jeanpierreguis
Ex-président d'Anticor, ex-élu à Paris, ami du Brésil
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 oct. 2015

Anticor et le FN : que reste-t-il d'Anticor ?

jeanpierreguis
Ex-président d'Anticor, ex-élu à Paris, ami du Brésil
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Entre 2002 (date de sa création) et 2014, l'association Anticor a été gérée dans le respect de ses valeurs fondatrices et de la démocratie interne. A cette époque, aucun responsable d’Anticor n’aurait eu l’idée saugrenue de proposer les différentes "chartes Anticor" à la signature des candidats du FN. Et cette attitude digne n’avait strictement rien à voir avec une quelconque discrimination.

Prenons l’exemple de la charte élaborée par Anticor pour les élections municipales. Si un candidat du FN annonçait qu’il voulait absolument signer la charte, les responsables locaux ou nationaux d’Anticor attiraient son attention sur le 1er paragraphe de cette charte, et aussi sur la 1ère page de la brochure intitulée « Les propositions d’Anticor », texte fondateur d’Anticor, qui précise ceci : « Anticor est née en 2002 dans un contexte de sursaut politique et citoyen lié à l’accession d’un candidat d’extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, au second tour des élections présidentielles ». Cela suffisait généralement pour  dissuader le candidat. Avoir proposé d’ouvrir la signature des chartes Anticor au FN, comme la nouvelle direction a vainement tenté de le faire, est donc bien une aberration, et cela manifeste que cette association n’est plus Anticor.

Aucun responsable d’Anticor, que ce soit au niveau local ou au niveau national, n’a jamais été tenu de contresigner une charte qui aurait été signée par un candidat national-populiste (pour reprendre le terme « autorisé ») ou fantaisiste, ou farfelu. Les responsables des Groupes Locaux d’Anticor, qui avaient alors ma délégation pour la signature pour ces chartes, n’étaient pas obligés, bien sûr, d’accepter de contresigner la charte signée par un candidat qui heurtait leur conscience. D’autant que la charte pour les élections municipales comme celle qui vient d'être retirée, grâce à la rédaction précise des juristes d’Anticor, avait valeur de contrat. Or un contrat, par définition, est signé par deux personnes libres, libres de choisir, de s'engager et de se lier mutuellement -  ou de ne pas le faire. Si l'une des parties refuse de signer (et elle n'a pas à se justifier), il n'y a pas de contrat, point barre. Personne n'est obligé de cosigner un contrat. Prétendre que cette liberté est une discrimination, comme l’affirment certains responsables de ce qui reste d’Anticor, ce serait comique - si on ne savait pas ce que cela cache.

Lors des dernières élections municipales, pour les départements où Anticor n’avait pas de Groupe Local, il me revenait, en tant que président, de signer les chartes qui nous parvenaient par email. Et tout comme les responsables des Groupes Locaux, j’étais libre de signer ou pas, selon ma conscience, en respectant les valeurs démocratiques, républicaines et humanistes qui étaient alors les valeurs d’Anticor. Je l'avais dit clairement à l'époque, et cela avait été repris dans la presse : je n’aurais jamais signé une charte avec le Front National.

Rappelons aussi, une nouvelle fois, que le FN a été frappé par 9 condamnations qui relèvent de la haine raciale. Or le préambule de notre charte était clair : « L'association Anticor agit dans le respect des règles fondamentales de la République, définies notamment dans le préambule et dans l'article 1er de la Constitution de 1958 qui dispose : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » La préférence nationale, l’appel aux discriminations, le « tous pourris », etc. : Anticor était né pour lutter contre la corruption, mais également pour résister à ces sinistres contre-valeurs qui heurtent tous les républicains.

Sous la pression des adhérents d’Anticor, suite à la démission de nombreux responsables et aux protestations d’innombrables citoyens qui avaient encore une bonne image de cette association, le groupe qui a mis la main sur Anticor a été obligé de faire machine arrière, et sa charte « ouverte au FN » a été retirée de la circulation. Mais à présent, que reste-t-il d’Anticor ?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Violences sexuelles

À la Une de Mediapart

Journal — Culture-Idées
David Wengrow : « On semble ne plus avoir d’imagination sur ce que pourraient être les alternatives »
Pendant des milliers d’années, les humains ont expérimenté avec d’infinies variations des formes du pouvoir. Parfois saisonnier, parfois matriarcal, parfois autoritaire et brutal. Mais parfois aussi égalitaire et relativement libre, y compris à grande échelle, décrivent David Graeber et David Wengrow, dans un livre qui fait l’effet d’une bombe. 
par Jade Lindgaard
Journal — International
Soudan : un mois après, le coup d’État n’est pas achevé
En réinstallant le premier ministre dans ses fonctions, les militaires ont réussi à institutionnaliser leur putsch d’octobre. Mais un obstacle se dresse encore devant eux : la population, qui reste fortement mobilisée. Reportage à Khartoum, dans la manifestation du 25 novembre.
par Gwenaelle Lenoir
Journal — France
De Calais à l’Angleterre, les traversées de tous les dangers
Le naufrage meurtrier survenu le 24 novembre, qui a coûté la vie à 27 personnes, rappelle les risques que les personnes exilées sont prêtes à prendre pour rejoindre les côtes anglaises. En mer, les sauveteurs tentent, eux, d’éviter le plus de drames possible.
par Sheerazad Chekaik-Chaila
Journal — Culture-Idées
« Les critiques de la chasse sont très liées à la notion de civilisation »
Alors que plusieurs accidents de chasse ont relancé le débat sur cette pratique, l’anthropologue Charles Stépanoff consacre un livre saisissant à ce qui se passe dans les forêts situées à l’orée de nos villes. Entretien.
par Joseph Confavreux