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Billet de blog 18 déc. 2021

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Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens

Comment la psychologie sociale nous éclaire sur les stratégies utilisées par les gouvernements, consciemment ou inconsciemement, pour gérer la crise du COVID

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Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens

Vous souvenez vous de cet excellent livre de Jean-Léon Beauvois, paru en 1987 et que j’ai dévoré lorsque je faisais mes études de psychologie ?

Je ne peux m’empêcher de vous en conseiller la relecture, car je me demande si par hasard la psychologie ne pourrait pas nous aider à mieux comprendre la situation que nous traversons.

Je vous rappelle l’essentiel de ce livre. Prenons un exemple. Vous êtes au supermarché, vous venez de passer à la caisse, votre chariot est archi rempli, et votre voiture est à l’autre bout du parking. Vous essayer poliment de demander à des clients qui sortent comme vous de vous garder votre chariot le temps d’aller chercher votre voiture. Et bien sûr vous ne trouvez aucune âme compatissante.

Reprenons l’expérience. Vous êtes à ce même supermarché, mais cette fois ci vous êtes dans la queue de la caisse et vous vous apercevez que vous avez oublié une brique de lait. Vous demandez toujours aussi poliment à votre voisin de queue de vous garder votre chariot le temps d’aller chercher la dite brique, ce que la plupart du temps la personne accepte de faire sans problème. Et c’est là que ça devient intéressant. Vous passez à la caisse, et juste après vous demandez à cette même personne de vous garder votre chariot le temps d’aller chercher votre voiture à l’autre bout du parking. Et là miracle, vous avez une probabilité très significative (les chiffres sont dans le livre de Beauvois) de voir la personne accepter.

Cette expérience, parmi d’autres réalisées par l’auteur et ses étudiants, illustre la « théorie de l’engagement ». Celle-ci nous dit qu’il est plus facile d’accepter une contrainte forte lorsqu’on a déjà accepté une contrainte plus faible, lorsqu’on s’est déjà « engagé ».

Tiens, tiens, ça ne vous rappelle rien ? Les masques, la disparition des effusions, le confinement, la 1ere dose, le pass sanitaire, la 2eme dose, la 3eme dose, le pass vaccinal (je n’ose imaginer la suite). A chaque étape la contrainte augmente, mais bon, pourquoi refuser la suivante alors qu’on a déjà accepté la précédente !!!

C’est ce que Beauvois appelle la « soumission librement consentie », livre qu’il a publié avec Robert-Vincent Joule en 1998. Ce terme est extraordinaire car il mêle deux notions à priori antinomiques, la soumission et la liberté. Le livre nous explique comment on accepte les contraintes qui nous sont imposées en « toute liberté ». Et comment cette acceptation se fait non par une analyse critique objective des pour et des contre, mais par le même processus psychologique déjà décrit, celui de l’engagement, c'est-à-dire d’une acceptation progressive et « indolore ».

Et c’est en ce sens qu’on peut qualifier la stratégie de gestion de la crise par les états (pas uniquement le notre bien sûr) de particulièrement réussie. Attention, ne nous méprenons pas, ce n’est pas la gestion de la crise que j’admire (je suis même plutôt critique vous l’aurez compris), mais la « stratégie » de communication mise en œuvre.

Et les composantes de cette stratégie ne se limitent pas à la théorie de l’engagement. Les neurosciences nous apprennent en effet que le cerveau ne connait pas la négation. Si je vous dis « ne pensez pas à une voiture rouge », la première chose qui vous vient en tête est une voiture… rouge.

Tiens tiens, on nous a d’abord dit « le masque ne sert à rien », puis « il n’y aura jamais de 2eme confinement », puis « le pass sanitaire n’est pas envisagé », puis « la vaccination ne sera jamais obligatoire » (j’en oublie sans doute)… Et qu’entend notre cerveau ? Le contraire bien sur, et ce faisant il intègre progressivement l’information, ce qui prépare son engagement futur (on me l’avait déjà dit). Ceci pourrait également être lu au travers de ce que Pavlov a appelé « le conditionnement »

Alors que reste t il de notre liberté dans tout ça ? Certain utilisent le terme de dictature pour qualifier le comportement actuel de certain de nos gouvernement. Le mot parait fort bien sûr, et en choque plus d’un car il fait tout de suite penser aux modèles que nous avons en tête, le chili de Pinochet, la Corée du nord… Et les réfractaires à ce vocable vont nous expliquer que les contraintes sont inhérentes à la vie en société, que la liberté des uns commence où finit celle des autres…

Il est évident que toute vie sociale  implique des règles, des prescriptions et des proscriptions comme disent les psychologues sociaux. Ceci n’est pas discutable, mais ce qui fait la caractéristique d’une société qui n’est pas une dictature, c’est que ces règles sont discutées, débattues, puis soumises à un processus démocratique devant une assemblée représentative.

