On m’a volé ma bicyclette !

Remerciements à nos députés insoumis... assortis de quelques réflexions.

J’avoue avoir été très agacé, hier matin, en découvrant au sortir d’une réunion, qu’on m’avait volé ma bicyclette. Une réunion avec quelques comparses bénévoles, pour travailler sur un sujet d’intérêt général, alors qu’une bande organisée sévit (une bande apparemment bien de chez nous, pas des Immigrés, pas des Arabes…), qui vole des bicyclettes, sur une avenue « protégée » par des caméras payées sur deniers publics… qui ne servent à rien parce qu’elles sont HS.

Puis je me suis dit que, finalement, mon problème local et personnel était très mineur, eu égard au vol majeur d’une bande organisée bien plus dangereuse qui sévit au Gouvernement

Dernier exemple en date avec le projet de privatisation des centrales hydrauliques.

Infiniment plus grave que mon petit problème de bicyclette, car il s’agit là d’un processus général, irréversible, d’une extrême gravité :  bien plus qu’une « simple » spoliation du bien commun, qu’un « simple » vol (bien que ça en soit un, énorme), c’est un choix politique irresponsable qui compromet irrémédiablement la nécessaire transition énergétique dans la mesure où, précisément, les barrages constituent l’indispensable réserve d’énergie pour réguler le réseau électrique. Ce qui est donc totalement antinomique avec des barrages livrés au privé qui profitera des situations d’urgence  pour maximiser ses profits.
Je ne vais pas reprendre ici des arguments qui ont été parfaitement exprimés dans un excellent billet de blog :
« Privatisation des barrages français: un acte de haute trahison »
J’en viens à cette réflexion sur les barrages hydrauliques parce que c’est un sujet d’actualité dont l’extrême gravité est à mon avis largement occultée par nos compatriotes et qui pose avec acuité la question de la pertinence des choix politiques.

De l’élaboration d’un argumentaire…

Reprenons, à ce propos, le fil de la votation « pour la sortie du nucléaire et pour le développement des énergies renouvelables ».
Dans l’argumentaire de La France Insoumise pour cette votation, pas un mot sur cette question, pas plus que sur la question générale du stockage d’énergie, pourtant massivement nécessaire si l’on veut assurer une transition énergétique.
Qui plus est, dans cet argumentaire de LFI, des erreurs grossières… comme la valeur du champ magnétique produit par des panneaux solaires (qui serait de quelques Tesla, alors que l’ordre de grandeur est en réalité le MicroTesla, un million de fois moins),  valeur erronée suggérant ainsi la possibilité d’un risque sanitaire associé aux panneaux solaires…
Certes, cette boulette a été corrigée, tardivement , dans la version actuellement sur le site lafranceinsoumise .
Mais après que de nombreuses personnes aient été induites en erreur.

Prenons un autre exemple : autre « argument », déjà entendu en 2017 lors d’un « amphi » de la Fi, qui concerne cette fois le risque induit pas le champ magnétique produit par les compteurs Linky.
Argument malheureusement repris très récemment par un député de LFI (par ailleurs tout à fait estimable), s’adressant à Enedis pour refuser l’installation d’un compteur Linky dans sa permanence, en ces termes : « Ce refus est également justifié par les risques qu’engendre ce nouveau type de compteur. Il suscite des préoccupations du point de vue sanitaire car il engendre des ondes électro-magnétiques auxquelles certaines personnes sont particulièrement sensibles ».
Espérons que ces « personnes sensibles » n’ont pas chez elles un four micro-onde, une table de cuisson, ou un frigo… qui tous produisent un champ magnétique très largement supérieur à celui engendré par le compteur Linky.
Je renvois ici à un autre billet  dans lequel je me suis déjà largement exprimé, pour décrier l’attitude démagogique (et quelque peu irresponsable) d’un « Linky-populisme »

De la valeur d’un argumentaire.

Sur ce sujet des ondes électromagnétiques, ont été produites un grand nombre d’études techniques sérieuses, indépendants de EDF et d’Enedis, qu’on n’a pas le droit d’occulter quand on veut traiter du sujet. Je n’en citerai qu’une :
RAPPORT FINAL : CONVENTION RECHERCHE ET DEVELOPPEMENT ANSES - CSTB
dont voici la conclusion générale :
<<… Toutes configurations de mesure  confondues,  à  20  cm  du  câble  le  niveau  maximum  de  champ magnétique  mesuré  en laboratoire est environ 15000  fois  inférieur  à  la  valeur  limite d’exposition …>>
<<…Toutes  configurations  de  mesure in  situ confondues,  le  niveau  maximum  de  champ magnétique mesuré est environ 6000 fois inférieur à la valeur limite d’exposition…>>

J’insiste donc sur ce point qui me parait fondamental : celui de la « valeur de vérité » d’un argument technique ou scientifique.
On sait définir des « critères de vérité », qui permettent de s’assurer de la validité d’une proposition, dans un contexte donné… et ça n’a rien à voir ou ça ne se réduit pas au vote d’une assemblée, fût elle une assemblée d’insoumis de bonne foi et de bonne volonté.
Une assemblée ne sera jamais omnisciente  car un travail d’information est toujours nécessaire, un travail de décryptage, de confrontation d’informations, parfois contradictoires, parfois techniquement compliquée, parfois plus simples....

