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Billet de blog 6 janvier 2026

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L'Union européenne a-t-elle trahi ses fondateurs ?

1957 : l'Europe promet de protéger ses agriculteurs. 2024 : elle négocie leur mise en concurrence avec des fermes-usines brésiliennes. Entre-temps, la « préférence communautaire » est morte. 300 agriculteurs français se suicident chaque année. Les tracteurs bloquent. La Commission poursuit. Chronologie d'un reniement.

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L'Union européenne a-t-elle trahi ses fondateurs ?

De la préférence communautaire au Mercosur, du Traité de Rome au poulet ukrainien : comment l'Europe a méthodiquement démantelé les protections qu'elle avait construites pour ses agriculteurs. Chronologie d'un reniement.


« La politique agricole commune est fondée sur trois principes : unicité des marchés, préférence communautaire et solidarité financière. » — Conférence de Stresa, 1958


L'affaiblissement de l'Europe n'est pas un accident récent. Il est le fruit de décisions accumulées depuis quarante ans. Des choix présentés comme des avancées. Des abandons déguisés en ouvertures.

L'Union européenne s'est construite sur une promesse : protéger les Européens tout en les unissant. Cette promesse avait un nom. Elle s'appelait la préférence communautaire. Elle est morte. Et personne n'a prévenu les citoyens.

Ce qui suit n'est pas une opinion. C'est une chronologie. Celle d'un reniement progressif, orchestré par ceux-là mêmes qui prétendent défendre l'intérêt européen.


Les promesses — Rome, 1957

Le 25 mars 1957, six nations signent le Traité de Rome. L'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas posent les fondations de ce qui deviendra l'Union européenne. L'objectif affiché est clair : resserrer les liens, stimuler la croissance, garantir la paix.

Le traité crée un marché commun. Une union douanière. Un tarif extérieur commun. Les marchandises circuleront librement entre les États membres. Mais une frontière protectrice les séparera du reste du monde.

En 1962, la Politique Agricole Commune entre en vigueur. Elle repose sur trois piliers définis à la conférence de Stresa : l'unicité des marchés, la solidarité financière et la préférence communautaire. Ce dernier principe garantit aux producteurs européens une priorité sur leur propre marché. Des prix minimums leur sont assurés. Des prélèvements variables à l'importation les protègent de la concurrence mondiale.

Le système fonctionne. L'Europe atteint l'autosuffisance alimentaire. Elle devient le deuxième exportateur agricole mondial. La modernisation des exploitations s'accélère. Les gains de productivité sont spectaculaires.

La promesse est tenue. Pour un temps.


Les premières brèches — 1962-1992

La préférence communautaire n'a jamais été absolue. Dès sa mise en place, des failles apparaissent. Elles portent des noms techniques. Elles sont négociées dans des salons feutrés. Elles profitent toujours aux mêmes.

En 1962, lors du « Dillon Round » du GATT, les Américains obtiennent l'entrée du soja sur le marché européen. Sans prélèvements. Sans droits de douane. En 1967, le « Kennedy Round » élargit la brèche aux produits de substitution des céréales : drèches de maïs, manioc. L'alimentation animale européenne devient dépendante des importations américaines.

Ces concessions passent inaperçues. Elles ne concernent que des « matières premières ». Elles ne menacent pas directement les agriculteurs. Du moins, pas encore.

En 1986, l'Acte unique européen marque un tournant. Il programme la réalisation d'un « espace sans frontières intérieures » pour 1992. Le marché intérieur s'approfondit. L'ouverture s'accélère. La logique de la concurrence s'impose comme principe directeur.

En 1992, le traité de Maastricht consacre le virage. La PAC est réformée. Les prix garantis baissent. Des aides directes les remplacent — aides qui seront progressivement « découplées » de la production. Le soutien au revenu remplace la protection du marché. L'agriculteur devient un assisté plutôt qu'un producteur protégé.

La même année, un rapport du Sénat français résume la nouvelle doctrine : « Il n'est pas possible d'invoquer la préférence communautaire pour faire obstacle à la libéralisation des échanges. » La messe est dite.


L'OMC ou la capitulation institutionnalisée — 1995

Le 1er janvier 1995, l'Organisation Mondiale du Commerce remplace le GATT. L'Europe y consolide ses droits de douane au niveau effectivement appliqué. Elle s'interdit de les relever. La protection devient juridiquement impossible.

Les négociations du cycle de Doha, lancées en 2001, visent à réduire encore les « distorsions » du commerce agricole. Le subventionnement à l'export est déclaré « plus grande source de distorsions ». L'Union européenne s'engage unilatéralement à supprimer les « restitutions » — ces aides qui permettaient aux exportateurs européens de compenser l'écart avec les prix mondiaux.