Or que se passe t il depuis deux ans ? Les mesures sont mises en place sans débat ni passage en assemblée, au prétexte d’un état d’urgence sanitaire qui justifie tout. Et bizarrement personne ne s’en offusque. Nous les français par exemple, réputés râleurs, ingouvernables ("Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage » aurait dit De Gaulle), prêts à descendre dans la rue à la moindre occasion, nous sommes tous d’accords, et nos représentants encore plus, toutes oppositions réunies (enfin je parle des oppositions se réclamant de la démocratie), pour valider ces décisions sans la moindre remise en question. Et pire, certain représentants de nos partis politiques font même de la surenchère, comme si les règles qui nous sont imposées ne suffisaient pas. D’ailleurs ceux qui tentent de s’opposer en questionnant le bien fondé de telle ou telle mesure, et quelque soit leur pédigrée scientifique aussi prestigieux soit il, sont immédiatement disqualifiés sous l’étiquette infamante de « complotistes ».

A quand remonte le dernier grand combat, syndicats et partis d’opposition dans la rue ? A la réforme des retraites probablement, réforme qui n’a pas aboutie. Alors que pour un vulgaire petit pass sanitaire, il aurait suffit qu’on boycotte les restaurants et les musés pendant 15 jours cet été, et la mesure était immédiatement abandonnée. Incroyable, à croire que nous sommes tous anesthésiés.

Et oui, en effet, il s’agit bien d’une « inhibition de l’action » pour reprendre un autre terme cher aux psychologues du stress. Face à un danger, l’animal a trois options : la fuite en premier, et le combat s’il ne peut plus fuir. Ces deux stratégies sont bien connues, mais la troisième est moins connue, elle consiste à « faire le mort » car un certain nombre de prédateurs ne s’intéressent plus à leur proie lorsqu’elle ne bouge plus (le chat joue avec la souris tant qu’elle tente de fuir). D’où cette stratégie qui fonctionne assez bien, et qui est fortement valorisée dans l’éducation du petit être humain, à qui l’on reproche de fuir (« sois courageux ») et que l’on empêche de se battre (« sois gentil avec ton petit frère »). Tout le conditionnement de nos sociétés vise à fabriquer un adulte respectueux des règles, ce qui est en soi une bonne chose, mais ce faisant on jette le bébé avec l’eau du bain, c'est-à-dire qu’on inhibe les facultés de réaction, de défense, d’affirmation de soi qui sont très utiles dans un monde où la violence ne pourra jamais disparaitre.

Et donc comme un seul homme (c’est un peu genré cette expression) nous nous mettons immédiatement au garde à vous dès qu’on nous demande le truc le plus débile qui soit (par exemple de rester enfermé chez soi alors que le simple bon sens laisse penser que l’exercice physique et le grand air sont des ingrédients fondamentaux de l’immunité). Mais voilà, ce sont des scientifiques en blouse blanche qui le disent (enfin certain scientifiques, triés sur le volet, cela va sans dire, car les autres, ce sont des complotistes).

Et oui, souvenez vous, l’expérience de Milgram, portée à l’écran dans le film I comme Icare, sur l’assassinat de Kennedy. Qu’est ce qui explique que 60% des individus à qui l’on propose une expérience « d’apprentissage » consistant à faire répéter des listes de mots à un « cobaye » et à lui infliger des décharges électriques lorsqu’il se trompe, en augmentant la dose à chaque erreur, comment se fait il que 60% des « expérimentateurs » aillent jusqu’à des décharges potentiellement mortelles (heureusement le cobaye est un comédien) ? C’est tout simplement parce qu’il y a un environnement soit disant « scientifique » à l’expérience qui donne un poids non discutable aux injonctions (j’ai failli écrire injections) du dit scientifique. Le pouvoir de la blouse blanche est extravagant.

Que reste t il donc de notre libre arbitre ? Pas grand-chose malheureusement.

Et ce qui est le plus terrifiant, c’est que qu’on peut même repérer dans le comportement d’un certain nombre de nos concitoyens des signes du « syndrome de  Stockholm ». A savoir qu’il existe une proportion non négligeable de personnes qui font alliance avec leurs bourreaux, en dénonçant par exemple les mauvais citoyens qui vont danser pour le réveillon, bien sur sans masque, et peut être même sans être vaccinés.

Tout ceci me donne froid dans le dos. Pas vous ?

Alors bien sûr la question qu’on peut se poser, c’est de savoir si la mise en application de tout ces principes bien connus des étudiants en psychologie est volontaire, ou purement fortuite. On ne le saura jamais, et il y a fort à parier qu’une partie des choix de communication qui ont été fait se sont décidés en temps réel, dans l’urgence et l’affolement face à une situation nouvelle et inconnue.

Mais force est de constater que préméditation ou pas, le résultat en terme de mise au pas de l’individu est particulièrement probant.

Alors il ne nous reste plus qu’à espérer que nos démocraties sauront, une fois la crise passée, revenir à un mode de fonctionnement plus « normal ».

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