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Billet de blog 6 janv. 2013

Affaire Cahuzac : medias et Wikipedia, même combat ?

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Qu'apporte au juste l'article de Patrice Arfi paru ce dimanche en page d'accueil de Mediapart ? Rien de très nouveau, et c'est pourquoi, sur Come4News, je ne relève que deux éléments : la réponse du parquet à Edwy Plenel, l'interception d'une conversation téléphonique entre ce dernier et une « source présumée ».

Il s'agit essentiellement d'interpeller journalistes (et de fait, patrons de presse) et de pouvoir constater, après les deux prochaines apparitions médiatiques (ce dimanche matin, demain lundi soir) si, oui ou non, la confraternité a joué, si oui ou non, du point de vue de la concurrence, l'affaire sera encore suivie, et surtout en quels termes.

Certains voudront évoquer un acharnement. Effectivement, les chiffres peuvent leur donner raison. En versions originales ou anglaises, à combien d'articles émanant de la rédaction en sommes-nous ? Quelles sont les motivations profondes de Mediapart ?

C'est surtout à ces deux questions que, sans doute, par la suite, les medialogues ou analystes des médias s'intéresseront. Mais ils s'attacheront tout d'abord à l'approche chiffrée portant sur l'ensemble des supports. Cela fait plus « scientifique ».
Que les abonné·e·s de Mediapart ne désespèrent pas du relativement faible écho des derniers articles du site dans la presse. Le suivi, la répercussion ne s'estiment plus seulement par des rapports de surface ou des décomptes de feuillets. 592 000 résultats remontés par Google pour la seule requête « affaire Cahuzac », c'est un indice. Plus de 10 200 visites pour un seul article de C4N (certes mis en tête de page d'accueil quelques jours), ce n'est pas rien.  Ce qui sera aussi consulté, c'est la fréquentation de la page « Cahuzac » sur Wikipedia, et il sera constaté si oui ou non, alors qu'il existe une page sur l'affaire de la cassette Méry, une page « L'Affaire du compte en Suisse de Jérôme Cahuzac » apparaîtra.
Pour le moment, consultez donc la page de discussion et constatez le maintien de la mention [pertinence contestée] (en un autre terme, douteuse). Voyez aussi le sort réservé au paragraphe (sucré) « train de vie », via la page de discussion. Au passage, relevez que celui consacré à la « vie privée » ne mentionne que l'appartement « du couple » rue de Breteuil (il en est un autre, et un troisième sur l'avenue Pierre-de-Serbie, comme tout abonné de Médiapart ne l'ignore plus).

Si vous prenez la peine de consulter « Mediapart contre Cahuzac : un coup pour rien ? » (titre incitatif provocateur), commencez par la conclusion (dernières lignes) : que l'affaire Cahuzac « se solde par la démission du ministre ou la déstabilisation de Mediapart n'est certes pas tout à fait subsidiaire, mais somme toute secondaire ». Bien évidemment, à court et moyen terme, cette alternative ne m'est absolument, nullement indifférente ; ce qui va sans dire, mais sera mieux perçu en l'écrivant. Le début ne vous apprendra rien, dispensez-vous en.

En fait, ce nouvel article sous forme de questions qui fait suite à celui de François Bonnet (traduit vers l'anglais par The budget minister and his Swiss Bank account – the unanswered questions) pose de fait deux autres questions (faussement) subsidiaires :
• quelle conception nous sommes-nous formés de la presse et de la vie publique ?
• À quoi bon une cinquième République exemplaire, voire une sixième ?

C'est là l'essentiel de cette affaire, à la suite de tant d'autres. J'illustre le propos par deux métaphores, celle des retombées de l'affaire de dopage du coureur cycliste Lance Armstrong (suggérée par un commentaire d'un abonné très pertinent), celle de la présentation (ou réclame) de la rénovation de la place de la République à Paris. Le questionnement du « spectacle » (au sens qu'en donnait Guy Debord) est ainsi abordé. Mediapart participe-t-il au « spectacle » ? Assurément. Nul n'y échappe. De quelle manière ?

Restons, comme les rédactrices et rédacteurs « autorisés » de Wikipedia (qui perd des contributeurs, lassés, voire écœurés par les autorisés), dans une prudente expectative. Le conditionnel s'imposerait, la pertinence subsistera douteuse de toute façon. Je n'en reste pas moins persuadé que cette affaire Cahuzac marquera l'analyse des médias – au moins pour la France, pour l'étranger je ne fais allusion qu'à l'affaire Clinton-Lewinsky – d'une pierre blanche.

Ce me semble, jusqu'à preuve du contraire, la première référence à l'affaire Salengro (par un commentateur anonyme du site de France Info, Jivé) en rapport avec celle-ci, date du 6 décembre dernier. Peu de titres de presse (répertoriés par la Commission des papiers de presse) ou de sites d'informations ont embrayé mais on voit déjà apparaître quelques références à Bérégovoy. Il me semble (idem supra) que Pierre Marcelle, dans Libération (avec son « Strauss-Kahn et Cahuzac, gémellité et prétérition »), a donné le ton (en évoquant la “jurisprudence Bérégovoy-Balladur” (et… Strauss-Kahn) ». On comparera bien sûr, depuis Gringoire et autres titres de l'époque, en passant par le traitement de l'affaire Bérégovoy (ou Boulin, ou d'autres), les divers traitements des diverses affaires.

Si d'éventuelles malversations devaient être avérées, conclut Marcelle (que je n'avais pas lu avant d'en arriver à des déductions voisines), « mes camarades n'en seraient ni heureux, ni honteux, ni surpris. Affligés, sans doute, mais plus certainement très très colère. ».
En sommes-nous là, et dans ce cas, qui ou quoi nous y a conduit ?
Je doute que les chiffres, tableaux, graphiques, camemberts, animations PowerPoint ou Adobe PDF des médialogues puissent répondre.
Mais donner des pistes de réflexion, peut-être. Espérons.

P.-S. – À propos du taux d'imposition à 75 % et de sa « censure » par le Conseil constitutionnel qu'évoque Patrice Arfi dans le châpo de son article, il me semble idoine de remémorer le fameux lapsus de Pierre Bérégovoy : « Nous avons décidé de baiser… de baisser l'impôt sur les sociétés, excusez-moi… » (octobre 1992, devant le Sénat).

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