Hasan Cemal, journaliste turc avocat de la réconciliation turco-arménienne condamné

Hasan Cemal, journaliste turc, avocat de la reconnaissance du génocide des Arméniens de 1915, condamné à 15 mois de prison avec sursis pour "propagande terroriste"

Hasan Cemal Hasan Cemal

Pour Hasan Cemal, le couperet est tombé. Le journaliste turc a été condamné à 15 mois de prison avec sursis pour « propagande terroriste ». En cause, un article publié le 11 juillet 2016 dans le journal Özgür Gündem à propos du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré par la Turquie comme une organisation terroriste. Özgür Gündem, pour lequel écrivait également la romancière Asli Erdogan jusqu'à son incarcération le 16 aout dernier, est dans le viseur du gouvernement turc pour ses positions pro-kurdes. Depuis le coup d'Etat manqué de juillet 2016, des centaines de journalistes ont été arrêtés et/ou licenciés tandis que presque l'ensemble de la presse a été mise au pas au cours de ce que certains, dans l'opposition, qualifient de "coup d'Etat civil" du Président Erdogan. 

« J’ai pratiqué le journalisme pendant 47 ans. Pour la première fois, je suis accusé comme ça pour les articles et ouvrages que j’ai écrits », a déclaré Hasan Cemal pendant son audience. « Je n’ai jamais défendu la terreur. Je ne suis jamais devenu un outil de propagande terroriste. J’ai toujours défendu la paix. Le journalisme n’est pas un crime. Il n’y a pas de loi, de liberté, de démocratie dans une société ou le journalisme est un crime”.

Ce n’est pas la première fois qu'Hasan Cemal est victime des humeurs du gouvernement turc. En 2013, il a été poussé à la porte du quotidien Milliyet sous la pression de Recep Tayyip Erdogan, alors Premier Ministre.

Un avocat de la reconnaissance du Génocide des Arméniens

Hasan Cemal n’est pas une figure anodine en Turquie. Pendant la première guerre mondiale, son grand-père, Cemal Pasha était une des trois têtes du triumvirat dirigeant l’Empire Ottoman (avec Enver Pasha et Talat Pasha) alors allié de l'Allemagne. Membres du Comité Union et Progrès, il s’est installé à Damas en tant que commandant militaire des troupes ottomanes luttant contre l’insurrection arabe. Mais c'est sa participation dans le génocide des Arméniens qui l'a fait rentrer dans les annales de l'histoire. Cemal Pasha a planifié et supervisé la déportation et l’extermination dans des camps de concentrations disséminés le long de l’Euphrate, dans l’actuelle Syrie, de centaines de milliers d’Arméniens et de Syriaques. Entre 1915 et 1923, plus de deux millions d’entre eux ont été massacrés au cours de ce qui est considéré comme le second génocide du XXème siècle. 

Cemal Pasha Cemal Pasha
Or, la Turquie ne reconnait toujours pas ce génocide sur lequel la République turque s’est construite. Hasan Cemal fait partie de ces quelques intellectuels qui au début des années 2000 ont oeuvré à déterrer les cadavres de l’histoire nationale turque. Redécouvrant l’histoire de son aïeul, il a entrepris un cheminement personnel l’amenant à reconnaitre le génocide et présenter ses excuses alors que son gouvernement campait, et campe toujours, dans un négationnisme jusqu’au-boutiste. Il s’est rendu à plusieurs reprises en Arménie et notamment au mémorial du génocide d’Erevan, la capitale du pays. 

En 2012, il a publié un ouvrage sur son parcours : 1915: Ermeni Soykırımı (1915: le Génocide arménien, non traduit) devenu rapidement un best seller et qui se voulait une réponse à l’assassinat en janvier 2007 par un ultra-nationliste turc du journaliste turc arménien Hrant Dink. Celui-ci, rédacteur en chef du journal Agos, plaidait pour un travail de mémoire de la Turquie sur la question. En 2015, alors que le Président Erdogan bricolait des subterfuges pour tenter de détourner l'attention des commémorations du centenaire du génocide des Arméniens, Hasan Cemal s’est rendu à Erevan. 

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