Viviane Reding, commissaire européenne, a toutes les raisons de considérer Nicolas Sarkozy avec tous les respects que doit aussi à sa fonction Angela Merkel. Et toutes les bonnes raisons de n'en penser pas moins, surtout après les propos que le président français a tenu à son égard.
Sa porte-parole, Pial Ahrenkilde, vient d'annoncer l'envoi d'une « lettre de notification officielle à la France » à propos de la transposition de la directive européenne sur la « libre circulation en droit national » sous forme de « mise en demeure ». La transmission des dispositions de transposition doit être effectuée avant le 15 octobre prochain.
Viviane Reding, « personnellement consternée » par une situation qui donne l'impression « que des gens sont expulsés d'un État membre (...) simplement parce qu'ils appartiennent à une minorité ethnique », se référant aux Rroms sans les nommer, n'avait exprimé ses « regrets » que pour la suite de ses propos dressant un parallèle entre ces déportations et d'antérieures, du temps de l'Occupation nazie.
Mais on peut estimer qu'elle l'a « dans la gorge ». Voudra-t-elle appuyer là où cela pourrait faire le plus mal ?
La Commission analysera aussi la situation dans tous les autres États membres, et la commissaire envisage toujours de saisir la Cour européenne de justice, pour infraction à la législation européenne, à l'encontre de la France.
S'intéressera-t-elle aux divers contrats qui lient les ministères des pays concernés avec l'agence de voyages Carlson WagonLit ?
Elle pourrait le faire si elle s'intéresse de près aux documents qui lui ont été transmis par Jean Galli-Douani, auteur du livre Clearstream-Eads, le syndrome du sarkozysme. Des fac-similés ont déjà été publiés sur le site de Come4News, notamment à l'occasion de la reprise du dossier de l'hebdomadaire Bakchich qui avait estimé que les « miles » accumulés par les expulsés auraient pu avoir été utilisés par le ministre Éric Besson et son épouse, Yasmine Tordjman, pour se rendre en voyage de noces à Capri.
Ce volet très particulier, qui ne touche pas que les expulsions des Rroms, mais aussi d'autres étrangers en situation irrégulière ou occupant des terrains illégalement, révèle les liens étroits entre l'agence Carlson WagonLit et le ministère de l'Intérieur français.
Jean Galli-Douani qualifie d'implant l'antenne de Carlson WagonLit située au 8, rue de Penthièvre à Paris, dans un immeuble occupé par la Datar et le ministère de l'Intérieur, dont notamment la Direction centrale de la police aux frontières. Joint par téléphone, Jean Galli-Douani estime que cette antenne est « logée près de la direction qui s'occupe des expulsions ». C'est de cette agence qu'émanent les justificatifs intitulés « débit à distance carte de crédit » pour Éric Besson et Yasmine « Torgemane » (sic). Jean Galli-Douani estime qu'aucun particulier, non muni d'un ordre de mission, ne devrait pouvoir s'adresser à cette agence. Pour lui, pour éviter la confusion des gens, le ministre aurait gagné à s'adresser à une autre agence ou au moins à une autre antenne de Carlson WagonLit. Par ailleurs, il suppute que des justificatifs, peut-être conformes à la réalité, auraient pu être établis par cette antenne « a posteriori » et « à la demande d'Éric Besson ».
Il est insolite de constater qu'aucun support notoire de presse écrite, radiophonique et télévisuelle parmi les « majors », ni le Canard enchaîné, n'a repris les éléments de fond du dossier. Il est de même surprenant que le ministre ait déclaré ne pas vouloir polémiquer avec Stéphane Guillon qui avait interprété, à une heure de grande écoute, un « Capri, c'est gratuit… » sur l'air d'Hervé Vilard. De même, par la suite, le cabinet du ministre a fait savoir qu'il ne répondrait à aucune question, Éric Besson ayant par la suite elliptiquement commenté pour So You TV qu'il réservait ses déclarations « à la Justice ».
Pour autant, ce jour, au moment ou Bakchich bouclait son hebdomadaire en « embarquant » de nouveaux articles et fac-similés de documents relatifs à cette affaire, la plainte en diffamation du ministre ne lui était pas encore parvenue. Soit le ministre a attendu que l'hebdomadaire s'enferre et c'est pourquoi il n'a pas demandé à Michèle Alliot-Marie de faciliter une procédure d'urgence, dite de référé. Soit, comme le soupçonne Jean Galli-Douani, « la plainte ne sera pas déposée, ou il s'en désistera à temps, pour ne pas risquer un déballage devant un tribunal. ». Jean Galli-Douani indique qu'il a transmis à la Commission européenne un procès-verbal d'audition de la Gendarmerie nationale mentionnant l'avis d'un membre du Service central de Prévention de la corruption relatif aux marchés passés entre le ministère de l'Intérieur et le groupe Carlson WagonLit s'adossant sur le groupe hôtelier Accor pour des prestations d'hébergement, notamment d'expulsés. Un fac-similé a été publié par le site Come4News.
La parution du livre de Jean Galli-Douani, mis sous presse par les éditions Bénévent, a été bloquée par une action d'Alexandre Jevakhoff, actuel membre de la direction du cabinet de Michèle Alliot-Marie à la Chancellerie. Le nom d'Alexandre Jevakhoff, ancien du ministère de l'Intérieur à l'époque de la passation des marchés, figure sur divers documents qui lui sont liée.