Les insoumis se fritent ... La France insoumise s’enfonce dans la crise …

La situation est compliquée parce que de nombreuses questions sont entremêlées… et finalement assez subjectives. Quelques remarques donc à titre personnel, suivies de quelques références d’actualité.

Sur tout un tas de sujets (démocratie interne dans LFI, structuration, stratégie, orientations sur tel ou tel sujet) chacun peut tenter de transmettre, au niveau national, les propositions de son GA (Groupe d’Action)…
Mais cette démarche (locale) me semblerait illusoire si elle ne s’inscrivait pas dans un cadre national.
Car on ne peut pas ignorer les prises de positions d’insoumis.es,  publiques ou privées, qui ont été largement relayées ces jours-ci par la presse, mettant en cause la stratégie et certaines options prises par LFI.
Voilà pourquoi il ne me semble pas inutile de préciser les options.

 

=1=  Dans LFI, un grand débat sur la stratégie et le choix entre différentes options :

-1a- L’option populiste
- fait référence au « peuple » (nous) qui se constitue dans son mouvement de lutte contre sa servitude, et contre une oligarchie (eux) qui cumule tous les pouvoirs,
- fait référence à un programme qui définit une autre politique, avec une ouverture vers les citoyens, vers les mouvements de protestation, les luttes …etc…
Actuellement par exemple : le mouvement des femmes de ménages (qui dure depuis plusieurs mois) largement appuyé par les insoumis, mais aussi bien d’autres mouvements auparavant : les MacDo, l’habitat insalubre, les infirmières, les services publics, BURE, la condition animale, l’agriculture paysanne, les mouvements d’aides aux migrants …etc…etc…
- prend ses distances par rapport à une analyse en termes de droite-gauche, la signification du terme de « gauche » ayant été largement usurpée par un Parti Socialiste adhérant au néo-libéralisme,
- revendique une ouverture vers les citoyens mais refuse l’ouverture et la négociation avec les partis politiques en tant que tel.

-1b- Une option moins « stricte » quant au refus de négocier avec les partis, qui revendique au contraire de discuter avec des représentants de divers partis « de gauche » (PS, écolo, Génération.S …), qui envisagerait même des listes communes.

-1c- Ce débat n'est pas nouveau, bien que d’actualité : il est l’objet de controverses dans LFI depuis longtemps.
Lors des législatives déjà, on a vu s’exprimer des oppositions (à la ligne populiste) via des tentatives de rapprochement de quelques groupes LFI avec certains partis politiques (le PC en particulier).
Ces tentatives de rapprochement ont été revendiquées par leurs auteurs : au nom de la démocratie, de l’autonomie de chacun par rapport au national, de l’horizontalité, du refus de la verticalité …etc…

-1d- La ligne stratégique de LFI a été définie et concrétisée par une consigne assez stricte : signature d’une charte par les candidats LFI, refus d’arrangements locaux qui viendraient en contradiction avec l’orientation nationale et brouilleraient ainsi le message commun.
Ces tentatives de rapprochement ont été combattues au nom d’une fidélité au programme et à la stratégie de LFI, fidélité justifiée par les 7 millions d’électeurs de JLM lors de la présidentielle.
Avec aussi et toujours un argument de « clarté politique » : LFI est ouverte à un rassemblement dans la clarté, sur un programme, et pas pour conclure des petits arrangements conjoncturels entre partis politiques.

 

=2= Comment comprendre les choix stratégiques de LFI...

... le fait qu’ils n’ont jamais été discutés (ni au niveau local des GA, ni au niveau national), qu’ils ont été simplement « validés » par des conventions nationales ?

