A propos de la consultation de l'ASN sur l'EPR...

L’ASN décide d’informer le public, tant mieux. Mais au point où nous en sommes, l’ASN doit tirer le signal d’alarme car c’est de sa responsabilité et il est encore temps de sortir de cette logique mortifère.

<< L'ASN assure, au nom de l'État, la réglementation et le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection pour protéger le public, les patients, les travailleurs et l'environnement. Elle informe les citoyens. >>… peut-on lire sur la page d’accueil du site de l’ASN.

Et c’est très bien…

Suite aux malfaçons découvertes dans la cuve et le couvercle de l'EPR, l'ASN lance une consultation publique :

https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Reacteur-EPR-de-Flamanville-consultation-du-public

L’ASN apparaît "coincée" dans une déplorable situation de double-contrainte :
- soit transiger avec les normes de sécurité au nom d’un « impératif économique »… et perdre définitivement toute crédibilité.
- soit aller au bout de la logique prudentielle qui est sa raison d’être et interdire la mise en oeuvre de cet EPR, dont la cuve et le couvercle ne satisfont pas aux normes de sécurité établies lors de sa conception,

Mais ce n’est qu’apparence… car une analyse rationnelle des problèmes techniques et économique montre que l’EPR aurait dû être abandonné depuis longtemps : vendre 3 milliards d’€ (à l’électricien finlandais TVO) une centrale dont le coût augmente au cours du temps à mesure que s’allongent les retards techniques de mise en service (on dépasse actuellement les 10 milliards) ne sera jamais la meilleure opération économique que l’on puisse imaginer ! Et Flammanville n’est pas un cas malheureux isolé : on oublie (ou on découvre) qu’aux Etats-Unis aussi, AREVA est en mauvaise posture, que son EPR a déjà englouti 5 milliards de $ et qu’il ne débouchera sans doute sur rien !!!
Il est temps de réaliser que la stratégie française basée sur l’EPR n’a pas d’avenir.
Sur le plan économique, c’est tout le contraire d’une « bonne opération » : un vrai gouffre financier…

Ce point est crucial : car ce n'est un "gouffre financier" que pour celui qui paie, i.e. en dernier ressort le contribuable... Pour celui qui bénéficie des financements, c'est au contraire une montagne de profit : une ressource financière d'autant plus intéressante qu'elle comporte une garantie de pérennité dès lors que le programme est engagé.
Pour éviter la faillite, l’État va re-capitaliser AREVA, en vendant des aéroports, des barrages hydroélectriques, des participations à des entreprises… qui lui rapportaient jusqu’alors… et qui rapporteront désormais à des investisseurs privés.
Voilà donc la logique des politiques libérales conduites par nos gouvernements, qui n’entendent pas les arguments contre le pouvoir de la finance, ne voient pas la réalité : mal-entendants, mal-voyants, mal-comprenants… Cette logique résulte d’une représentation néo-libérale de la société, vision idéologique absurde, contraire à toutes les évidences techniques et économiques, vision destructrice accompagnée d’un déni de démocratie et d’un défaut d’information du public.

L’ASN décide d’informer, tant mieux. Mais au point où nous en sommes, l’ASN doit tirer le signal d’alarme car c’est de sa responsabilité et il est encore temps de sortir de cette logique mortifère.
Au lieu d’engloutir à perte des milliards dans une industrie du passé, dangereuse, même pas viable sur le plan économique, il est temps d’arrêter la gabegie, de tourner la page, d’investir dans la sobriété énergétique et dans le développement de toutes les productions d’énergies renouvelables…
C’est techniquement réaliste, « la ressource naturelle » est là, gratuite, totalement renouvelable : pour fixer les ordres de grandeur, l’énergie totale rayonnée par le Soleil représente environ 400 millions de milliards de réacteurs nucléaires (d'une puissance moyenne de 1000 MW). La Terre n'intercepte qu'un demi milliardième du rayonnement solaire... ce qui représente tout de même 200 millions de réacteurs nucléaires... Dit autrement : la Terre reçoit du Soleil, annuellement, une énergie d'environ 60.000 milliards de Tonnes Equivalent Pétrole, soit 6000 fois la consommation annuelle mondiale d’énergie.

Évidemment, il n'est pas question de pouvoir récupérer toute cette énergie rayonnée... mais il y a de la marge !!!

Il est impératif et urgent d’investir dans la recherche et le développement nécessaires aux filières d'énergies renouvelables : c'est le seul choix politique soutenable.

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