La réforme de 2003 achève le découplage. Les aides ne dépendent plus de la production. Elles sont calculées à l'hectare. Plus l'exploitation est grande, plus elle touche. Les petits disparaissent. Les grands s'agrandissent. Le marché « se régule de lui-même ».

Dans le Cantal, Jean-Pierre exploite quarante hectares de montagne. Ses vaches paissent sur des pentes que les machines ne peuvent gravir. En 2003, il touche 12 000 euros d'aides. Son voisin de la plaine beauceronne, avec quatre cents hectares de blé, en perçoit 120 000. Même politique, même calcul à l'hectare. Dix fois plus de surface, dix fois plus d'argent public. Jean-Pierre vendra ses bêtes en 2008. Son fils ne reprendra pas.

En 2004-2007, l'élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale ajoute une nouvelle dimension. Des millions d'agriculteurs aux coûts de production inférieurs entrent dans le marché unique. La concurrence s'intensifie. À l'intérieur même de l'Union.


La multiplication des accords — 2015-2024

L'Union européenne dispose aujourd'hui du réseau commercial le plus vaste au monde. Quarante-deux accords couvrant soixante-quatorze pays. Chaque année apporte son lot de nouveaux marchés à conquérir — et de nouvelles brèches à ouvrir.

Corée du Sud, Ukraine, Canada (CETA), Japon (JEFTA), Singapour, Vietnam, Nouvelle-Zélande, Kenya, Pérou, Colombie, Équateur, Amérique centrale. Et le Mercosur en négociation permanente depuis 1999.

Ces accords « de nouvelle génération » ne se limitent plus aux droits de douane. Ils harmonisent les normes. Ils ouvrent les marchés publics. Ils protègent les investisseurs contre les législations nationales. Ils créent des tribunaux arbitraux où les entreprises peuvent attaquer les États.

La Commission européenne présente cette multiplication comme une résistance au protectionnisme et une promotion de « normes exigeantes ». Ses détracteurs y voient un nivellement par le bas, une menace pour les emplois et une atteinte au fonctionnement démocratique.

Les deux lectures coexistent. Les faits, eux, sont têtus.


Le poulet ukrainien — Solidarité ou prédation ?

En juin 2022, l'Union européenne suspend les droits de douane et les quotas sur les produits agricoles ukrainiens. Céréales, œufs, sucre, volailles. La mesure est présentée comme un geste de solidarité envers un pays en guerre. Elle est reconduite en 2023. Puis en 2024.

Les importations de poulet ukrainien explosent. Plus 127 % en 2023 par rapport à l'année précédente. La part de l'Ukraine dans les importations européennes passe de 14,6 % en 2018 à 26,2 % en 2023. En volume : 246 000 tonnes déclarées, soit l'équivalent de 525 000 tonnes de carcasses.

Qui bénéficie de cette « solidarité » ? Une entreprise. MHP — Myronivsky Hliboprodukt. Elle assure 60 % de la production ukrainienne. Trois cents millions de poulets par an. Elle contrôle 360 000 hectares de terres. Elle est enregistrée à Chypre. Cotée à Londres. Dirigée par l'oligarque Yuriy Kosyuk.

Entre 2006 et 2020, MHP aurait évité 98 millions de dollars d'impôts ukrainiens grâce à son siège chypriote. Elle a reçu plus d'un milliard de dollars de prêts des banques publiques occidentales : 451 millions de la Société Financière Internationale (Banque Mondiale), 493 millions de la BERD, 90 millions de la Banque Européenne d'Investissement. Elle est le plus grand bénéficiaire de financement occidental dans l'agriculture ukrainienne.

Les normes ? La traçabilité ukrainienne est « très limitée voire inexistante » selon l'Institut de l'Élevage. Les promoteurs de croissance sont utilisés. Le bien-être animal est moins réglementé. Les coûts de production sont inférieurs de 40 à 60 % à ceux des élevages européens.

Et la traçabilité européenne ? Elle s'arrête aux frontières du marché unique. Un poulet ukrainien transformé en Pologne, en Belgique ou aux Pays-Bas perd son étiquetage d'origine. Il arrive en France comme « produit européen ». L'Anvol, interprofession de la volaille française, dénonce un « accord mortifère pour la souveraineté alimentaire ». Emmanuel Macron accuse MHP de « s'enrichir ». John Rich, président exécutif de l'entreprise, répond depuis Dubaï : « Veuillez vérifier vos informations. »

Les clauses de sauvegarde annoncées par Bruxelles ? Elles ne rétablissent les tarifs que si les volumes dépassent les niveaux de 2022-2023 — des seuils déjà historiquement élevés. Aucune mention du financement occidental qui continue d'alimenter l'expansion de MHP.