Pas omniscients… et pas tous équivalents.

Des groupes techniques (association Negawatt, agence Ademe) ont contribué au débat par des études très fines permettant d’avancer sur la question de la transition énergétique.
Lorsqu’il est partagé, ce travail permet d’élever le niveau de compétence et de pertinence du groupe qui le partage. C’est par exemple ce qui fut le cas dans un parti et dans une commission de spécialité que je connais bien… lorsque ce travail fut organisé, structuré, partagé, soumis à débats… Et dans ces conditions, pour chacun, la représentation des problèmes et des solutions a grandement progressé en qualité
J’ai par contre souvenir d’une époque (pourtant pas si lointaine) où circulaient communément des discours sur la prétendue hécatombe d’oiseaux provoquée par les éoliennes terrestres ou le danger irrémédiable pour les poissons représenté par les vibrations des socles des éoliennes offshore (sans revenir sur le cas, plus récent, du champ magnétique des panneaux solaires !).
Entre temps des études ont été réalisées et des expériences réelles ont pu contredire certaines affirmations sûres d’elles (qui auraient dû n’être considérées que comme des hypothèses). Et les résultats de ces études ont permis de moduler les opinions…
Par contre, lorsque ce travail n’est pas effectué, sur quelque sujet que ce soit, on aboutit à des contre-vérités, qu’elles soient sûres d’elles ou dubitatives, à des « arguments » a-scientifiques alors qu’un travail (scientifique ou technique) devait être le préalable à tout débat et à toute proposition.

Une question de méthode, donc…

Très longue introduction à la question qui motive ce billet : quelle méthode pour choisir les meilleurs candidats à une élection ?
Avant de prétendre résoudre un problème, il faut prendre le temps de bien le formuler…
J’ai tenté d’introduire, sur quelques exemples critiques et sans intention de nuire, la nécessité d’une construction structurée : identifions les problèmes qui se posent et se poseront aux députés, analysons l’adéquation entre les députés choisis et les citoyens et, pour finir, définissons la méthode semblant la plus adaptée pour réussir à composer « la meilleure liste » selon cet objectif.
Nous avons à mener, au niveau Européen, un combat culturel (changer les bases de la société) qui devra s’appuyer sur de solides arguments, pour convaincre ceux qui seraient sensibles à l’humanisme de nos propos… mais pensent que ce n’est pas possible. Une solide argumentation est nécessaire même si la rationalité ne fait pas tout !
L’exemple de la campagne pour la sortie du nucléaire est à mon avis instructif : de nombreuses personnes pensent qu’il faudrait en sortir, mais beaucoup pensent aussi que les Energies Renouvelables n’y suffiront pas. Il y a donc une absolue nécessité de démontrer avec des arguments rationnels que c’est possible. Complexe, mais possible.
Pour mener ce travail de conviction, on a bien vu qu’il fallait être capable de dérouler un argumentaire, en toute situation, ce qui implique d’avoir une représentation assez savante et structurée de l’ensemble des problèmes corrélés à la question de la transition… Ce n’est pas simple et ça prend du temps car il faut "intégrer" un grand nombre d'informations. On pourra par exemple se reporter à cette adresse.

Un autre exemple que tout le monde a en tête : la séance de chiffrage du programme économique de La France Insoumise qui avait rassemblé sur un plateau des intervenants capables de défendre, dans le détail, la cohérence et la crédibilité de nos propositions. Et les sept millions de voix à l'élection présidentielle en témoignent pour une part.
Pour le dire autrement, nous avons besoin de députés capables de tenir le choc et  capables d’argumenter sur des sujets complexes : la transition énergétique, l'éco-socialisme, le droit international, l’économie, etc...

Je ne peux pas me résoudre à accepter que des candidat.e.s ayant fait preuve de leurs convictions, de leurs compétences et de leur faculté de projection et d’innovation n’aient pas été placés dans les toutes premières place du classement. Conclusion : à ce jour, sur la liste définitive, on peut constater de gros manques : personne pour défendre l’éco-socialisme, un seul politologue-économiste… C'est énorme !!!
On doit se dire, à cet instant, que ces candidat.e.s là sont « des humains », qui ont aussi une sensibilité et qu'ils ont dû encaisser avec difficulté le coup, de ne pas avoir été retenu(e)s.
Et tout commentaire faisant allusion à un désir de carrière déçu me semble totalement déplacé.

Je suis convaincu qu'une erreur a été commise, qui a consisté à discuter en comité restreint, et à s’entendre en premier sur des critères très généraux de choix, faisant passer en second plan l'adéquation entre les candidats et les besoins impérieux pour gagner la bataille de l’Europe.
Pas question pour moi de valider la méthode : j’ai donc voté contre à la consultation organisée par LFI puisqu’il n’y a pas actuellement d’autre possibilité.
C’est une grande déception et c’est finalement plus grave de perdre des illusions que de perdre une bicyclette !!!

Tout le monde aura compris que mon propos ne fait pas ombrage à nos député.e.s  insoumis.e.s, qui se donnent au maximum et font un travail remarquable. Merci à eux pour leur dévouement.

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