-2a- On peut y voir un lien avec la « théorie populiste » : le peuple « se constitue » dans le mouvement de sa libération… il y a donc une forme d'incertitude quant à l’issue qui en résultera.
A voir par exemple l’issue des élections Européennes, après un mouvement populaire (de Gilets Jaunes) d’une ampleur inégalée, sur des revendications qui pouvaient sembler assez bien traduites dans le programme de LFI… Mais la théorie populiste appliquée ici en France ne semble pas prendre n compte une spécificité culturelle et politique de la France, pays où le clivage gauche-droite a encore du sens pour beaucoup de nos concitoyens, et où nombre d'entre eux ont une pensée structurée avec, en particulier, une adhésion forte au discours démagogique de l'extrême droite, qu'elle se nomme FN ou RN.
La « verticalité » est donc une façon de sauvegarder la pérennité du programme et de la stratégie, garantie d’une stabilité politique et programmatique.

-2b- Ainsi, l’absence de structure démocratique de décision et de représentation dans LFI n’est ni un hasard ni une simple lacune : c’est une condition constitutive du mouvement populiste (comme l’avait d’ailleurs clairement expliqué JLM.).
Cette théorisation du populisme cherche à éviter un écueil classique des partis politiques : le déchirement destructeur entre tendances divergentes.

-2c- Problème : les déchirements destructeurs n’épargnent pas LFI, et ils se propagent sur la place publique pour la plus grande satisfaction de ses opposants.
Ils sont d’autant plus violent en l’absence de débat partagé : les interprétations d’événements politiques (internes et externes à LFI) restant au niveau de la subjectivité de chacun, l’impossibilité d’échange et de partage favorise leur exaspération. Dans certains cas, les désaccords ne sont exprimés qu’en interne, mais dans quelques autres ils ont défrayé les chroniques.

 

=3= Sortir de la double contrainte.

Dans le contexte actuel, où chaque proposition se heurterait à des critiques et à des oppositions (justifiées ou pas), il me semblerait contre-productif de mettre en débat de nouvelles orientations stratégiques, sans avoir auparavant obtenu un consensus explicite sur la façon d’organiser ces débats, et sur la méthode d’expression démocratique et de prise de décision. Voilà me semble t’il la première tâche.
Comment ?

-3a- Se poser, en premier, "les questions de base" : de la représentation dans LFI, des modalités de prise de décisions, d’un engagement à respecter les décisions prises.
Principes :
— L’orientation de LFI doit résulter de l’expression des membres du mouvement.
Chaque question appelant à une décision doit être nécessairement précédée par des présentations et des débats ou des motions ou des amendements contradictoires dans LFI.
— Les modalités de prise de décision pourront faire appel à l’expression directe des membres des GA, de façon organisée (via internet mais pas que), dont les résultats seront rassemblés au niveau national.
Mais aussi avec une procédure de représentation à l’intérieur des GA, ou de regroupements de GA, au niveau départemental ou national selon la nature des questions et des enjeux.
— Les votants devront s’engager au respect des procédures et des résultats de ces procédures de décision.

-3b- Utiliser les procédures d’expression interne prévues et organisées par LFI
Même si ces procédures ne sont pas spécifiquement dédiées à cet objet, on doit pouvoir y exprimer la nécessité d’un vrai débat sur la démocratie, la structuration et la prise de décision dans LFI…

On pourrait repartir des « Synthèses des contributions de la Convention 2018 »
https://lafranceinsoumise.fr/2019/06/07/syntheses-des-contributions-de-la-convention-2018/
Je citerai par exemple :
— La 1° proposition
« Réunir une deuxième assemblée représentative à l’issue des européennes pour faire le bilan de la séquence électorale et préparer celle de 2020. »
…Cette assemblée est jugée importante pour casser l’image de verticalité du mouvement…
…Beaucoup demandent à pouvoir participer plus facilement aux décisions sur internet…
— La 2° proposition
« Mettre en place à l’issue des européennes une structure de coordination nationale réunissant des représentant·e·s des groupes parlementaires et espaces de la France insoumise. »
Et on pourrait y ajouter d’autres propositions de structuration

Il y a aussi une « Nouvelle phase de contributions sur le texte programmatique pour les municipales »
https://lafranceinsoumise.fr/2019/05/30/contributions-texte-programmatique-municipales/
avec un texte programmatique dans lequel on peut piocher des idées et d’autres contributions…
Sous cette forme, on touche là, à mon avis, aux limites de l’expression directe compte tenu du très grand nombre de contributions, dont la synthèse paraît très difficile à réaliser.
De fait, il faudrait soumettre les propositions à une procédure de vote, en ne retenant que les propositions recueillant le plus d’avis favorables. Une telle démarche favoriserait le regroupement de propositions assez semblables et limiterait leur nombre.