La solidarité avec l'Ukraine est réelle. Mais elle transite par un oligarque basé à Chypre, financé par les banques européennes, et détruit les éleveurs français. Le mécanisme est parfait. L'intention affichée est irréprochable. Le résultat est dévastateur.

Si le cas ukrainien illustre la mécanique, le Mercosur en révèle l'ampleur industrielle.


Le Mercosur — Le coup de grâce

L'accord entre l'Union européenne et le Mercosur est en négociation depuis 1999. Un accord de principe a été trouvé en juin 2019. Bloqué par les oppositions. Relancé en 2022 avec l'élection de Lula. Finalisé en décembre 2024 malgré l'opposition de la France.

C'est le plus vaste accord jamais négocié par l'Union. Il concerne près de 700 millions d'habitants. 40 à 45 milliards d'euros d'échanges annuels. Le principe est simple : produits agricoles contre produits manufacturés. « Viandes contre voitures », résument les analystes.

Les quotas prévus : 99 000 tonnes de viande bovine à droits réduits (7,5 %). 180 000 tonnes de volaille. L'écart de compétitivité ? Les coûts de production brésiliens sont inférieurs de 40 % à ceux des élevages européens. Jusqu'à 60 % pour certaines exploitations. La traçabilité ? Défaillante.

Le Brésil est le premier consommateur mondial de pesticides. Un tiers des substances utilisées sont interdites dans l'Union. Les animaux sont engraissés aux hormones et additifs prohibés en Europe. Nourris avec des céréales OGM. Les limites maximales de résidus brésiliennes sont « dans la plupart des cas plus hautes » que les normes européennes.

L'impact environnemental ? Une étude commandée par le gouvernement français estime que l'accord pourrait augmenter la déforestation de 5 % par an pendant six ans. Jusqu'à 25 % de déforestation supplémentaire liée à l'expansion des pâturages bovins. L'Institut de l'Élevage évalue la perte potentielle entre 620 000 et 1,35 million d'hectares de forêt en cinq ans.

Les clauses de sauvegarde ? Les sénateurs français les jugent « sans pertinence pratique ». Les seuils sont « fixés à un niveau si élevé qu'ils sont difficilement activables ». Le fonds de compensation d'un milliard d'euros ? Une « provocation » pour les syndicats agricoles.

L'Anvol résume : « L'agriculture française et européenne ne supporterait pas longtemps la concurrence déloyale d'un tel afflux de poulets dopés aux antibiotiques, de maïs traité à l'atrazine ou de bœuf responsable de la déforestation. »

En novembre 2025, les députés français ont voté une résolution contre l'accord. Une résolution sans valeur contraignante. La Commission européenne poursuit.


Les agriculteurs — Crise, colère, silence

La France a perdu 21 % de ses exploitations agricoles entre 2010 et 2020. Deux cents mille agriculteurs pourront prétendre à la retraite d'ici 2026. L'âge moyen des exploitants atteint 51,4 ans. Les jeunes n'ont pas les moyens d'investir. Les reprises deviennent impossibles.

Un tiers des agriculteurs a touché moins de 350 euros par mois en 2015. Le taux de pauvreté des ménages agricoles dépasse celui des ouvriers. La récolte de blé 2024 a chuté de 25 % par rapport à 2023. Les prix sont inférieurs aux coûts de production.

Et puis il y a les chiffres qu'on ne dit pas. Environ 300 agriculteurs se suicident chaque année en France. Un tous les deux jours. Le sur-risque suicidaire atteint 60 % chez les 15-64 ans par rapport aux autres régimes sociaux. Il grimpe à 73 % chez les plus de 65 ans. Chez les propriétaires exploitants, il dépasse 77 %.

En 2024, les signalements de mal-être ont augmenté de 30 % selon la MSA. Six mille alertes en une année. La détresse s'accélère. Le coordinateur national du plan de prévention espère qu'« on a inversé la tendance ». Les chiffres disent le contraire.

Le 16 janvier 2024, les tracteurs ont bloqué les routes. Le 29 janvier, ils ont assiégé Paris. Huit autoroutes fermées. Le soutien de l'opinion : 87 %. Gabriel Attal a annoncé 62 engagements. Emmanuel Macron a promis des « prix planchers ». Le Salon de l'Agriculture a été chahuté.

En décembre 2025, les blocages ont repris. Contre le Mercosur. Contre l'abattage des bovins sains lors des épizooties. Contre les promesses non tenues.

