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Billet de blog 6 janvier 2026

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Le prédateur organisationnel : cartographie d'une domination sans trace

Premier fragment d'une série de dix sur les mécaniques de domination ordinaire. Le prédateur organisationnel ne se reconnaît pas à sa cruauté visible — il se reconnaît à l'absence totale de traces. Cartographie d'une domination qui ne dit pas son nom.

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Le prédateur organisationnel : cartographie d'une domination sans trace

Mécaniques du Pouvoir — Fragment I/X


Il sourit. Les autres coulent.

Max Weber distinguait trois types de domination légitime : traditionnelle, charismatique, légale-rationnelle. Il en existe une quatrième, qu'il n'a pas théorisée : la domination par l'invisible.

Le prédateur organisationnel ne règne pas par la tradition, le charisme ou la règle. Il règne par l'impossibilité même de nommer son règne. Sa domination est dénuée de forme reconnaissable — donc dénuée de prise pour la résistance. Comment contester ce qu'on ne peut pas désigner ?

Il maîtrise parfaitement les codes de l'empathie. Il sait écouter avec une attention qui semble sincère, compatir d'une sollicitude qui paraît authentique. Cette attention apparente construit une dette émotionnelle que la cible ne perçoit pas comme telle. Elle croit avoir trouvé un allié. Elle a trouvé un collecteur d'informations.

Robert Hare (Université de Colombie-Britannique) a consacré sa carrière à l'étude de la psychopathie. Sa PCL-R identifie les traits : charme superficiel, absence de remords, manipulation. L'échelle fonctionne en prison. Elle rate ceux qui prospèrent dans les conseils d'administration, les cabinets ministériels, les salles de marché.

Paul Babiak les appelle les « serpents en costume ». Conclusion troublante : les traits psychopathiques constituent souvent un avantage compétitif. Martha Stout (Harvard) estime que 4% de la population présente des traits antisociaux significatifs. Dans un comité de direction : au moins un.

Hannah Arendt notait cette caractéristique chez les manipulateurs politiques : ils finissent par croire à leurs propres mensonges. Le personnage absorbe la personne.

Comment le reconnaître ? Le sillage. Les équipes qu'il traverse présentent un taux de rotation anormalement élevé. Les projets « réussissent » — objectifs atteints, indicateurs au vert — mais les collaborateurs clés disparaissent. On ne peut jamais prouver sa responsabilité individuelle. Mais le motif se répète avec une régularité statistiquement improbable.

La seule protection : la documentation méticuleuse. Noter les faits, les dates, les écarts entre ce qui a été dit et ce qui a été fait. Non pour accuser — mais pour maintenir sa propre perception de la réalité face à quelqu'un dont le talent consiste à la déformer.

Le prédateur parfait ne laisse que des doutes. Jamais de preuves.

Il sourit. Les autres coulent.


Question de débat : Nos organisations — entreprises, administrations, partis — sont-elles structurellement conçues pour favoriser ces profils, ou simplement incapables de les identifier ?


Mécaniques du Pouvoir — Fragment 1/10 Décrire n'est pas prescrire.


Jerem Maniaco Auteur — Analyste des mécaniques de pouvoir jeremmaniaco.com

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