UBER C'EST OVER

Comment vivent les chauffeurs/res?Uber est-il si révolutionnaire?l'État censé être souverain, quel rôle joue-t-il dans l'ascension de ce géant Américain?Bafoués,exploités,nous devons dénoncer les pratiques frauduleuses d'Uber, qui fut un visionnaire,mais qui devient un hors la loi qu’on laisse agir impunément au détriment des Chauffeurs/res FRANÇAIS.

 VIE DE VTC

Ou comment se suicider professionnellement

Oui les VTC font à nouveaux parler d’eux. Par d’affreuses affaires d’harcèlement sexuel, d’agression sur clients/es, pollution en région Parisienne… Mais aussi par leur voix, en les élevant contre celui qui fut, il y a encore 7 ans, leur ami, mais qui, au fur et à mesure de politique commerciale inhumaine, devint leur Bourreau : UBER.

Tout d’abord, en qualité de chauffeuRE de VTC, je m’allie de tout mon être et de tout mon coeur, aux victimes, Hommes, Femmes, Hétéro, LGBT, contre toutes ces agressions, toutes plus lâches que dégoûtantes, et je leur assure les soutenir dans leurs actions en justice. Nous ne saurons tolérer, dans notre profession, et ailleurs dans la sphère sociale, ce type d’agissement allant à l’encontre des Droits Humains fondamentaux. Victimes, nous sommes vos alliés!

Malheureusement, des agissements allant à l’encontre des Droits Humains, il y en a aussi à contre les Chauffeurs/RES VTC. Des manoeuvres contraires aux LOIS FRANÇAISES, et ce, dans l’indifférence la plus totale du gouvernement actuel.

Je vous propose de vous lister, en tant que chauffeure UBER, les grandes lignes de notre mécontentement/désespoir, afin de vous aider à saisir les enjeux, les tenants, les aboutissants de ce bras de fer qui a lieu entre chauffeurs/res, Uber, et surtout l'État.

Saviez vous que, le tarif Km/Horaire, qui selon la Loi, ne doit pas être inférieur au prix de revient, est largement en deçà de ce qu’il DOIT être? Car oui, le un tarif minimum est de 6€, dont 4,50€ nous reviennent, après nous être fait déposséder d’un quart du prix afin qu’Uber puisse engranger plus d’1 millions d’euros par jour en commissions(!) (Estimation uniquement sur la ville de Paris) et last but not least, cet argent ne resterais pas en France (il cheminerait vers Amsterdam).

Les courses minimum, à 6€ donc, peuvent aisément durer 15min (voir plus) et s’étendre en terme de temps et de KM; la course devient, comme on l’appel dans le jargon à PERTE : ce qui est totalement ILLÉGAL.

Saviez vous qu’Uber applique une TVA de 10% sur les factures de commissions adressées aux chauffeurs/res? Hors, la TVA de 10% est applicable sur le Transport. Mais, jusqu’à preuve du contraire, Uber n’est PAS UNE SOCIÉTÉ DE TRANSPORT MAIS DE MISE EN RELATION avec des professionnels du Transport, en l’occurence les chauffeurs VTC. Donc, c’est un SERVICE et la TVA applicable sur un service est de 20%.

De ce fait, les chauffeurs/res se retrouvent lésés. Pendant ce temps, Bercy dépense son énergie à surveiller les particuliers sur les réseaux sociaux : cette énergie ne serait elle pas plus productive si l’État surveillait plutôt ce montage financier du Dieu UBER? Quel est le manque à gagner de ce tour de passe-passe à l’Américaine?

Saviez vous qu’UBER jure par tous les Saints qu’il n’y a aucune relation de subordination entre Lui et les chauffeurs/res? Dans le cas où nous serions totalement libres et indépendants comme le prétend Dieu Uber, pourquoi Diable nous désactive-t-Il pour une durée de 1 à 10 jours (!), en guise de punition si nous décidons d’annuler plusieurs courses? UBER nous OBLIGE, par ces désactivations extrêmement graves pour notre activité et accessoirement pour nos banquiers, à accepter du TRAVAIL sans en connaître les tarifs, ni les conditions!! Il va s’en dire qu’à certains moments, nous nous demandons si nous sommes des salariés dissimulés.

