkysition/  Deux types d’argument y sont évoqués:

- La porte ouverte à l’éco-terrorisme
<<… les Linky sont vulnérables au cyber-terrorisme et sont capables s’ils sont habilement téléguidés d’immerger des quartiers, des villes ou des régions avec tous leurs établissements sensibles dans un black-out général. Les pannes générales d’électricité viennent jusqu’alors d’aléas climatiques, d’erreurs de répartition de l’électricité disponible, de sabotages ou de courts circuits à l’amont de la chaîne de distribution. Avec les Linky elles viendront aussi de l’aval et des compteurs des abonnés….>>
Il ne faudrait pas que l’angoisse provoquée par le terrorisme nous fasse perdre raison… Il faudrait préciser ce que l’on entend par « des compteurs LINKY habilement téléguidés qui immergeraient les quartiers »…
Alors qu’au Canada, sont déjà installés plus de 3,8 millions d’appareils depuis 2013, on n’a rien vu de tel.
On a vu par contre de nombreuses cyber-attaques, partout dans le monde, contre les bases de données de banques ou autres établissements sensibles. Et ce pour au moins deux bonnes raisons :
- il est plus efficace d’attaquer directement les noeuds d’un réseau plutôt que les ramifications terminales
- les informations véhiculées par les compteurs LINKY n’ont pas un caractère sensible et n’ont de valeur qu’à la marge, pour quelques entreprises qui tenteront de se procurer un avantage compétitif, commercial ou industriel….

- L’intrusion assurée
<<… grâce aux données de consommation quotidiennes, horaires, en temps réel d’électricité, votre profil comportemental sera défini et mis à jour et déclenchera un flux commercial et continu de conseils avisés et d’offres alléchantes permettant à tous et à chacun du berceau à la tombe de mieux gaspiller l’électricité et à l’heure prescrite s’il vous plaît…>>
En vérité, faire référence à l’Inquisition à ce propos est juste une injure faite aux victimes de l’Inquisition. Que LINKY vienne espionner mon intimité jusque dans ma chambre à coucher est un pur fantasme… Et que je me lève à 5h du matin, que j’ouvre mon frigo pour boire un coup avant de me recoucher n’a aucune chance de vous intéresser, ni vous ni personne d’autre… à supposer que LINKY soit capable d’établir de moi un tel portait.
Que ce compteur soit capable d’indiquer des variations de consommation est incontestable, mais que l’analyse de ces variations s’apparente à une « surveillance généralisée de mon mode de vie » semble pour le moins improbable.
Il est infiniment plus efficace d’analyser les flux provenant de mon ordinateur, les commandes que je passe en ligne, les mails que j’envoie, les sites sur lesquels j’apparais, les pages Facebook, le site de LFI qui donne mes coordonnées, les manifestations auxquelles je participe, les communications que je passe depuis mon téléphone…
Il est vrai qu’il y a un véritable risque d’intrusion dans la vie privée, qui n’est pas un fantasme car, depuis pas mal de temps, le « web dynamique » permet effectivement de présélectionner certaines infos qui vous parviennent en fonction de votre profil..
C’est donc une réalité contre laquelle il faut assurer des protections institutionnelles. Voilà la leçon qu’il faut en tirer, et qui concerne tous les objets connectés.
Mais je n’imagine pas un instant de vivre dans un monde dé-connecté, je n’imagine pas un instant d’aller manifester cagoulé… L’inter-connection des citoyens fait société, sous réserve de maîtriser les données et les codes de communication. L’essentiel me semble bien résider dans cette maîtrise qu’il faut garantir à tous les citoyens pour qu’ils restent citoyens libres de leurs choix.
Concernant LINKY, la CNIL a été saisie et consultée sur la conformité à la loi Informatique et Libertés, d’un enregistrement dans le compteur de la courbe de charge des abonnés.
<< A la veille du déploiement des compteurs LINKY, la CNIL considère acceptable et suffisamment protectrice une conservation limitée de la courbe de charge à l’intérieur du compteur, sans remontée vers le gestionnaire. >>
https://www.cnil.fr/fr/compteurs-communicants-linky-la-position-de-la-cnil-sur-le-stockage-local-de-la-courbe-de-charge-0
Voir aussi la « Délibération n° 2012-404 du 15 novembre 2012 portant recommandation relative aux traitements des données de consommation détaillées collectées par les compteurs communicants »
https://www.legifrance.gouv.fr/affichCnil.do?oldAction=rechExpCnil&id=CNILTEXT000026958542&fastReqId=287627783&fastPos=1
Reste à veiller à ce que les engagements soient strictement respectés par le gestionnaire du réseau.