 

=4= Quelle philosophie pour LFI ?

Ça peut être intéressant d’en débattre entre nous, même si l’Avenir en Commun trace déjà des grandes lignes.
Le fondement du programme de l’AEC consiste à dire qu’il y a un intérêt général humain car il n’y a qu’une seule planète et un seul écosystème compatible avec la vie.
D’où la nécessité d’un autre mode de vie, de production et de consommation… LFI l’a très largement argumenté.
Trop ou trop peu ? affaire d’opinion.
On peut regretter que les différents débats publics n’aient pas assez mis en avant l’hypothèse de l’effondrement, de la collapsologie, comme on dit.
Le problème est justement qu’à l’instant « t », il n’y a pas de solution politique à cette hypothèse. Et qu’il est difficile de rendre « désirables » un discours et un projet politiques mettant la fin du monde au premier plan.
La sauvegarde de l’écosystème et de la biodiversité me semble pour l’heure, une formulation minimale…

Car il me semble que les propositions que l’on peut faire n’ont de sens (et d’intérêt) que dans le cadre d’un programme politique cohérent.
Il ne sert à rien de faire un parti Vegan, un parti Animaliste, un groupe de Colibris… si l’on n'a pas compris les causes de tous nos malheurs qui, elles, ont une vraie cohérence globale.
Et on ne peut pas faire l’économie de s’attaquer à cette cohérence.

Bien sûr qu’on a besoin de tous ces mouvements locaux… qui peuvent contribuer à une prise de conscience des problèmes. Mais à la condition de ne pas évacuer le niveau global et la nécessité d’une planification politique globale.

Je me rappelle par exemple être intervenu, devant le TGI d’AIX, dans une discussion entre des individus qui ressemblaient à des « félibres » par leurs propos, et qui détestaient LFI et Mélenchon…
C’était une manifestation à l’occasion d’un jugement de personnes qui avaient porté secours à des migrants dans la vallée de La ROYA.
Bien évidemment que si JLM avait été élu, ce problème là ne se serait pas posé. C’est ce que j’avais tenté de leur expliquer… Pour quel résultat ?
On a comme ça des tas d’exemples, où LFI s’est engagée au max. auprès de gens, dans leurs combats, sans que ceux-ci ne fassent le lien entre leur combat et la politique défendue par LFI.
C’est vrai pour une bonne parti des écologistes qui ont voté EELV.
Mais pas toujours…
Il est donc nécessaire de se rapprocher des luttes locales, oui bien sûr, mais en faisant en sorte que notre soutien soit compris en tant qu’engagement politique, dans le cadre du programme de LFI.

Certains le feront avec une autre option, sans référence politique…
Mais alors, il ne faudra pas s’étonner que des gens se fassent gruger par des « choix politiques » qui ne peuvent pas se réaliser par manque de cohérence et qui vont finalement à l’encontre de leur engagement.
On peut par exemple expliquer aux gens le cas de Hulot et maintenant de Jadot… dont on verra rapidement les limites.
Et finalement, ceux qui auront été déçus par leur vote finiront par dire : « tous pareils » !!!
Donc à mon avis, se rapprocher de militants engagés pour faire une liste citoyenne serait une option à creuser, mais à condition d’être clairs sur la cohérence du programme et sa compatibilité avec l’AEC.
Par contre, se rapprocher de partis, en tant que tels (PC, PS, EELV, Génération.S), pour moi c’est NON, parce que ce serait 5 ans de plus de perdus.

