Modeste tentative de lecture de l'hyper-présidentialisme

Je fais suite ici à mon commentaire sur l'excellent parti-pris de Laurent Mauduit dans la partie journal. Je pense sincèrement que Nicolas Sarkozy est l'archétype même de l'homme politique moderne. Il est le premier, et le seul à l'heure actuelle, à avoir compris dans sa globalité le fait que le monde soit devenu, avant tout, communication, par l'explosion des moyens de communication.

Je fais suite ici à mon commentaire sur l'excellent parti-pris de Laurent Mauduit dans la partie journal.

 

Je pense sincèrement que Nicolas Sarkozy est l'archétype même de l'homme politique moderne. Il est le premier, et le seul à l'heure actuelle, à avoir compris dans sa globalité le fait que le monde soit devenu, avant tout, communication, par l'explosion des moyens de communication.

 

Il y a encore une grosse quinzaine d'années, l'information se faisait, grosso modo, une à deux fois par jour (le matin avec le journal papier, le soir avec le journal télé, pour schématiser). Désormais, l'information, avec internet ou les chaînes d'information continue, est devenue constante, omniprésente et surabondante. Pour un "système d'information", quel qu'il soit (journal papier, site internet, journal télé, radio), il faut toujours aller de l'avant pour satisfaire le "consommateur d'information", sous peine de ne pas être considéré par ce consommateur, et, de fait, ne plus générer, ou générer moins, de revenus par la publicité.

Cela étant, on constate que se développe une véritable "course à l'info", au scoop, au sensationnel, comme il y eut, en leur temps, course à la mer lors de la Première Guerre mondiale, ou la course à l'armement durant la guerre froide.

Il me semble que cette fuite en avant pour l'audimat et l'exclusivité entraîne une modification essentielle de la consommation de l'information : Cela ne laisse plus le temps pour analyser en profondeur, mettre en lumière, mettre en perspective, en un mot, prendre du recul.

 

Cette évolution, Nicolas Sarkozy l'a parfaitement intégrée. C'est cette évolution qui est à l'origine de l'hyper-présidentialisme, mais en tant que moyen et non en tant que fin. J'insiste sur le fait que ce n'est qu'un moyen. cette stratégie a deux objectifs :

 

Le premier objectif, évident, est celui de l'occupation du champ médiatique. Il s'agit d'une magistrale campagne de pub, gratuite puisque ce sont les journalistes qui s'en font l'écho, qui a pour but le matraquage pur et simple de la mémoire résiduelle de chacun. On peut établir un parallèle avec les grandes campagnes de pub pour des marques ou des produits : Avec Carrefour, ... ? Carglass répare, Carglass... ? Comme moi, vous avez ces slogans en tête, et vous les avez complétés, presque inconsciemment. A force de l'entendre, et même si l'on ne se souvient plus du produit qu'on nous vend, le slogan est là. Je n'ai pas pris ces exemples par hasard. Que ce soit carrefour ou Carglass, il s'agit de "produits publicitaires" généralistes, destinés à tout le monde. Il s'agit donc de faire des slogans neutres, qui touchent le plus grand nombre possible, et non de vendre directement un produit donné, comme un modèle de voiture, un shampoing antipelliculaire ou un nouveau gloss révolutionnaire, en mettant en avant des caractéristiques techniques, qui ne parlent qu'aux "spécialistes", ou à la frange de population qui a besoin de ce produit spécifique.

Ainsi donc, l'hyper-présidentialisme est le moyen d'occupation de l'ensemble du champ médiatique : Nicolas Sarkozy s'exprime sut tout, tout le temps. Il ne s'agit pas tant de faire quelque chose sur le sujet, mais bien de dire "je suis là, je vais d'ailleurs proposer des mesures concrètes à ce sujet". Pas de détails au sujet des mesures, mais l'effet voulu est là : Nicolas Sarkozy est présent, et au final, la mémoire résiduelle, elle, ne retient que cela : Nicolas Sarkozy est là.

