Après la démocratie, d'Emmanuel Todd

Je ne sais pas qui ce matin (Fantie B ? Art Monika ? autre ?) m'a signalé le dernier livre d'Emmanuel Todd qui s'intitule "Après la démocratie". Bien évidemment, je me suis senti interpellé : comment pourrait-on mieux signifier que la démocratie est un mauvais régime qu'en suggérant qu'il n'y a d'autre espoir que d'attendre ce qui suivra ?

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Tout aussitôt, j'ai pensé à "La haine de la démocratie" de Jacques Rancière (dont je rappelle qu'il est écrit en un très beau, très pur, presque classique "diaffoiranto").

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Ces "anti-titres" sont révélateurs du fait que, sans doute, les responsables éditoriaux pensent que le public est en attente de ce type de "pamphlets" qui se voudraient des critiques radicales, parfaitement libérées de tout conformisme social et intellectuel. Provocateurs. Comme dit Philippe Val "Reviens, Voltaire !" Effectivement, de tels ouvrages (il y en a pas mal d'autres) se donnent bien cette forme de critique soi-disant radicale, mais pour conclure quasi-invariablement que, tous comptes faits, le peuple français n'est pas si mal gouverné que cela et qu'à bien regarder, il y a , dans quelque coin, la ressource espérée. Encore faut-il savoir la reconnaître et l'aider. En général, l'idée c'est qu'un jour viendra la VIème République (même si l'on n'emploie pas nécessairement cette expression-là).

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Par conséquent, je me suis dit, "Après la démocratie", doit probablement devoir se lire "Après le sarkozysme".

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Il se trouve que j'ai passé cet après-midi une petite heure à la librairie "Compagnie", rue des Ecoles, que j'ai constaté pour la circonstance, qu'il y avait au moins une vingtaine de bouquins récents (rien que dans les essais politiques, historiques ou sociologiques)que j'aurais déjà dû avoir lus, qu'il me manquait quelque chose comme 400 ou 500 euros pour les acheter (plus le temps de les lire) et, donc, je me suis contenté d'en feuilleter quelques, dont "Après la démocratie".

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Je n'étais pas particulièrement surpris de lire sur la quatrième de couverture: "Sous la diversité des symptômes, c'est d'une véritable crise de la démocratie qu'il s'agit. Pour la comprendre, il faut identifier, au présent et dans la longue durée de l'histoire ces facteurs lourds que sont le vide religieux, la nouvelle stratification sociale, l'impact destructeur du libre-échange, l'appauvrissement des classes moyennes, l'égarement des classes supérieures. Emmanuel Todd ne ménage personne, dans aucun camp."

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Cette dernière petite phrase était juste à l'opposé de mon intuition (exacte ou erronée) qui est que Emmanuel Todd ne saurait, au contraire, faire la moindre peine à personne, puisqu'il est l'un des grands validateurs de formatage de l'opinion, dont la fonction est, disons pour faire court, le maintien de l'ordre. Et c'est essentiel, bien sûr, pour le maintien de l'ordre que, de temps en temps, critiquer cet ordre. Sauf dans ses fondements. C'est ce que nos validateurs de formatage savent parfaitement : jusqu'où ne pas aller...

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Je n'ai pas acheté "Après la démocratie", et, de toutes façons, parmi tous les livres dont j'aurais eu besoin, il ne serait pas venu dans les premiers. Pour autant que je l'ai regardé, les critiques qu'il porte à cet ordre politique ne sont certainement pas sans intérêt. Tant s'en faut. Emmanuel Todd n'est pas n'importe qui. Mais je ne vois pas l'ombre d'une critique sur la démocratie qui laisse prévoir que quelque chose puisse venir après, sinon comme je l'avais dès les premiers instants supposé, une démocratie améliorée. Mais depuis que nos politologues ont découvert que la démocratie était "inachevée", quel politicien professionnel ne rêve pas d'apporter son petit quelque chose ?

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Permettez-moi de citer encore quelques paragraphes du chapitre 9 (avant la conclusion) qui s'intitule, précisément "Après la démocratie". "Au terme des transformations de la société française, nous pouvons évaluer l'ampleur du phénomène que doivent affronter les dirigeants politiques (...) Le véritable drame pour la démocratie ne réside pas dans l'opposition de l'élite et de la masse que dans la lucidité de la masse et l'aveuglement de l'élite (...) Une démocratie saine (*) ne peut se passer d'élites. On peut même dire que ce qui sépare la démocratie du populisme, c'est l'acceptation par le peuple de la nécessité d'une élite en laquelle il a confiance. De l'histoire des démocraties survient toujours, à un moment décisif, la prise en charge par une partie de l'aristocratie des aspirations de l'ensemble de la population, une sorte de saut dans la foi, qu'accomplissent conjointement privilégiés et dominés." (page 223 et 224)"

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Il faudrait une longue dissertation pour extraire la substantifique moelle. Je n'ai déjà passé que trop de temps là-dessus. Je repense seulement aux mots de la quatrième de couverture "Emmanuel Todd ne ménage personne dans aucun camp". Je me demande quel responsable politique, à l'UMP aussi bien qu'au PS, et ailleurs, ne signerait pas un tel texte des deux mains ? Et pourquoi les militants au lieu de s'étriper à propos de six motions, ne vont au congrès de Reims avec, en poche, ce nouvel évangile du nouveau sauveur.

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jean-paul yves le goff

démocrate utopiste

républicain réaliste

http://www.lelivrelibre.net

 

 

 

(*) Comment ne pas penser à la laïcité saine de Benoit XVI ?

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