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Billet de blog 9 janvier 2024

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Dans l'âtre du Boss

Autoritarisme en croûte identitaire, changement climatique et sa farandole de catastrophes, tartare d’humains sur lit de guerres… Le menu 2024 ne s’annonce pas plus ragoûtant que ce qui nous a été servi l’année précédente.

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Au travail, ce n’est pas beaucoup mieux. Les derniers rapports ont été rendus, les points d’étape de projets, les bilans comptables et autres travaux de fin d’année vous ont mentalement épuisé·e. Plus rien n’a de sens. Tout est découpé en tranches afin que vos managers puissent comprendre ce que vous faites ici. Malgré tout, il vous semble que personne ne s’intéresse à vos réalisations. D’ailleurs, vous-même commencez à douter. Ne serait-il pas mieux d’aller faire pousser des courgettes au fin fond de la campagne, là où vous avez passé la meilleure partie de votre enfance, avant que le climat rende la chose impossible ?

Alors je vous propose de prendre un peu de repos. Posez donc ce téléphone, inspirez profondément. Expirez. Asseyez vous dans ce canapé confortable -oui, le moche qui porte encore l’emprunte des fesses de papi-, perdez-vous dans la contemplation de l’âtre où dansent les volutes et les braises.

Cette sensation, vous l’avez ? Ne vous est-il pas arrivé de la ressentir en d’autres moments, d’autres endroits ? Des endroits qui n’existaient pas vraiment ?

Quand après plusieurs jours à camper dans le froid glacial, à l’affût des loups affamés, vous retrouviez la douce chaleur d’une taverne accueillante ? Trois ou quatre grottes et donjons nettoyés, des divisions de goules occises… vos bras n’en peuvent plus. Votre tête, pleine de ténèbres et de bruits effrayants, a besoin de vide, de langueur. Ce brouhaha rassurant, ces gens qui racontent leurs derniers exploit, là est votre maison.

Cette maison, d’ailleurs, est parfois plus reposante que votre vraie maison, celle depuis laquelle vous jouez à Skyrim par exemple.

Si comme moi vous avez déjà éprouvé ce sentiment d’intense apaisement que peut, de temps en temps, offrir le jeu vidéo, alors vous savez de quoi je parle. Vous-vous êtes peut-être réfugié·e dans Animal Crossing durant le confinement. Cela vous a permis de tenir. Comme le doudou d’un enfant, certains jeux sont à serrer dans nos bras alors que la crise passe, ils nous aident et nous accompagnent dans les moments difficiles.

Vous souvenez-vous à quoi vous jouiez à la perte un proche ? Ce jeu-là, au lieu de rappeler à vous des instants douloureux, ne vous permet-il pas au contraire de retrouver une sensation plaisante, apaisante, qui vous aide ?

La course au grappin d’Ocarina of Time est pour moi éternellement associée à ce genre de mémoire. Dans les entrailles du cimetière d’Hyrule, pourchassant le spectre d’un fossoyeur chenu, j’avais un objectif : mettre la main sur cet objet précieux qui vous aidera à poursuivre votre aventure.

L’objet précieux, cette envie de continuer, il nous faut le trouver à chaque deuil, chaque perte, chaque chagrin. Si vous êtes là à me lire, c’est que vous aussi vous êtes parvenu, à chaque fois, au bout de la course.

Dans cette vallée de larme, le jeu vidéo peut-être un sanctuaire. Après une journée difficile ou un évènement tragique, nous relançons notre jeu-doudou. Le soir, quand les enfants sont couchés et que le calme revient, retrouver ses pénates virtuelles dans un Stardew Valley ou le ronronnement tranquille de la ville que nous avons passé tant d’heures à construire dans un Cities Skyline est un réflexe de survie. Enfin, vous en êtes convaincu·e : vous êtes au bon endroit.

Les vieilles lunes du progrès technique seraient la solution à la fin de notre monde. Le travail produit toujours plus, toujours mieux, le pied soudé à l’accélérateur. Le sens se fait attendre. Et dans ce tourbillon, le jeu vidéo, sournois, enfonce le clou : c’est difficile d’aller de l’avant. Mais il nous apprend des choses. Qu’il nous faudra de la patience et de la détermination avant d’atteindre cette salle de sauvegarde, de trouver ce ruban encreur et de poser nos doigts sur la machine à écrire. Mais qu’une fois ces zombies terrassés et ces couloirs ensanglantés explorés, il y a toujours une petite salle éclairée où le temps se fige. À laquelle les menaces du monde n’ont pas accès.

Parfois, pour certaines personnes, cette petite salle prend la forme d’un écran et d’une manette.

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