Pour le dire autrement : il y a ici deux réalités de nature différente.
Il y a la réalité profonde, le germe de ce qui peut et voudrait être et que nul ne
peut encore prédire, l'appel d'un devenir encore insoupçonné ou peut-être déjà
obscurément pressenti le vrai homme nouveau, l'homme des profondeurs,
"l'être profond" qui vit et qui attena"" chacun. Et il y a une réalité de surface,
qui est comme une représentation déformée, tendancieuse et grossière, s ta t i
que , pour ne pas dire une contrefaçon, de cette réalité profonde, à jamais
mouvante et insaisissable. (Appelons-là l'effigie , ou l'effigie no u -
v e 1 1 e pour rappeler qu'elle est censée représenter l'homme nouveau, et
qu'elle a représenté un type nouveau d'image de soi, inventé par la contreculture
à l'intention des siens.) Et voici ce qui cloche : entre la réalité de
surface et celle des profondeurs, il n'y a pas de lien organique, de continuité
qui les relierait en impliquant la psyché dans s a t o ta 1 i té , couche
par couche(*)
Chez le marginal
pas plus que chez les êtres qui ont opté pour des rôles plus conventionnels, la
·surra·ce n'est nourrie par la profondeur, les actes et les comportements conscients
ne sont mûs par les forces créatrices qui sourdent des couches profondes. Le
11merdier 11 intermédiaire du subconscient et des couches moyennes de la psyché, fief
par excellence du moi et écran efficace pour intercepter les messages et les motions
"· veriant des profondeurs, n'est pas moins envahissant chez cet homme, qu'un authentique
et généreux élan de son être a conduit à vouloir incarner le rôle de l'"hornrne
nouveau", qu'il n'est chez tout autre.
Nettoyer tant soit peu ce 11rnerdier" et par là, le rendre moins opaque et rétablir
le contact entre la surface et la profondeur, par un processus créateur
mettant en jeu et transformant la psyché dans sa totalité, au lieu de se contenter
d'apprêter la surface à son goût et de s'y maintenir c'est là un t ra va i 1.
Je l'ai appelé (tel du moins que je l'ai pratiqué) "travail de méditation''. Légaut,
chez qui ce travail s'est poursuivi de façon toute différente, l'appelle "approfondissement
intérieur", terme qui se prête mieux à l'acception plus large que j'ai
en vue ici.