 

C'est d'ailleurs le second objectif de la chose, auquel m'a fait penser le très bon billet de Jean-Louis Legalery : il faut calmer le troupeau apeuré. Nicolas Sarkozy est là, nous sommes entre de bonnes mains. Il y a en effet, au choix, un sentiment d'annonce messianique, ou de sécurité paternelle dans cette omniprésence : Papa est là, tout va bien, ce n'était qu'un mauvais cauchemar, Papa va s'occuper de tout, il n'y a rien à craindre, fais confiance à Papa. En intervenant à tout bout de champ, Nicolas Sarkozy se pose en redresseur de torts, en figure paternelle qui va régler les problèmes, s'érigeant en garant de la sécurité confortable de chacun. Nicolas Sarkozy a la solution à tous les problèmes, il est le super-héros qui vous protège, le pourfendeur de l'injustice.

 

Cette stratégie a, comme toutes les stratégies, des points faibles, mais de cela il en est conscient, et a développé, en même temps que la stratégie, l'ensemble des parades à ses points faibles.

 

Tout d'abord, un Président de la République ne peut occuper, normalement, l'ensemble du champ médiatique, de Pif Gadget à Maison & Travaux, en passant par les Inrockuptibles et Très Chasse. Je ne parle pas des journaux à vocation politique ou people, puisqu'étant le premier personnage public du pays, il est "normal" qu'il y apparaisse. La force de Nicolas Sarkozy réside dans le fait que lui parvient à occuper tout l'espace médiatique, en ne suscitant aucune contestation, y compris de la part des journaux qui ne sont pas de son bord.

C'est là qu'interviennent, dans un premier temps, ses alliés : Il s'agit d'occuper la place différemment. Ainsi, par exemple, Carla Bruni-Sarkozy, épidermiquement de gauche, vient occuper Libération et les journaux culturels. Même sans être là, il est là, par le mélange permanent des genres, ce qui lui ouvre des portes même dans des domaines qui ne sont pas a priori de son ressort.

 

La deuxième faiblesse de cette stratégie, c'est que si la lassitude s'installe dans l'opinion, on risque de commencer à creuser ce qu'il y a derrière cette omniprésence.

Ses alliés, là encore, volent à son secours. Pour ne pas user son image, il est entouré de personnes-relais, qui prennent à leur compte les idées qu'il veut faire passer : cela explique la médiatisation de la première Dame, mais cela explique aussi les sorties d'Alexis Brézet dans le Figaromag, ou de Serge Dassault sur Itélé, pour ne citer que les plus récentes.

 

Enfin, la dernière véritable faiblesse pourrait venir des prises de paroles non désirées dans son propre camp. C'est là sans doute où la parade est la plus faible et la plus visible : Les "dérapages", dans la communication présidentielle, doivent être rapidement etouffés pour ne pas provoquer de débat. Ainsi, le gouvernement est muselé : On ne voit pas françois Fillon, alors que normalement, les prérogatives du Premier Ministre sont bien de diriger le pays, quand le Président ne devrait avoir qu'un rôle plus discret dans ce domaine (d'où la logique de cohabitation), et lorsqu'un ministre sort de la ligne directrice fixée par l'Elysée, il fait vite marche arrière, et apparait généralement rapidement un autre "thème de débat" pour détourner l'attention, comme le prouvent les sorties de Rama Yade sur la présence du Président à la cérémonie d'ouverture des Jeux, ou la sortie de Rachida Dati lors de l'affaire du mariage annulé (dont on n'entend plus parler nulle part, d'ailleurs)

 

 

A n'en pas douter, l'hyper-présidentialisme est bien un moyen mis au service d'une fin. La fin, ce sont les réformes drastiques et collatérales que Nicolas Sarkozy veut pour la France, et pour ses amis. Il convient donc, pour cacher cet objectif, de déployer un écran de fumée impénétrable afin de masquer l'essentiel aux yeux des opposants et du public.

 

Afin de compléter la technique dite "Chuck Norris"* de "je suis là tout va bien", il utilise également la technique dite "David Copperfield". La technique David Copperfield est très simple : il s'agit de détourner l'attention, comme un prestidigitateur. Pour cela, l'arsenal est aussi simple qu'efficace :

D'abord, il faut des gimmicks, des phrases choc. Genre quel genre ? Genre des gimmicks, des phrases choc, quoi, pour parodier le film des Nuls. Et il en a tout un stock, dans tous les registres : le couillu "descends et viens dire ça en face" chez les pêcheurs du Guilvinec, l'insultant "casse-toi, pauvre con" du salon de l'Agriculture, le provocant "il faut karcheriser les cités" du Ministre de l'Intérieur, le méprisant "Vous n'êtes que des amateurs", servi en premier aux policiers toulousains, et qui est réapparu pour les militaires récemment, le négationniste "quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit" récent, ou encore le piqué-à-Le-Pen "immigration=insécurité", j'en passe et des meilleurs...