Les erreurs stratégiques qu’on fait se payent toujours cher.

 


Dernière minute :

Ce billet apparaîtra quelque peu "hors sol" après l'annonce de la démission de Charlotte Girard

https://www.facebook.com/AvecCharlotteGirard/posts/1096052570592850?__tn__=-R

Je ne vois qu'une seule solution pour nous permettre de nous relever : que l'ensemble de nos élu.e.s aux Parlements Français et Européens  fasse une déclaration commune, lors d'une conférence de presse, pour annoncer qu'ils ont réellement compris les messages successifs, envoyés par les militants de LFI... et par nos abstentionnistes.

Et sans attendre la convention, qu'ils annoncent dans les trois jours une consultation des militants pour connaître l'étendue du sinistre et leurs propositions pour s'en sortir.

 


Références :

http://www.regards.fr/politique/article/clementine-autain-et-elsa-faucillon-lancent-le-fil-des-communs
29 janv. 2019 - Voilà le triptyque du "Fil des communs", une initiative commune des députées insoumise et communiste Clémentine Autain et Elsa Faucillon ...

https://www.liberation.fr/france/2019/06/06/lfi-les-insoumis-se-fritent-sur-toutes-les-lignes_1732227
LFI : les insoumis se fritent sur toutes les lignes
<<…Les insoumis se retrouvent pour une assemblée représentative, à Paris, afin de faire le «bilan» d’étape du mouvement et rédiger le texte «stratégique et programmatique» pour les municipales de l’an prochain. La semaine suivante, toujours à Paris, c’est Clémentine Autain qui organise une après-midi à Paris, avec plusieurs figures politiques non-insoumises un «big-bang» de la gauche…>>

https://www.mediapart.fr/journal/france/070619/apres-les-europeennes-la-france-insoumise-s-enfonce-dans-la-crise
Après les européennes, La France insoumise s’enfonce dans la crise
<<… La note alerte sur « l’affaiblissement du réseau militant », « les départs de plusieurs responsables », et stigmatise le « mode de fonctionnement de notre mouvement » : c’est l’une des causes de l’échec aux européennes, selon les signataires, qui jugent qu’« une sérieuse analyse interne est indispensable ». Elle dénonce encore la captation « par un petit groupe de personnes » des décisions stratégiques. Elle s’interroge enfin sur « l’attitude et la stratégie des dirigeants », sans nommer Jean-Luc Mélenchon…>>
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https://www.colibris-lemouvement.org/mouvement/fondateurs-et-fondatrices
<<…En février 2006, Pierre Rabhi décide de concrétiser la mobilisation citoyenne qui a soutenu sa candidature aux élections présidentielles de 2002 en initiant un mouvement citoyen dont le but est de soutenir, inspirer et relier les citoyens et les citoyennes engagés dans des alternatives concrètes pour dessiner une société capable de répondre aux urgences écologiques et humaines de notre époque…>>

https://reporterre.net/Pierre-Rabhi-lance-la-revolution
Le Mahatma des Colibris, c’est Pierre Rabhi, et c’est lui qui exprime le mieux cette pensée : « La crise, nous la cherchons partout, alors que nous l’avons en nous-mêmes. Tous les jours, à travers nos choix de consommation, nous déterminons un modèle de société. C’est à nous de changer le paradigme dominant ».
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https://www.politis.fr/articles/2019/06/le-mouvement-pour-realiser-la-revolution-citoyenne-40510/?fbclid=IwAR18ZicRVn26DyYXP0BFqdvPtgteVqYiCpicFTNv3ZJaHZMbFaPiBY6ujok
Le mouvement, pour réaliser la révolution citoyenne
<< Il procède d’une tendance lourde, celle de la dévalorisation de la parole politique, et par voie de conséquence, de la démonétisation des partis politiques. >>


 

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