Etre révolutionnaire, être de gauche ? L'abécédaire de Gilles Deleuze: la lettre G

Gilles Deleuze: L for Left/G comme gauche © dialecticalspectacle

 

 

A l'heure où partout des peuples se soulèvent quand nous cherchons notre souffle, à l'heure où le suffrage censitaire enterre la Démocratie jamais instaurée, à l'heure où les minorités sont rejetées par la majorité, à l'heure où pléthore de pétitions circulent et où les partis pris remplis de bonnes intentions pullulent, qu'est-ce donc qu'être de gauche ?

 

La réponse de Gilles Deleuze:

 

"Que les révolutions tournent mal ? Moi, ça me fait rire. De qui on se moque...? Quand les nouveaux philosophes ont découvert que les révolutions ça tourne mal, faut vraiment être un peu débile. Qui a jamais cru qu'une révolution tournait bien ? Qui ? Les Anglais ont fait leur révolution et qui est-ce qu'ils ont eu ?  Le romantisme anglais n'est qu'une longue méditation sur l'échec de la révolution. Les Américains ont raté leur révolution autant sinon pire que les bolcheviks. Toutes les révolutions foirent. Alors on fait semblant de le redécouvrir là. François Furet qui découvre que la révolution française a foiré aussi. Bon. Elle a donné Napoléon... En Angleterre: Cromwell. En Amérique c'est pire: elle a donné Reagan ! Que les révolutions échouent, que les révolutions tournent mal, ça n'a jamais empêché les gens ni fait que les gens ne deviennent pas révolutionnaires. C'est la confusion du devenir et de l'histoire.

 

"Le respect des droits de l'homme ? Ça fait tellement partie de cette pensée molle... C'est du pure abstrait, c'est vide. Toutes les abominations que subit l'homme sont des cas. Ce ne sont que des situations de jurisprudences. Agir pour la liberté, devenir révolutionnaire, c'est opérer dans la jurisprudence. Il n'y a pas de droits de l'homme, il n'y a que des droits de la vie, seulement la vie, c'est du cas par cas. Etre de gauche, c'est créer le droit.

 

"68 ? C'est une question de devenir. On a voulu y voir de l'imaginaire, c'est une bouffée de réel à l'état pur. C'était un devenir révolutionnaire sans avenir de révolution. Je pense qu'il n'y a pas de gouvernement de gauche, là aussi, faut pas s'étonner. C'est pas qu'il n'y ait pas de différence entre les gouvernements: il y a au mieux un gouvernement favorable à certaines exigences de gauche. La gauche n'est pas affaire de gouvernement. Comment définir la gauche: c'est d'abord une affaire de perception: on perçoit à l'horizon; C'est pas tellement par générosité. Tu sais que ça ne peut pas durer, ces miliards de gens qui crèvent de faim, c'est pas au nom de la morale, c'est au nom de la perception. Et considérer que ce sont là les problèmes à régler. L'autre part, c'est de ne pas cessé de devenir minoritaire. La gauche, c'est l'ensemble des processus de devenir minoritaire. Etre de gauche, c'est savoir que la minorité c'est tout le monde et que c'est la que se passe les phénomènes de devenir. C'est pour ça que tous les penseurs quels qu'ils soient ont eu des doutes quand à la démocratie, des doutes sur ce que l'on appelle des élections. Enfin bon, ce sont des choses très connues..."

 

Salah, si un jour tu lis ce billet, ne sois pas malheureux qu'un jour je t'ai dit que nous serions toute notre vie minoritaires. Je ne savais pas pourquoi ce n'était pas triste à l'époque, Deleuze nous offre une piste...

 

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