La colère gronde. Mais elle ne change rien. La Commission européenne poursuit ses négociations. Les accords se multiplient. Les exploitations disparaissent. Et les agriculteurs continuent de mourir en silence.


Deux lectures — Une seule trajectoire

Première lecture : L'ouverture commerciale est une nécessité. La mondialisation impose l'adaptation. Les accords de libre-échange créent des opportunités réelles.

Les chiffres le confirment. Depuis l'entrée en vigueur du CETA en 2017, le commerce France-Canada a progressé de 34 %. Les exportations européennes vers le Canada ont bondi de 51 %. Le CETA protège 145 appellations d'origine européennes sur le marché canadien — Champagne, Roquefort, Comté. Les droits de douane sur les fromages, qui atteignaient jusqu'à 227 %, ont été supprimés.

L'accord avec le Japon (JEFTA) a ouvert le troisième marché mondial aux vins et spiritueux européens. Les exportations de vins français vers Tokyo ont progressé de 18 % en trois ans. Les secteurs du luxe, de l'automobile haut de gamme et de l'agroalimentaire transformé tirent leur épingle du jeu.

Les consommateurs, eux, profitent de prix plus bas et d'un choix élargi. L'Europe exporte ses normes sanitaires et environnementales — du moins en théorie. Elle résiste au protectionnisme américain et chinois en multipliant les partenariats.

Seconde lecture : L'Union européenne a systématiquement démantelé les protections qu'elle avait construites. La préférence communautaire a été abandonnée sans débat démocratique. Les agriculteurs ont été sacrifiés au profit des industries exportatrices. Les normes européennes sont devenues un handicap compétitif plutôt qu'une protection. La souveraineté alimentaire a été bradée pour des promesses de croissance.

Les deux lectures contiennent leur part de vérité. Mais une seule rend compte de la trajectoire globale. Les accords créent des gagnants et des perdants. La question est de savoir si les perdants ont été consultés. Et s'ils ont le droit de refuser.

En 1957, l'Europe promettait de protéger ses producteurs. En 2024, elle négocie leur mise en concurrence avec des fermes-usines brésiliennes et des oligarques ukrainiens. Le Sénat français notait dès 2002 : « Il préconise une restauration de la préférence communautaire. » Vingt-trois ans plus tard, la recommandation reste lettre morte.


La question

L'Union européenne a-t-elle trahi ses fondateurs ? La réponse dépend de ce qu'on entend par « trahison ».

Si trahir signifie abandonner délibérément une promesse, la réponse est oui. La préférence communautaire était un engagement. Elle a été démantelée pièce par pièce, accord après accord, réforme après réforme.

Si trahir signifie agir en connaissance des conséquences, l'évidence s'impose. Les rapports s'accumulent. Les alertes se multiplient. Les chiffres sont connus. Les décideurs persistent.

Si trahir signifie servir d'autres intérêts que ceux affichés, la démonstration reste à faire. Qui profite de ces accords ? Quels secteurs gagnent quand l'agriculture perd ? Quels liens existent entre les négociateurs et les bénéficiaires ?

Une chose est certaine : l'affaiblissement de l'agriculture européenne n'est pas un accident. C'est le résultat de choix politiques assumés, présentés comme des nécessités économiques, validés par des institutions qui échappent au contrôle démocratique.

Les fondateurs du Traité de Rome voulaient unir l'Europe pour la renforcer. Leurs successeurs l'ont ouverte au point de la fragiliser. La préférence communautaire devait protéger les Européens. Le libre-échange dogmatique les expose.

La question n'est plus de savoir si la trahison a eu lieu. Elle est de comprendre pourquoi elle continue. Et qui en tire profit.


Ce que l'Europe a abandonné

1957 — Préférence communautaire, prix garantis, prélèvements variables à l'importation

1992 — Découplage des aides, fin des prix garantis

1995 — Consolidation OMC, protection juridiquement impossible

2024 — 42 accords de libre-échange, quotas supprimés, 300 suicides agricoles par an

2026 — Les tracteurs bloquent. La Commission négocie. Le cycle continue.


Jerem Maniaco
Auteur — Analyste des mécaniques de pouvoir
jeremmaniaco.com


Sources : Traité de Rome (1957) • Conférence de Stresa (1958) • Acte unique européen (1986) • Traité de Maastricht (1992) • Rapports du Sénat français (1998, 2002, 2005) • Organisation Mondiale du Commerce • Commission européenne • Direction générale du Trésor • Eurostat • Institut de l'Élevage (Idele) • Anvol • MSA — Mutualité Sociale Agricole • Oakland Institute • Euractiv • Franceinfo • France 24 • Vie-publique.fr • Touteleurope.eu

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