Car, il ne faut pas en douter, ces piques sont tout sauf des dérapages. Ces sorties sont calculées et maîtrisées de bout en bout. Pourquoi ? Simplement parce que l'opposition, qui fait encore de la politique comme il y a 20 ans, réagit de manière récurrente des deux seules façons qu'elle connait pour réagir : l'indignation et la réponse argumentée.

Les piques de Sarkozy ont cela de précieux pour lui qu'elles sont adaptées aux deux réactions : Ainsi, ce qui est nettement ressorti lors du débat entre le premier et le deuxième tour de l'élection présidentielle, c'est que face à un Nicolas Sarkozy qui a su garder son calme,Ségolène Royal, elle, l'a perdu sur le sujet de l'intégration des enfants handicapés. Nicolas Sarkozy en a profité excessivement, et cela a clairement décrédibilisé Ségolène Royal.

Quant à l'hypothèse de la réaction construite, par nature, elle s'élabore, se construit, se pense, quand Nicolas Sarkozy est déja dansl'action suivante.

 

D'ailleurs, il laisse toujours l'aspect polémique de côté, laisse les gens lui démontrer point par point, dans une construction logique, qu'il a tort, chiffres à l'appui. Mais il est déja trop tard, et le piège s'est refermé. Il est déja passé à autre chose, et tandis que l'on glose sur ce qu'il a dit, et qu'on en fait des tartines, il a fait passer, sans l'ombre d'un commentaire, un nouveau décret, une nouvelle loi. Et avant que l'attention puisse se porter sur cette dernière action, il remet une couche de provoc,de séduction, de bling bling.

 

Pour être dans la course, dans l'actualité, il faut de suite réagir à cette nouvelle provocation, et tant pis s'il y avait quelque chose entre, c'est déja passé, il est trop tard, et on n'a pas le temps de revenir dessus.

 

 

L'autre aspect de la technique Copperfield, c'est de rallier des personnages à sa cause. Certains "tours de magie" se font avec la connivence de spectateurs, faisant croire, justement, à la "magie" du tour. C'est là qu'interviennent, entre autres, Bernard Kouchner et Jean-Marie Bockel. Les deux étaient en mesure d'être de véritables adversaires pour Sarkozy. Kouchner jouissait d'une certaine aura dans la classe politique française, notamment avec son statut de fondateur de Médecins du Monde, Bockel était une des valeurs montantes du PS. En faisant sienne la maxime "fais de ton pire ennemi ton meilleur ami", il a su destabiliser l'opposition et se donner une légitimité auprès d'une partie sceptique de la population : "Voyez que tout va bien se passer, même eux me rejoignent"

 

 

 

C'est bien là que l'on constate qu'il a parfaitement saisi l'évolution de l'information. En distillant, dans le bon timing, du sensationnel, et de la connivence supra partisane, il complète l'écran de fumée de son omniprésence. Et ça marche !

 

 

Cela étant, il est difficile de tenir 5 ans à ce rythme, et même si l'on s'abreuve à l'actualité, ou que, comme lui, on soit capable d'en générer (divorce, mariage, SMS, etc.), il faut aussi penser au prolongement du souffle médiatique. C'est là que l'on aborde l'aliénation des médias à son pouvoir. Ses amis tiennent déja les télévisions privées, -et le licenciement de PPDA est clairement subordonné à cette logique-, à lui de tenir la télévision publique. Je ne vais pas revenir sur la nomination du président de france Télévision, qui a déja été commentée partout et par tous. Plus inquiétant à mon sens est la volonté d'accaparemment de l'AFP évoquée ici ou là sur Médiapart. Si le Président de la République nomme le directeur de l'AFP, c'est directement à la source principale d'information de l'ensemble des médias français qu'il s'en prend, et qu'il contrôle. c'est là que la notion de "média, quatrième pouvoir prend son sens". En s'accaprant l'ensemble des pouvoirs, Nicolas Sarkozy impose le black-out total à toutes les voix discordantes qui pourraient lui faire de l'ombre...