 

Ce que révèlent ces prises de positions.

On doit tirer leçon de ce « Linky-populisme » : une forme d’individualisme qui envahit nos représentations, jusqu’à en oublier parfois que nous vivons en société, que nous avons des droits et une liberté qui sont garantis par le respect de règles qui parfois nous contraignent. On ne peut pas revendiquer le droit à bénéficier de l’usage de l’électricité sans accepter les limitations inhérentes à la gestion du réseau électrique, sachant que les pics de consommation correspondent rarement aux pics de production.
Une façon intelligente de gérer l’adéquation offre-demande est le recours à des compteurs communicants qui, par contrat avec les usagers, autoriseront des coupures momentanées sélectives (mon lave-linge ne se mettra en route que s’il y a assez d’énergie disponible sur le réseau). C’est une vraie contrainte à laquelle il faut se préparer, qui est infiniment préférable à un effondrement du réseau, effondrement qui priverait de courant tout un secteur, indistinctement et indépendamment des urgences.
Cet argument, de simple bon sens, a été largement développé par l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie)
http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/avis-ademe-linky-201507.pdf

Comment se fait-il alors que cet argument ait été si peu entendu de la part d’EDF ?
EDF a préféré développer des arguments économiques individualistes auxquels personne n’a cru (vous consommerez moins grâce au LINKY), plutôt que d’utiliser un argument de fond qui justifie le développement de ce compteur : l’argument de la gestion d’un service public, dans un contexte de transition énergétique qui implique un recours de plus en plus important aux énergies renouvelables, avec des sources multiples délocalisées et intermittentes.
Mais EDF est empêtrée dans une stratégie contradictoire : elle prétend développer le renouvelable tout en dépensant des fortunes, à perte, pour tenir à bout de souffle des centrales nucléaires en fin de vie tout en engouffrant des sommes colossales dans un EPR qui ne marchera jamais… (ce que j’ai déjà exprimé dans un billet précédent).
Voilà à mon avis le point où il faut reprendre les interrogations sur LINKY.

 

On pourrait conclure : LINKY, pourquoi pas…

… à condition d’assurer à la collectivité les garanties qu'elle est en droit d’exiger et de mettre réellement en oeuvre le projet commun de transition énergétique qui en est la justification.

Car dans les prises de positions des détracteurs de LINKY, on remarque une forte présence d’arguments touchant la personne, sous l’angle sanitaire, sous l’angle d’une protection de la vie privée, d’un droit personnel à pouvoir choisir LINKY ou pas… Mais jamais une allusion à l’intérêt commun, qui peut pourtant justifier le développement de ces compteurs.

 


ANNEXE 1 : réponses à quelques autres critiques.

- Il faut tout d’abord d’être clair sur la méthode : on ne peut absolument pas accepter les méthodes de voyous qui ont parfois prévalu, imposées par des sous-traitants à leurs employés pour installer de force ces compteurs chez des gens qui n’en voulaient pas. Il faut accepter de se donner le temps de la persuasion.

- Concernant la question des conflits d’intérêt, la déclaration des activités connexes à toutes les fonctions politiques et leur rémunération est obligatoire (et accessible sur un site accessible au public). Il suffit d’aller vérifier !

- La mise au rebut des anciens compteurs ne peut se justifier que si c’est effectivement un investissement nécessaire pour préparer l’avenir. Il s’agit donc de vérifier quels sont les objectifs qui peuvent justifier un tel investissement.
C’est un point crucial et on y reviendra.