L’État ne voudrait il pas se pencher sur cette question, qui pourrait l’aider à renflouer plusieurs trous dans son Budget comme l’on fait d’autres Etats qui sont, semble t il, plus enclins à se faire respecter par ces Mastodontes d’outre Atlantique?

Saviez vous que les VTC n’ont pas le droit de récupérer la TIPP (taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers) à laquelle les Taxis ont droit (2000litres par an ça n’est pas négligeable lorsque l’on connait le prix de l’essence)? Pourtant, nos métiers sont similaires. Le gasoil, l’essence, c’est plein pot pour nous. Quelle logique voudrait que les Taxis puissent en bénéficier et non les VTC? Les couloirs de bus interdits aux VTC mais ouverts aux Taxis et les bouchons interminables qui rendent les trajets interminables : en plus d’ajouter une pénibilité de l’emploi dont personne ne s’offusque, les bouchons augmentent le temps de trajets sans en augmenter le tarif. En effet, le prix de la course Uber sur un trajet amplifié par les bouchons n’est pas recalculé : la course peut bien durer 1h, le prix reste inchangé. En d’autres termes : travail à perte. Comment ne pas comprendre qu’il y a une volonté non dissimulée de faire du transport en VTC un sot-métier?

Enfin, saviez vous que le système de notation Uber n’est pas si innocent qu’il en à l’air? En effet, si l’on ose se rebeller contre un client fort désagréable ou même dangereux, et que ce même client s’octroie ce droit divin qu’il a de nous attribuer la note infâme de « 1 », le Saint Patron des VTC nous tape sur les doigts, par un email nous rappelant qu’Il à ce pouvoir de nous désactiver définitivement. Et si cela se reproduit trop souvent à son goût, il n’ya absolument aucune étude au cas par cas, le chauffeur/re, n’aura aucun droit de réponse ni d’explication : Uber désactive le compte sur la foi du témoignage du client. Alors OUI, il y a des cas où le chauffeur est totalement coupable de ce dont le client l’accuse. Hors, il NOUS arrive aussi d’être les victimes de clients : clients qui vomissent dans nos véhicules (le nettoyage payé par Uber est devenu une légende urbaine, dans la majorité des cas, si un client nous tapisse le véhicule nous n’avons aucune possibilité de continuer à travailler, nous nettoyons et nous ne travaillons plus le temps que l’odeur se dissipe). Client agressif verbalement , physiquement : c’est notre parole contre la leur, encore faut-il que l’on nous la donne la parole. Ce qui n’arrive que trop rarement.

À ces dysfonctionnements UBERIENS s’ajoutent le « racisme anti VTC » et les dysfonctionnements propres à l’État : les banques refusent sans sourciller de nous ouvrir des comptes bancaires professionnels, les assurances refusent de nous assurer, les concessions automobile nous refusent les demandes de financement… Beaucoup de VTC achètent leur véhicule comptant. À cela s’ajoute tous les frais d’ouverture d’Entreprise : ils se ruinent donc avant même de commencer à travailler.

Par ailleurs, le Gouvernement qui est censé nous protéger et nous garantir des conditions de travail un minimum légales, nous impose des éxigences en matière de choix de véhicule : il doit avoir plus de 6 ans, moins de 150 chevaux, 4,5 m de longueur minimum, 1,7 mètre de largeur…Ce type de berline coûte en moyenne, entre 25 000€ et 40 000€.

Pour ceux qui ne peuvent acheter faute de financement ou d’économies (et ils sont majoritaires), il reste les loueurs. Loueurs pour la plupart gourmands, qui nous facturent jusqu’à 1700€/mois, et limitent le kilométrage afin d’optimiser au maximum leur gains. Quand ces mêmes loueurs ne ferment pas boutique du jour en lendemain, en prenant soin d’emporter l’argent (et accessoirement l’innocence) engagé par les VTC. Et malheur à celui/celle qui retourne un véhicule dans lequel il y aurait des traces de vomi de client, ou des rayures extérieures ou intérieures : dans ces cas là, il vaut mieux avoir pris du Lexomil avant la restitution du véhicule.

Le coût de l’entretien de nos propres véhicules est OBSCÈNE. Les voitures étant récentes, rien que le remplacement des freins atteint aisément les 400€.Avec le nombre de kilomètres que l’on effectue chaque jour, l’entretien représente près de 20% de ce que l’on gagne tous les mois!

