tourisme à la masse

Je me souviens que, petit, lorsque nous rentrions de nos vacances espagnoles, nous avions pris l'habitude de nous offrir, sur la route du retour, un ultime petit plaisir, comme pour prolonger un instant encore le bonheur estival avant de rentrer à la maison.

Je me souviens que, petit, lorsque nous rentrions de nos vacances espagnoles, nous avions pris l'habitude de nous offrir, sur la route du retour, un ultime petit plaisir, comme pour prolonger un instant encore le bonheur estival avant de rentrer à la maison.

Cet arrêt, qui coupait le trajet en deux, était planifié au même titre que les vacances.

Il se faisait, toujours, au Pont du Gard, dans un hôtel au charme merveilleusement désuet situé sur les rives de la rivière, juste en face du fameux aqueduc.

 

Le samedi est un jour magnifique pour qui choisit de s'arrêter : ceux qui en terminent avec leurs congés sont déja partis, ceux qui les commencent ne sont pas encore arrivés. En résulte un calme étonnant au coeur de la tempête touristique, et un vrai moment de détente dans un cadre sublime. Le petit-déjeuner du dimanche matin, pris sur la terrasse ombragée par un arbre centenaire, se savourait presque au pied de l'immense édifice. S'ensuivait une visite privilégiée, avec le soleil matinal et les premiers chants des cigales pour seuls compagnons.

Nous étions alors prêts à reprendre la route, repus et rassérénés, gardant en tête des souvenirs qui ne nous quitteraient plus.

 

J'ai voulu retourner, il y a quelques temps, dans cet endroit magique, pour le faire découvrir à mon épouse. J'ai rebroussé chemin la première fois, vaincu par le prix exorbitant du parking.

En me disant finalement que je n'avais pas le droit de la priver de cet endroit, j'ai fait contre mauvaise fortune bon coeur, et me suis lancé. Tant pis pour le prix du parking, ça vaut le coup d'oeil.

Et là, stupéfaction en arrivant sur le site proprement dit. deux immenses bâtiment encombrent l'accès au pont, quand avant une petite route serpentait dans la garrigue. Bétonnés, laids, modernes avec leurs tables et leurs chaises en alu, leurs fast food et leur buvette aux tarifs proches du racket.

 

C'est là le nouveau coeur du Pont du Gard.

Musée, restaurant, activités, tout y est.

L'accès aux arches millénaires n'est pas payant, mais toutes les activités autour, si. Y compris la visite du dernier niveau de l'aqueduc.

L'hôtel, lui, s'il est encore debout, n'est vraisemblablement plus en fonction. Cloturé, fermé, grillagé, la terrasse rangée un dimanche après midi de beau temps, on ne me fera pas croire le contraire.

 

Bien sûr, l'aqueduc est toujours là, majestueux, qui règne sur la rivière aux reflets d'argent en contrebas. Mais le lieu, lui, en trahissant son authenticité, est bien mort.

 

Ultime outrage en forme de pied de nez, pour préparer le billet, je me suis renseigné sur le net. Selon les sites consultés, l'hôtel est toujours en activité, et le dernier niveau de l'aqueduc n'est pas accessible. C'est faux.

La vérité, c'est que le Pont du Gard, cinquième monument le plus visité de France, inscrit au patrimoine mondial de l'Humanité de l'Unesco depuis 1985, ne rapportait pas assez d'argent.

On pourra essayer de me faire croire que ces mesures sont apparues pour préserver le site, veiller à son entretien, limiter les dégradations des touristes.

Mais ce n'est pas vrai. Toutes ces installations n'ont pour but que de rapporter de l'argent facilement.

Personne ne surveille les allées et venues des touristes, qui sont libres d'aller ou bon leur semble.

 

Je n'ai plus retrouvé le Pont du Gard d'antan, celui qui me faisait rêver. J'ai retrouvé une énorme machine à fric, et c'est bien dommage...

 

 

L'appât de l'argent du tourisme, fossoyeur définitif des rêves de paradis des enfants.

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