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Billet de blog 17 nov. 2008

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Dès 1774, Jean-Paul Marat dénonçait le formatage de l'opinion publique

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Nous avons vu précédemment, dans un autre fil, que Gracchus Babeuf avait prévu, dès 1789, que Sarkozy créerait un tribunal arbitral pour sortir de la merde son pote Bernard Tapie, ce qui, par la même occase, mettrait du beurre dans les épinards de Dédé-la-sardine. Bien.

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Voici que je m'aperçois qu'en 1774 déjà, Jean-Paul Marat annonçait ce que j'ai eu au mois d'août 2008, sur le site de Médiapart, la naïveté de croire que je découvrais sous les mots de "formatage de l'opinion publique"; ce que d'ailleurs, d'autres naïfs dans mon genre , tel Guy Debord en 1967 dans sa "Société du Spectacle" et Christian Salmon en 2006, avec son "Story telling" avaient également présenté comme leur découverte.

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Marat écrivait mieux :

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"Le premier coup que les princes portent à la liberté n'est pas de violer avec audace les lois, mais de les faire oublier. Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir (...)

C'est par l'opinion que les princes règnent en maîtres absolus. Eux-mêmes sont bien convaincus de ce principe (...) L'opinion est fondée sur l'ignorance, et l'ignorance favorise extrêmement les despotismes. C'est elle qui, tenant le bandeau sur les yeux des peuples, les empêche de connaître leurs droits, d'en sentir le prix et de les défendre. C'est elle qui , leur voilnat les projets ambitieux des princes, les empêche de prévenir les usurpations de l'injuste puissance, d'arrêter ses progrès et de la renverser. C'est elle qui, leur cachant les noirs complots, les sourdes menées, les profonds artifices des princes contre la liberté, leur fait donner dans toutes les embûches et se prendre perpétuellement aux mêmes pièges. C'est elle qui, les rendant dupes de tant de préceptes mensongers, leur lie les mains, plie leurs têtes au joug et leur fait recevoir en silence les ordres arbitraires des despotes. C'est elle, en un mot, qui les porte à rendre avec soumission aux tyrans les devoris qu'ils exigent, et les fait révérer du crédule vulgaire comme des dieux. Pour soumettre les hommes, on travaille d'abord à les aveugler. Persuadés d'ailleurs combien il est commode de régner sur un peuple abruti, ils s'efforcent de le rendre tel. Que d'obstacles n'pposent-ils pas au progrès des lumières ? Les uns bannissent les lettres de leurs Etats; les autres défendent à leurs sujets de voyager; d'autres empêchent le peuple de réfléchir, en l'amusant continuellement par des parades, des spectacles, des fêtes, ou en le livrant aux fureurs du jeu. Tous s'élèvent contre les sages qui consacrent leur voix et leur plume à défendre la cause de la liberté. Quand ils ne peuvent empêcher qu'on ne parle ou qu'on n'écrive, ils opposent l'erreur aux lumières. Quelqu'un vient-il à se récrier contre leurs attentats? d'abord ils tâchent de gagner les crieurs et d'éteindre leur zèle par des dons, surtout par des promesses. Si la vertu des mécontents est incorruptible, ils leur opposent des plumes mercenaires, de vils écrivains qui, toujours prêts à justifier l'oppression, insultent aux amis de la patrie, mettent toute leur adresse à dénigrer les défenseurs de la liberté, qu'ils traitent de perturbateurs du repos public. Si cela ne suffit pas, on a recours aux expédients les plus affreux, aux cachots, au fer, au poison. Fermer la bouche aux mécontents, c'est bien empêcher que le peuple ne se réveille de sa léthargie, et c'est à quoi s'attachent ceux qui veulent l'opprimer. Mais le point principal est d'ôter les moyens que l'incendie ne devienne général, en s'opposant à la correspondance des parties de l'Etat. Aussi les princes ont-ils grand soin de gêner la liberté de la presse (...) Un livre contient-il quelques réflexions lumineuses sur les droits des peuples, quelques pensées libres sur les bornes de la puissance des rois (...) ) à l'instant ils le proscrivent comme renfermant des maximes contre la religion et les bonnes moeurs. (...) Ils s'élèvent contre tout écrit capable de maintenir l'esprit de liberté, ils baptisent du nom de libelle tout ouvrage où l'on entreprend de dévoiler les ténébreux mystères du gouvernement; et sous prétexte de réprimer la licence, ils étouffent la liberté en sévissant contre les auteurs. Ils font plus: pour maintenir les peuples dans l'ignorance et ne laisser aucune porte ouverte aux vérités utiles, ils établissent des inspecteurs de la presse, des réviseurs, des censeurs en tous genres...Lorsqu'un peuple en est là, l'expérience ne le corrige point (...) On a beau lui prouver qu'on le trompe, il n'en est pas plus sage. Toujours crédule, et toujours abusé, il ne sort d'une erreur que pour tomber dans une autre et telle est sa stupidité qu'il se prend sans cesse au même piège, pourvu qu'on en change le nom. Ainsi, par une suite de l'imperfection de l'humaine nature et des lumières bornées de l'esprit humain, les peuples sont la dupe éternelle des fripons qu'ils ont mis à leur tête et l'éternelle proie des brigants qui les gouvernent".

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Jean-Paul Marat

Les chaines de l'Esclavage

1774

(Pôle Nord, Bruxelles, 1995)

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jean-paul yves le goff

démocrate utopiste

républicain réaliste

http://www.lelivrelibre.net

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