 

Alors, l'écran de fumée peut bien se dissiper, Quand il fait noir, on ne voit rien non-plus. Et il est libre de faire ce qu'il veut.

 

 

 

 

 

 

 

* techinque Chuck Norris, en référence à cette blague sur le net... Il suffit de remplacer Chuck Norris par Nicolas Sarkozy, et on n'est pas si loin de la vérité...

C'est Chuck Norris qui décide de ce que Jacques a dit.
Chuck Norris peut diviser par zéro.
Jésus Christ est né en 1940 avant Chuck Norris.
Avant de rencontrer Chuck Norris, Mika avait la voix de Barry White.
Si Jésus n'est pas descendu sur terre depuis 2000 ans, c'est parce qu'il doit du fric à Chuck Norris.
Chuck Norris a déjà compté jusqu'à l'infini. Deux fois.
La seule chose qui arrive à la cheville de Chuck Norris... c'est sa chaussette.
Ma liberté s'arrête là où commence celle de Chuck Norris.
Quand Google ne trouve pas quelque chose, il demande à Chuck Norris.
Les suisses ne sont pas neutres, ils attendent de savoir de quel coté Chuck Norris se situe.
Il n'y a pas de théorie de l'évolution. Juste une liste d'espèces que Chuck Norris autorise à survivre.
Chuck Norris a un jour avalé un paquet entier de somnifères. Il a cligné des yeux.
Le dernier homme à avoir serré la main de Chuck est Jamel Debouzze.
Chuck Norris n'a pas peur d'une attaque cardiaque, en effet son cœur n'est pas assez fou pour l'attaquer.
Chuck Norris est la raison pour laquelle Charlie se cache.
Quand Chuck Norris utilise Windows, il ne plante pas.
Certaines personnes portent un pyjama Superman. Superman porte un pyjama Chuck Norris.
A un moment, Chuck Norris a tellement tué de terroristes que le 5e fugitif le plus recherché par la CIA était un adolescent de 18 ans en Malaisie qui venait de télécharger "les Choristes" !
Chuck Norris donne fréquemment du sang à la Croix-Rouge. Mais jamais le sien.
Chuck Norris peut gagner une partie de puissance 4 en trois coups.
Chuck Norris comprend Jean-Claude Van Damme
Chuck Norris et Superman on fait un bras de fer, le perdant devait mettre son slip par dessus son pantalon.
Quand la tartine de Chuck Norris tombe, la confiture change de côté.
Les amnésiques se souviennent quand même de Chuck Norris.
Pour qu'une loi s'applique à Chuck Norris, il doit être explicitement cité dans celle-ci.
Le nombre Pi s'arrêtera quand Chuck Norris l'aura décidé.
Chuck Norris n'appelle pas les hotlines. Les hotlines appellent Chuck Norris pour savoir si tout va bien.
Dieu a dit: que la lumière soit! et Chuck Norris répondit : On dit s'il vous plait.
Dieu a dit: que la lumière soit! et Chuck Norris répondit : On dit s'il vous plait.
Chuck Norris mesure très précisément 1 Chuck Norris.
Chuck Norris a réussi à placer "Anticonstitutionnellement" en mot compte triple dans une grille de sudoku.
Chuck Norris peut faire des tacles au babyfoot.
Si ça a le goût du poulet, l'odeur du poulet et ça ressemble à du poulet, mais que Chuck Norris te dit que c'est du mouton, alors cherche pas, c'est du mouton.
Il n'y a pas de générique de fin après une épisode de "Walker Texas Ranger". Il s'agit en fait d'une liste de décès ayant survenu durant le tournage de l'épisode.
Chuck Norris peut monter en bas.
Chuck Norris peut trouver du foin dans une aiguille.
Chuck Norris a piraté la CIA avec un convertisseur euro.
Chuck a wizzé son pote sur MSN , la maison du mec s'est écroulée.
En réalité, c'est Chuck Norris qui met le chocolat dans le papier d'alu.
On n'achète pas Chuck Norris. Pour tout le reste, il y a EuroCard MasterCard.
Chuck Norris a dit "La maro va fermer"
Chuck Norris soutenait Sebastien Tellier pour l'eurovision

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.