EADS et Arnaud Lagardère : un président prévenu ?

Qui aime bien, châtie bien… Quand j'ai lu, sur Mediapart, la synthèse (faite par qui ? Une ou un stagiaire ?) de la dépêche AFP à propos de la mise en examen du groupe Lagardère par deux juges d'instruction, je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison avec le traitement de la même dépêche (et de celle de Reuters) par le Journal du dimanche, le JDD d'Arnaud Lagardère. C'est, à mes yeux, Mediapart 0 contre 10 au JDD.

Le JDD a été laconique et factuel, Mediapart a repris, sans même chercher à s'interroger, la fable voulant que les juges n'auraient aucune preuve à l'encontre du groupe Lagardère dans l'affaire des délits d'initiés d'EADS. Pour Maître Frederick-Karel Canoy, cette absence supposée de preuve est de la com' de la part des porte-paroles d'Arnaud Lagardère, qui, de la sorte, diffusent une nouvelle fois de fausses informations.
C'est ce qu'a déclaré Me Canoy à Come4News et à d'autres titres de presse, ceux qui, non contrôlés par le groupe Lagardère ou ses alliés, ont pris la peine, dès vendredi dernier, de se mettre en contact avec lui. Ce serait aussi le cas de Martine Orange, de Mediapart, qui l'a déjà fait ou sans doute le refera. Mais franchement, cette brève, dans l'édition de 13 heures de la rubrique « L'essentiel », fait vraiment tache.

Martine Orange, bien moins qu'une autre, ne peut négliger le fait rapporté par Jean Galli-Douani dans son livre Clearstream-Eads, le syndrome du sarkozysme. Tous les actionnaires importants d'Eads savaient les détails techniques valant à Airbus de ne pouvoir honorer à temps ses commandes quand ils ont commencé à se délester de la moitié de leur participation. C'est la seconde affaire dite « de la cassette » après celle des frais de bouche et des emplois fictifs de la mairie de Paris du temps de Jacques Chirac. Jean Galli-Douani a enregistré une conversation téléphonique entre lui-même et un ingénieur d'EADS ayant participé à la fameuse réunion d'Amsterdam, en 2006, qui est le point de départ de toute l'affaire ayant été portée à la connaissance de l'Autorité des marchés financiers, de la Brigade financière française et de la police allemande. C'est détaillé dans le chapitre 7 de son livre qu'une action d'Alexandre Jevakhoff, sempiternel dircab de MAM, a, dans un premier temps, bloqué. Martine Orange étant, de longue date, parfaitement au fait de ces détails qui ne sont pas subsidiaires, on peut donc espérer que Mediapart reviendra de manière circonstanciée sur ce dossier.

N'empêche. Reprendre, heureusement en ne l'attribuant qu'à l'AFP, une déclaration du groupe Lagardère sans même la mettre en doute, c'est franchement léger. La dépêche AFP, signée Julien Mivielle, sans doute validée par une chef de service puis un chef de desk, attribue bien au groupe Lagardère la supputation que les juges Serge Tournaire et Xavier Blanc auraient déclaré n'avoir aucune preuve à l'encontre de ce groupe. Sur Come4News, l'avocat des petits porteurs considère que c'est une diffusion de fausse information dont le groupe Lagardère serait coutumier. Ce n'est pas, juridiquement, une diffusion de fausse nouvelle (qui serait non seulement fausse mais aurait provoqué un trouble de l'ordre public), parce que l'apathie de l'opinion, qui ne va pas manifester sous les fenêtres du siège du groupe Lagardère, interdit de la qualifier de la sorte. Je n'étais pas présent dans les bureaux de ces juges, mais je doute qu'ils aient mis Lagardère SCA en examen pour délit d'initié alors que, sans preuve, le placement en qualité de témoin assisté serait tout indiqué. La même dépêche AFP précise : « Les juges d'instruction ont également placé plusieurs personnes sous statut de témoin assisté, un statut intermédiaire entre le témoin et le mis en examen, dont l'actuel président d'Airbus, l'Allemand Thomas Enders.». Cela vaut d'ailleurs pour au moins l'une des parties civiles. Arnaud Lagardère, qui se disait incompétent car mal informé de ce ce qui se passait lui, risque fort, cette fois, de devenir un président… prévenu.

Voir aussi : Lagardère au tribunal, ira ou pas ?

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