 Les impôts, les comptables, les nettoyages quotidiens, les amendes, les amendes de non dénonciation (!!!!), les assurances qui augmentent de manière faramineuse leur tarifs lorsqu’il s’agit des VTC…

Ajoutez à toutes ces dépenses coûteuses, le prix de la santé. On peut affirmer que l’on est bien au dessus du phénomène du « burn out professionnel ».Travailler sur la route avec le stress que cela implique, ne pas avoir de planning prédéfini, ne pas savoir où le vent nous mène (les déposes de clients peuvent avoir lieu n’importe ou en France et même à l’étranger), être tributaire des touristes/vacances scolaires/grèves, le chiffre d’affaire trop aléatoire… Combien de chauffeurs/res subissent des problèmes de santé? Maladies dûes au stress oxydatif, obésité, problèmes de dos/mâchoires/syndrome des jambes sans repos, syndrome métabolique dû au travail de nuit, insomnies forcées par les horaires à rallonge…etc Ces conditions de travail augmentent directement la facture de la Sécurité sociale.

C'est volontairement que je n'ai pas souhaité m'épancher sur les problèmes de sécurité ou encore de clients fort humiliants car ce type de problème n’est pas propre à notre profession. Seulement, vous pouvez imaginer que ces comportements (cf affaire Hafsa Herzi) ajoutés à la longue liste ci dessus, ajoute au désarroi que nous vivons quotidiennement, course après course. 

Telle que les choses sont faites par UBER (et autres plateformes) et surtout par le Gouvernement, nous, chauffeurs VTC ne pouvons plus vivre de notre profession : en effet, en ce mois de Novembre terriblement calme, nous sommes majoritaires à avoir sollicité l’aide financière de nos proches, ou des quelques banquiers Humains qui veulent bien nous octroyer un découvert.

Nous étions heureux, il y a 7 ans, d’être sortis des statistiques du chômage : aujourd’hui, le triste constat d’échec s’impose. Echec crée aussi bien par les plateformes de « réservation », que par le Gouvernement lui même : en effet, instaurer un tarif minimum légale kilométrique/horaire et augmenter le tarif minimum de la course, réguler l’accès à la profession par un gèle des nouvelles obtention de cartes VTC, ouvrir le droit à la TIPP, sont des solutions simples et efficaces. Mais Uber et l’État, marchent de concert, et nous piétinent.

L’espoir d’un Uber plus juste nous a quitté il y a bien longtemps : c’est notre dignité qui nous porte dans ce combat. Et l’amour de notre profession. Il y avait un avant Uber, et nous créerons l’après Uber. Car n’en déplaise à certains : les chauffeurs/res Uber ne sont pas tous  « des sales arabes » , « des vendeurs de drogues repentis » ou des rébus de la société : il y a surtout des déçus du salariat, beaucoup de reconvertis professionnels, d’autres, aventureux souhaitant devenir leur propres patrons, en enfin, plusieurs défavorisés en terme d’accès à l’emploi, qui ont vu en Uber la possibilité de travailler dignement.

Ce métier aurait pu permettre aux jeunes issus des quartiers difficiles de s’intégrer, enfin!, « à la société » et à se construire une vie : hors, encore une fois, l’État échoue lamentablement, comme il échoue depuis des décennies quant il s’agit de ces minorités.

Le Gouvernement n’a jamais su faciliter l’accès à l’emploi à ces jeunes issus de milieux défavorisés, et quand ces jeunes créent leur propre emploi, l’État ne sait pas leur garantir leurs droits, et les laisse devenir des proies faciles pour des Géants Américains qui pratiquent l’esclavage moderne. Il est bon de rappeler que la grande majorité des chauffeurs/res VTC sont issus de l’immigration : ils prouvent aujourd’hui qu’ils ne sont ni des assistés, ni des truands, n’en déplaise à Zemmour et Cie.

Avec nos convictions, nos valeurs Françaises dont nous sommes fièrs/es, et notre vision de l’entreprenariat digne, nous, chauffeurs/resVTC, feront évoluer ce métier dans le respect de tous/tes. Que le meilleur gagne.

J.B 

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