- Certains pays (comme l’Allemagne) ont limité fortement le développement du LINKY et il faut comprendre pourquoi… De l’avis de tous les observateurs du secteur, l’Allemagne a un gros déficit au niveau du dimensionnement de son réseau électrique, accentué par le développement de l’électricité éolienne (en mer du nord) alors que de gros consommateurs industriels sont installés au sud. Le LINKY n’est évidemment pas leur urgence : avant de parler de régulation d’un réseau, il faut d'abord avoir un réseau qui assure… ce qui n’est pas tout à fait leur cas.

- L’obsolescence programmée de ce nouveau compteur est un argument sérieux, auquel les concepteurs du compteur devraient pouvoir répondre si on leur pose la question : comment est prévue l’évolution des fonctionnalités de ce compteur (on jette tout, ou on ajoute de nouveaux éléments fonctionnels ?)

- Cet investissement profite évidemment aux entreprises sous-traitantes (comme toutes les activités de toutes les entreprises capitalistes…). Mais cette évidence débouche sur quelle stratégie générale ? Est-ce qu’il s’agit de tout arrêter ? En attendant, on pourrait utilement exiger un contrôle des contrats de partenariats qui ont été établis et un contrôle des profits
Ce faisant cette activité productrice sera créatrice d’emplois nouveaux qui devraient largement compenser la perte des emplois de contrôleurs (qui ne date pas du LINKY puisque la stratégie consistant à effectuer un relevé annuel unique est déjà ancienne).

- Différentes entreprises sous-traitantes ont répondu au cahier des charges de réalisation des compteurs LINKY. Il ne serait pas étonnant que certaines réalisations soient défaillantes, comme dans toute production industrielle. Le cas de la production automobile est significatif, où tous les constructeurs sont amenés un jour ou l’autre à faire des rappels sur des dysfonctionnements avérés.
Ce qui nécessite donc l’instauration de procédures de contrôle, dans le cas du LINKY comme dans le cas de la pollution automobile par exemple…


 ANNEXE 2 : quelques références rajoutées après coup...

-- L'électrohypersensibilité est souvent invoquée à propos du compteur Linky (par ses détracteurs) ... mais pas qu'à son seul propos. Un article scientifique intéressant (de Jean-Paul Krivine) fait le point sur le sujet :  http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2543

sous le titre : << Électrohypersensibilité - Désinformation et emballement médiatique autour d’une décision de justice >>

 

-- Autre "information" intéressante : la caméra espion du compteur Linky, que l'on retrouve très sérieusement évoquée sur plusieurs sites internet... par exemple : http://www.gamaniak.com/video-12844-compteur-linky-camera-espion.html

La source en est le site  "scienceinfo" dans l'article : << Méfiez-vous du compteur Linky : il dissimule une caméra espion.>>  http://www.scienceinfo.fr/le-compteur-electrique-linky-dissimule-une-camera-espion/

Ce site spécialisé dans le canular scientifique avait sorti, il y a quelques temps, un autre canular extrêmement intéressant: << Un physicien disparaît dans un mini trou noir engendré par l’accélérateur de particules du CERN >>  http://www.scienceinfo.fr/physicien-disparait-trou-noir-cern-accelerateur-particules/  qui se concluait ainsi :

<<…En attendant la décision des autorités de surveillance nucléaire, les physiciens du CERN font tout leur possible pour tenter de rester en communication avec le malheureux voyageur. Et tout ne semble pas perdu. Les scientifiques déclenchent chaque jour de nouveaux mini trous noirs pour tenter de garder le lien avec le physicien. Des petits ballotins contenant nourriture, eau et lampe torche sont régulièrement jetés dans chaque mini trou noir furtif semblable à celui qui a emporté Jean-Paul LAMBORT, le malheureux disparu. >>

 

-- Et la méthode scientifique dans tout ça, humble et besogneuse... hypothèses, modélisations, expérimentations, vérifications... ?  Par quelle "inclinaison" à croire n'importe quel "lanceur de fausse alerte" en vient-on à cette confusion mentale entre un fait avéré et un canular ?  Nous sommes entrés dans l'ère du buzz médiatique et de la post-vérité-scientifique !!!


 

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